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Elections couplées burkinabè : Un étrange paradoxe

Historique. Il a beau être éculé, galvaudé et souvent utilisé à tort et à travers, on ne voit guère d’autre adjectif pour qualifier le scrutin d’hier. Historique à plusieurs titres. Rarement en effet élections auront été aussi ouvertes, en tout cas sur le papier, résultats des vicissitudes qui ont secoué le Burkina depuis un an et qui ont remodelé le paysage politique burkinabè.

 

Blaise Compaoré chassé du pouvoir et exilé par les insurgés de fin octobre 2014 pour n’avoir pas voulu entendre raison dans son obstination à s’éterniser aux affaires, c’est en effet la première fois qu’une présidentielle a lieu sans le président sortant, ce qui confère en théorie une chance égale aux quatorze prétendants (dont des indépendants), un record dans les annales politiques de la Haute-Volta au Burkina.

C’est aussi la première fois que sous nos cieux on expérimente le couplage de la course à la magistrature suprême avec les législatives, même si, pour des raisons évidentes, tout le monde a le regard rivé sur le morceau le plus viandeux de la République.

Initialement prévue pour le 11 octobre 2015, l’échéance avait été, on le sait, reportée suite au coup d’Etat réactionnaire du général Gilbert Diendéré et du RSP qui n’entendaient pas faire le deuil de l’ancien régime vermoulu qui avait fini par penser que le Faso était un patrimoine personnel pour la jouissance duquel il avait signé un bail amphithéotique. Mal leur en a pris.

Résumons : une bourrasque populaire qui a balayé en 48 petites heures un système qui a mis trois décennies à se sédimenter ; une transition qui a su, nonobstant différents écueils, conduire le bateau à bon port et dans les délais qu’elle s’était imposés dès le départ ; un putsch qui a failli tout remettre en cause, ce sont là autant d’éléments qui montrent que cette élection-là n’était pas comme les autres.

Jusque- là les résultats, « à hauteur d’homme » et auxquels seuls les dévots de la Blaisie faisaient mine de croire, étaient toujours connus d’avance ; ce qui avait fini par détourner des urnes les Burkinabé aujourd’hui réconciliés avec l’isoloir. C’est de ce fait une refondation de la démocratie et de la gouvernance qui a été amorcée hier par les 5,5 millions d’électeurs répartis dans quelque 18000 bureaux de vote.

Mais étrange paradoxe, si on excepte les partisans enfiévrés des différentes chapelles, à entendre nos concitoyens, les résultats importent peu. Plus vital en effet était le défi sécuritaire à relever dans une sous-région tourmentée par le péril djihadiste dont nous commençons à faire les frais.

Après l’enlèvement d’un travailleur roumain de la mine de Tambao le 4 avril 2015, l’attaque de la brigade de gendarmerie d’Oursi le 23 août ( 2 morts dont 1pandore) et plus récemment l’expédition présumée djihadiste de Samorougouan le 9 octobre ayant tué sept personnes parmi lesquelles trois gendarmes, il n’y a plus de doute : les barbus, qui frappent depuis avec insistance à nos portes, sont maintenant dans nos murs sans qu’on ne sache trop quand ni où ils frapperont, à Dieu ne plaise. Alors que la consultation électorale se déroulait, trois suspects n’ont-ils pas été interpellés à Garango ?

On comprend donc que la journée d’hier ait été frappée du sceau sécuritaire avec quelque 25 000 policiers, gendarmes et militaires mobilisés pour les besoins de la cause. De ce point de vue, on ne peut qu’être soulagé du fait que les opérations de vote se soient, comme on dit, déroulées « dans le calme et la sérénité », en tout cas jusqu’au moment où nous tracions ces lignes. Il aurait suffi d’un incident majeur quelque part pour que l’échafaudage électoral s’écroulât et que la priorité se déplacât tout de suite ailleurs.

Seule ombre à ce tableau électoral, la joyeuse pagaille organisationnelle par endroits qui n’honore pas la CENI : absence du personnel ou du matériel électoral, retard parfois de trois à cinq heures (même en plein Ouaga) dans l’ouverture de certains bureaux de vote… ; alors que les organisateurs ont toujours affirmé qu’ils étaient prêts avant le putsch, on se demande ce qui se serait passé si le scrutin avait eu lieu le 11 octobre.

Cela dit, qu’importe au finish s’il s’agit d’une alternance avec Zéphirin Diabré de l’UPC ou d’un simple changement avec Roch Marc Christian Kaboré du MPP, à moins que la prophétie du « frère Boglo » ne s’accomplisse avec Tahirou Barry du PAREN, l’essentiel est que la journée d’hier fût pacifique. Et il faut maintenant espérer qu’elle ne débouche pas sur des contestations postélectorales susceptibles de troubler la paix sociale.

Que ce soit maintenant en un huitième ou quart de round ou à l’issue d’un second tour, nous rêvons, comme on le voit dans les démocraties matures en Afrique et ailleurs, de cette élégance républicaine où les perdants appelleraient le vainqueur pour le féliciter et lui souhaiter bonne chance, ce dernier remerciant ses adversaires pour leur fair-play et indiquant clairement qu’il est désormais le président de tous les Burkinabé. C’est «la patrie des hommes intègres» qui gagnerait et qui en sortirait grandie.

Encore faut-il pour cela que Me Barthélémy Kéré, le président de la CENI, relève son audacieux pari de livrer les résultats provisoires à J+1, c’est-à-dire aujourd’hui même, car s’il lui arrivait de ne pas tenir sa promesse, il pourrait faire naître le doute voire la suspicion dans l’esprit des mauvais perdants, chose dont on n’a vraiment pas besoin en ce moment.

 

La Rédaction

Commentaires   

0 #1 gh 19-05-2016 12:46
Vraiment la corruption gouverne toujours le Burkina Faso surtout au niveau des marchés publics:voici une preuve concrète: Appel d'offre N° 09/2016/CO/SG/D EPI/SPMP, comment pour un marché de telle sorte,on demande aux soumissionnaire s l'impossible tels que un chiffre d'affaire de 75 000 000 fCFA,un ingénieur (BAC +5)et 03 techniciens supérieurs,un buldozer D8, une niveleuse 14G, une pelle chargeuse c950,un compacteur 815,un compacteur rouleau lisse,deux compacteurs BOMAG,3 camions bennes pour un terrassement de moins de mille m3 et moins de 30 m3 de béton armé et 22m3 de béton cyclopéen publié dans la revue des marchés publics du 17 Mai 2016
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