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Expo Arts plastiques : Abga, Segson et Romain : Trois mousquetaires, trois styles

Dame Nature d’Abraham Abga Dame Nature d’Abraham Abga

Du 18 février au 03 mars 2017, les Ateliers Naaneere expose trois artistes plasticiens qui ont bénéficié de l’accompagnement du BBDA dans la création et la diffusion de leur travail. Il s’agit des artistes Abraham Abga, Segson et Romain Ilboudo. Trois artistes aux démarches très différentes pour penser la notion de passages.

 

 

Ce fut une belle exposition dans le nouvel espace culturel de l’artiste peintre Sawadogo Christophe sis au quartier Tanguin de Ouagadougou. Autour du thème du passage, les trois artistes ont créé des œuvres très fortes qui disent leur préhension sur le monde mais aussi, comme disait Hoderlin, leur façon d’habiter poétiquement ce monde.

Abraham Abga est toujours fidèle à la figure de la femme qu’il peint dans une infinie variation au fil des œuvres tout en maintenant un canon du visage proche du manga et du masque nègre. Dans ses toiles ici exposées, on s’arrêtera devant « Black Joconde », la Mona Lisa nègre, un clin d’œil à Leonard de Vinci et surtout un acte fort de noicir la dame à l’énigmatique sourire en ce moment où le décapage des peaux noires est à la mode. Et aussi un arrêt devant l’immense toile « Dame Nature » qui témoigne de la volonté de ce peintre d’« habiter poétiquement le monde » comme le suggérait le poète Hölderlin. En effet, on y voit sur un fond vert fluo, une fillette en équilibre précaire sur un vélo rose, des nuées de papillons voletant autour d’elle. Sans didactisme, le peintre réussit à évoquer la fragilité et l’éphémérité de la Nature.

Romain Ilboudo, qui est le plus « académique » des trois à cause d’une longue formation continue à l’Espace culturel Gambidi, nous offre des natures mortes, des toiles « pointillistes » où s’inscrit la figure du masque. Romain Ilboudo pose de façon implicite la question de l’art contemporain qui est de savoir comment réussir la greffe entre le masque africain et la peinture venue d’ailleurs. Et du même coup, l’artiste interroge l’idée du passage : se pose-t-il en termes de reniement du passé pour embrasser le futur ou en termes de greffe entre les origines et les apports des autres ? Le peintre a fait le choix d’unir le masque et Georges Seurat. C’est vrai que les cubistes l’avaient déjà fait, mais Picasso n’a jamais voulu reconnaître ses coucheries avec l’art nègre. Il faut aussi s’arrêter devant  « La Bibliothèque » qui est aussi une bibliothèque idéale avec des ouvrages de tous les continents et de tous ceux qui comptent pour le peintre ; malheureusement pour nous, césairiens impénitents, le poète fondamental de la Négritude n’y figure pas.

Le troisième mousquetaire du pinceau de cette expo est Segson, un artiste peintre naïf mais dont le travail a été exposé un peu partout. En 2014, il était le seul artiste burkinabè dans la selection officielle. Dans cette expo, il poursuit son travail de chroniqueur de la ville africaine avec ses quartiers populaires, ses marchés, ses places publiques. Ces toiles sont des scènes de vie quotidiennes de l’espace public avec ses vendeurs ambulants, ses gargotes, ses véhicules pétaradants… Segson est le peintre de la ville africaine et ses toiles sont des instantanés sur les petites gens qui se débattent dans la cité.

C’est une belle initiative du BBDA d’accompagner ses trois artistes dans une entreprise de création et d’exposition dans un jeune espace comme les Ateliers Maaneere du peintre Christophe Sawadogo. Toutefois, les prix des toiles étaient prohibitifs (entre 300 mille et 1million et demi) et beaucoup d’acheteurs potentiels s’en sont retournés sans prendre d’œuvre. Il est vrai que l’art n’a pas de prix, mais pour des œuvres créées et exposées grâce à une subvention du BBDA et dans un espace où le promoteur ne perçoit aucun pourcentage des ventes, on se serait attendu à des prix plus réalistes. Il faut que les acteurs de la filière réfléchissent à la cotation des artistes pour créer un marché local et s’insérer dans le marché mondial. La cote d’un artiste n’est jamais acquise définitivement, et elle doit connaître des fluctuations selon les contextes et la santé du marché. L’œuvre d’art est, il ne faut pas l’oublier, un produit marchand. Mais cela est une autre affaire…

 

Saïdou Alcény Barry

 

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