Menu
TANGUI IMMOBILIER SARL
FLASH INFOS

Visite Macron : Entre agitation inutile et frilosité contre-productive

Quoi de neuf dans les relations entre la France et l’Afrique ? Le président Macron devrait en révéler la charpente demain, 28 novembre, à l’université Ouaga I Joseph-Ki-Zerbo lors d’une adresse suivie d’un entretien avec des étudiants burkinabè. Au-delà de cet échantillon de la jeunesse burkinabè, elle-même échantillon de la jeunesse africaine, toute l’Afrique, que dis-je, toute la communauté internationale sera tout oreilles à ce discours « macronien » de Ouagadougou. A l’heure où le développement économique se fait toujours attendre alors que des problèmes sociaux et de sécurité se font pressants sur le continent, notamment au Burkina, on est bien curieux de savoir ce que la France, l’une des principales anciennes puissances colonisatrices, a de nouveau comme solution à proposer. Emmanuel Macron sacrifiera-t-il juste à une tradition établie depuis Mitterrand et l’historique Sommet de la Baule de 1990, qui voudrait que chaque nouveau président français conçoive une matrice des nouvelles orientations de sa politique africaine ou fera-t-il des propositions audacieuses à même de créer la rupture dans ce domaine ?

En savoir plus...

Découverte d’un marché aux esclaves: Kunta Kinté en Libye

 

Qui ne se souvient de Kunta  Kinté, le héros semi-fictif de Roots, roman d’Alex Haley sur la traite négrière qui a donné lieu à des adaptations aux petit et grand écrans,  avec notamment LeVar Burton et John Amos comme acteurs principaux ? Qui ne se souvient avoir écrasé  une larme en suivant la vie de supplicié de ces jeunes hommes et femmes arrachés à leur terre natale pour les plantations des Amériques comme des millions d’autres victimes de cet ignoble commerce triangulaire. C’était entre les XVIIe et XIXe siècles.

Hélas, 169 ans après l’abolition officielle en 1848 de l’esclavage, une telle pratique subsiste encore ici et là, notamment en Afrique, au Soudan, en Mauritanie, etc. On en a encore eu la preuve tangible cette semaine et dans la pire de ses expressions, avec ce marché aux captifs en Libye dont l’existence a été rendue publique dans un documentaire de CNN. Des candidats à l’émigration clandestine vendus aux enchères comme de vulgaires bêtes de somme.

On savait que même sous le règne de Kadhafi le panafricaniste, les Nègres, même Libyens, étaient les souffre-douleur des arabes blancs, comme du reste dans de nombreux autres pays de l’espace arabophone, notamment au Maghreb, mais découvrir en plein XXIe siècle une foire aux bestiaux sur le continent berceau de l’humanité a de quoi révolter. C’est proprement répugnant.

Les incivilités quotidiennes jetées à la figure de ces « sales nègres », les agressions et les tueries à caractère racistes dont se rendent coupables même des policiers américains, les cris de singes qui accueillent nombre de sportifs africains dans des stades européens n’étaient déjà pas supportables, là, ça dépasse tout simplement l’entendement.

Quoi de plus normal donc que depuis la diffusion de ces scènes infamantes, chefs d’Etat, artistes, activistes de la société civile, intellectuels, tout le monde s’étrangle de colère de Conakry à Bamako en passant par Dakar, Niamey, Daloa…  « Préserver notre dignité et refuser l’inacceptable est la première des urgences », écrit ainsi sur sa page facebook, Felwine Sarr, l’animateur sénégalais des Ateliers de la pensée. Déjà une pétition en ligne qui a recueilli quelque 89 000 signatures circulent, demandant  la fermeture de ces sites de la honte et l’arrêt  de cette pratique qui n’est rien d’autre qu’un déni d’humanité dont devrait se saisir la Cour pénale internationale.

Depuis mai 2001, en vertu du droit mémoriel, la loi n° 2001-434 dite Loi Taubira (1) tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité n’a-t-elle pas été votée par l’Assemblée nationale française ? Et pas plus tard qu’en mai 2017, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, avait déjà alerté le Conseil de sécurité des Nations unies sur le fait que la Libye était devenue la plaque tournante d’un vaste marché de trafic d’êtres humains. Si elle avait besoin de preuves supplémentaires, les voici.   

Sans absoudre les criminels de tout acabit de leurs ignobles péchés, des passeurs sans cœur aux marchands d’asservis qui profitent de la détresse de ces damnés de la terre en quête d’un mieux-être, on ne finira jamais de s’étonner que, malgré le péril presque certain qui guettent les candidats à l’immigration clandestine ; malgré les nombreuses sensibilisations pour décourager les postulants au suicide programmé; malgré les images terrifiantes de ces pauvres hères qui finissent dans les gueules des requins ou qui meurent d’inanition dans le désert  en tentant de rejoindre « l’eldorado » européen, il y ait encore tant et tant de téméraires pour se risquer à une telle aventure.

 Il faut vraiment être au bout du désespoir pour se lancer dans pareil chemin de croix dont  on a peu de chance, sauf miracle,  de sortir vivant. Mais que faire avec  l’absence de perspectives pour les jeunes dans les pays de départ ? Et les Alpha Condé, Macky Sall, Ibrahim Boubacar Keita, Mahamadou Issoufou et tutti quanti qui s’égosillent d’indignations aujourd’hui ont le beau rôle mais que font-ils concrètement les dirigeants africains pour retenir leurs  compatriotes au pays si ce ne sont des mesures cosmétiques et des discours creux qui n’ont aucune prise sur la réalité ? Ces hordes de désespérés ainsi  « marchandisés » ne sont-ils  pas la preuve vivante de leur incapacité ?   

 

La Rédaction

(1) Du nom de Christiane Taubira, député de la première circonscription de Guyane, ancienne ministre de la Justice et rapporteur  en son temps de ladite loi

En savoir plus...