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Littérature de voyage : A quand l’Afrique?

La littérature de voyage est née dès lors que le voyageur a décidé de rendre compte de son périple en terre inconnue et s’est fait écrivain. Elle trouve son acmé au 19e siècle avec l’expansion de l’Europe à travers la colonisation et le développement du commerce. C’est un genre que les écrivains africains semblent dédaigner.

 

 

Le premier écrivain voyageur fut Marco Polo, qui a ouvert les peuples d’Europe à la connaissance de la mythique Chine et de sa route de soie. Toute une lignée de grands écrivains ont suivi, qui  ont apporté le monde dans les chaumières et  permis aux pantouflards et aux casaniers de découvrir l’ailleurs avec sa géographie singulière, ses parfums exotiques et ses hommes si semblables et si différents.

On aurait pourtant tort de croire que la littérature de voyage est un simple reportage car s’il est vrai que la matière du livre est un pays réel, il est tout aussi vrai que dès que l’on prend la plume pour faire un récit, on trempe cette plume dans l’encre de l’imagination. En effet, dès que l’on veut dévider le fil du récit, on s’inscrit dans le passé et l’imagination supplée aux lacunes de la mémoire.

La Chine de Victor Segalen,  l’Asie de Nicolas Bouvier, l’Australie de Bruce Chatwin, l’Afrique de Ryszard Kapuscinski, le Brésil de Gilles Lapouge, l’Amérique de Blaise Cendrars sont taillées dans l’étoffe du réel mais ce sont aussi des territoires tremblés dans les rêves  de ces arpenteurs d’ailleurs, curieux des êtres et des choses. Beaucoup de lecteurs ont l’impression d’avoir déambulé sur ces terres lointaines. Le carnet de voyage a eu tellement de succès qu’il a, dans quelques zones comme en France, éclipsé le roman qui se faisait très nombriliste.

Quid de l’Afrique noire francophone dans la production d’une littérature de voyage ? Au risque de nous tromper, nous pouvons dire que ce n’est pas le genre qui a la faveur de nos écrivains. Si on écarte l’exception L’Africain du Groeland de Tété-Michel Kpomassie paru en 1965, et qui narrait les aventures d’un jeune Togolais au milieu des Inuits, il reste très peu dans l’escarcelle à moins d’y mettre les romans qui ont un autre pays du monde hors d’Afrique comme cadre.

Et pourtant, que de choses à dire sur l’Europe, l’Amérique et l’Asie ! Les USA, qui ont un programme qui consiste à inviter des écrivains du monde pour leur faire traverser leur immense pays et leur civilisation du gigantisme, sont bien marris de constater que peu ou pas d’auteurs africains ayant bénéficié de ce séjour l’ont transformé en récit de voyage. Ainsi, Sony Labou Tansi, qui a bénéficié de ce séjour yankee, n’a pas écrit un carnet de route, il a juste profité avancer sur la rédaction de l’Etat honteux, un roman.

Pour ce qui est du Burkina Faso, à part une jeune auteure qui a écrit après un séjour étatsunien, je n’en connais pas d’autres. Et pourtant, l’Inde, la grande Chine et Taipei viennent à nous et nous aimerions bien envoyer des éclaireurs sur ces territoires-là, que nous puissions voir ces pays-là à travers des yeux frères et non à travers le prisme déformant des Européens ou des Américains. Il est connu que tout écrit de voyage passe par le filtre culturel de l’auteur et peut osciller entre la morgue de supériorité, la condescendance et l’empathie. Avec un roman d’un auteur burkinabè, on est forcément plus proche de son ressenti de promeneur sur la Grande Muraille, des odeurs d’encens dans les temples millénaires  de l’Inde ou du vertige  éprouvé sur le sommet d’une tour à Taïwan.

C’est pourquoi les pays émergents d’Asie, dans  leur kit de séduction des pays africains, devraient y mettre des séjours tous frais payés pour des écrivains de ces pays et une politique d’aide à l’édition des livres de voyage. Le meilleur moyen de vendre une destination reste la littérature de voyage.

 

Saidou Alcény BARRY

 

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