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Bomavé Konaté : De la forge à la scène contemporaine

Bomavé Konaté est un artiste sculpteur inclassable. Exhibant avec fierté son passeport où il est marqué forgeron comme profession, il se rit des étiquettes et passe allégrement du statut d’artisan à celui d’artiste contemporain. Il puise dans la tradition pour articuler une réflexion sur notre époque.

 

 

Bomavé Konaté est de la famille des sculpteurs forgerons bwaba d’Oury. C’est dans la forge familiale, la plus grande de la région, qu’il a appris à fabriquer des outils du quotidien comme les houes et à sculpter les masques pour les cérémonies rituelles. D’ailleurs il aurait pu être maître de la forge d’Oury si ses voyages à travers le monde ne l’en empêchaient. C’est par conséquent à son frère cadet Tankien que cette charge a échu.

Bomavé a été fait Trésor humain vivant par le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme cette année. C’est une distinction pour honorer les artisans qui ont un savoir-faire artisanal et patrimonial menacé de disparition et qu’il faut préserver. Le trésor humain vivant est chargé d’en assurer la préservation à travers la transmission de ces savoirs et savoir-faire aux jeunes générations. Bien avant que l’Etat ne se préoccupe de la perpétuation des savoirs artisanaux, l’artiste de 58 balais aux dreadlocks et à la barbe poivre et sel se battait depuis quelques années pour mettre en place un musée des arts de la forge à Boromo, sa ville de résidence.

Bomavé est donc fondamentalement un artisan. Mais il n’est pas qu’artisan, car il met ce savoir millénaire au service d’une œuvre personnelle, originale qui  élabore un discours sur le monde tel qu’il va ou pas. Ainsi sa dernière exposition en France fut une installation constituée de mille pintades.

En effet, l’artiste a sculpté 1000 pintades de toutes les tailles dans du bois de fromager. Des pintades d’un grand réalisme. L’artiste a voulu rappeler à travers cet oiseau la traite négrière et le besoin de liberté. La pintade aurait été amenée en Amérique par les esclaves, ceux-ci les emportant avec eux pour ne pas oublier que l’homme est intrinsèquement libre à l’image de cet oiseau. Il est connu que la pintade refuse la captivité. Dès qu’elle est privée de liberté, contrairement à la poule, elle ne se nourrit plus et se condamne à une mort certaine. Vivre libre ou périr, telle pourrait être sa devise.

Avec cette installation de 1000 pintades dans une Europe qui se barricade de plus en plus, Bomavé Konaté interpelle l’opinion occidentale et africaine sur notre passé commun, l’esclavage qui reste la tache noire sur la robe blanche d’humanisme dont l’Europe veut désormais se parer. C’est aussi un hymne au droit à la liberté pour tous les humains.

Le parcours de Bomavé Konaté doit servir d’exemple aux jeunes artistes contemporains. Il est la preuve que c’est en creusant sa singularité que l’on atteint à l’universel.

 

Saïdou Alcény BARRY

 

 

 

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