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Cameroun : Cette greffe anglophone qui n’a jamais vraiment pris

Après le pic de ce vendredi, les manifestations se sont calmées à Bamenda et à Buea, respectivement au nord-ouest et au sud-ouest du Cameroun. Mais pour combien de temps quand on sait que les tensions restent vives et que des jeunes réclament justice pour un des leurs tombé à Buea, vendredi, lors de la violente répression des manifestants par les forces de l’ordre ?

On signale aussi de nombreux blessés, chose qui a mis la classe politique camerounaise en émoi. Il y a de quoi car on a beau être habitué à la revendication  récurrente des anglophones du  Cameroun pour un retour au fédéralisme ou, pis, à la séparation en deux Etats, rarement le mercure avait atteint un tel summum au point de concerner Douala, la capitale économique, où une bombe artisanale  a éclaté jeudi dernier près d’un dépôt de carburant de la société nationale du pétrole.

Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement accuse les manifestants pro anglophones d’être des terroristes qui projettent d’orchestrer un sabotage économique du pays. Comment en est-on arrivé là ?

A la vérité, le ver de la contestation séparatiste et/ou pour le fédéralisme est dans le fruit de l’histoire coloniale et postcoloniale du Cameroun. En effet, les territoires actuels du pays ont d’abord été sous protectorat allemand après la fameuse conférence de Berlin de 1885. Après la défaite allemande à la Première Guerre mondiale, ils furent divisés en deux parties, grosso modo, la région Sud et la région Nord, respectivement sous protectorat anglais et français sur mandat de la Société des nations (SDN), l’ancêtre de l’ONU.

En 1961, soit un an après l’indépendance du pays, la partie sud, précédemment sous administration britannique, est rattachée à la partie nord, sous administration française, pour former la République fédérale du Cameroun. Mais en 1972, lors de l’adoption de la troisième Constitution du pays, le fédéralisme fut abrogé et le Cameroun devint un Etat unitaire. Du protectorat allemand à l’Etat unitaire, des spécificités régionales sont restées vivaces, portées par les différences linguistiques, culturelles et ethniques.

A ces problèmes identitaires se greffent aujourd’hui ceux d’ordre plus général de gouvernance politique, économique et social. L’incapacité de l’Etat central à répondre aux attentes des populations est aggravée dans les régions précédemment sous administration anglaise par un sentiment d’abandon. Ces régions accusent les gouvernements successifs de Paul Biya de privilégier les investissements en faveur de la santé, de l’éducation et des infrastructures au profit des régions anciennement sous administration française.

Quand s’y ajoutent les frustrations politiques dues au manque d’alternance – Paul Biya a été Premier ministre de 1975 à 1981 et est président de la République depuis 1982- il y a comme un ras-le-bol qui a de la peine à être contenu. On en vient alors à la question de savoir que faire pour que la tension sociale ne se fermente pas davantage, ce qui risquerait de transformer le rêve d’un Etat unitaire en un cauchemar d’une fracture irrémédiable de l’unité nationale comme le laissent envisager les manifestations de vendredi dernier.

Il n’existe pas de réponse toute faite à cette interrogation, mais il y a deux évidences que souligne plus d’un analyste, y compris des partis politiques camerounais, pour éviter le pire au pays. Il s’agit, primo, d’éviter la politique de l’autruche qui est celle de Paul Biya, qui minimise royalement les revendications des populations du sud et se fourre la tête dans le sable du tout sécuritaire et répressif.

On l’a encore vu avec les dernières manifestations à Bamenda et Buera. Non content de diaboliser les manifestants en terroristes, à l’image de Boko Haram, par l’entremise du ministre de la Sécurité, Paul Biya a tranquillement pris son avion pour le sommet de l’ONU à New York où il a totalement passé sous silence dans son discours devant l’Assemblée générale les problèmes de son pays pour parler des réformes du système des Nations unies et de l’assèchement du lac  Tchad.

Charité bien ordonnée commence par soi et Paul Biya eût été bien inspiré de parler prioritairement des réformes dont a besoin son pays pour éviter l’œil du cyclone des questions identitaires et de la mauvaise gouvernance. Ils n’ont pas tort, ceux qui soutiennent que la crise actuelle au Cameroun se nourrit d’une crise de légitimité de ses gouvernants. Et plus l’alternance politique se fera attendre avec l’absence d’élections crédibles, plus cette crise de légitimité ira grandissante avec une issue redoutée par tous les observateurs.

Secundo, il faut éviter le piège du radicalisme destructeur dans lequel se sont enfermés certains leaders sudistes. On pense notamment à l’opposant John Fru  Ndi du Front  social démocrate (SDF), qui use de la rhétorique du séparatisme dont on ne sait si c’est pour mousser sa contestation de Paul Biya ou si c’est pour présenter une alternative politique différente de celle du parti adverse au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Quoi qu’il en soit, c’est un piège qui sera loin de grandir le pays s’il y tombe.

Le séparatisme n’est pas la solution aux problèmes du Cameroun. En cela le Cameroon peoples’s party (CPP) est plus réaliste qui, analysant les dernières manifestations, met à l’index une « une indépendance mal négociée, un contentieux historique éludé et un mode d’administration calamiteux du pays », non sans dénoncer les voies qui prônent la violence et la partition du pays. C’est un horizon non souhaitable pour le Cameroun, soutient le CPP.

Le CPP ne croit pas si bien dire. En effet, partout en Afrique où le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation a été remis en cause, le résultat n’a pas été heureux. On peut remonter à la sécession biafraise et aux souffrances indicibles qu’a endurées ce peuple avec des séquelles encore visibles de nos jours.

Plus près dans le temps, l’Erythrée s’est séparée de l’Ethiopie pour s’enfermer dans une dictature féroce où les investisseurs ne se bousculent pas et où l’économie s’est sclérosée au point de pousser des ankylostomes sous forme de chômage et de famine endémiques. Le Soudan du Sud ne présente pas de meilleurs résultats de sa séparation avec le Soudan originel.

L’indépendance acquise en 2011, après des décennies de lutte, il s’est enfoncé dans une guerre civile aux relents ethniques dont il n’a pas fini de se démêler. Voilà les Camerounais prévenus et ils gagneraient à faire leur cette philosophie du général de Gaulle : « Les réformes oui, la chienlit non ! » A bon entendeur …

La rédaction

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