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Présidentielle guinéenne : K.-O. promis, K.-O. administré

On ne le sait que trop, dans la soirée du 17 octobre, la CENI a proclamé Apha Condé vainqueur, après le premier tour s’il vous plaît, avec 57,85% des suffrages exprimés.

Ses partisans l’avaient prédit, l’ancien activiste de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) l’a réalisé. Dès le premier round. K.-O. promis, K.-O. administré.

A la régulière ? Oui, selon la CENI évidemment, le pouvoir tout naturellement et les observateurs électoraux de l’UA et de l’UE. Cela, quelque une semaine donc après la présidentielle du 11 octobre au cours d’une cérémonie où ses sept challengers, Cellou en tête (31,44%), étaient absents, eux qui, au lendemain du scrutin, s’en sont retirés en en rejetant d’avance les résultats : posture de mauvais perdants qui voyaient venir le couperet ou attitude justifiée face à une «mascarade électorale» selon leurs mots ?

 

En tout cas selon aussi les chancelleries occidentales à Conakry, les dysfonctionnements de ce scrutin, notamment l’inscription anarchique des électeurs, qui ne retrouvaient pas toujours leurs noms sur la liste électorale, ne sont nullement de nature à remettre en cause la régularité du vote, selon la formule consacrée. Evidemment puisque les acteurs internationaux tiennent à la stabilité de la Guinée envers et contre tout et ont même laissé entendre qu’ils tiendraient l’opposition pour responsable de dérapages éventuels selon le spécialiste de la Guinée à l’International Crisis Group, Vincent Foucher. Il n’y a donc pas eu de fraudes massives, et Cellou Dalein Diallo et ses six cocontempteurs feraient mieux de se le tenir pour dit.

En attendant les résultats définitifs de la Cour constitutionnelle, la première chose à noter est que c’est le peuple guinéen qui a remporté là une victoire pour deux raisons : non seulement en tenant l’élection à bonne date malgré les risques de report, mais surtout par une participation massive : 68,38%, plus que digne des grandes démocraties d’Occident où certaines ont du mal à avoir un taux de 50%.

Question : la classe politique saura-t-elle préserver cette image d’Epinal d’élection somme toute acceptable ? Ce n’est pas gagné d’avance, car si Cellou a pour l’instant appelé ses partisans à la retenue, il appellera, « le moment venu, les autres candidats et tous les citoyens qui sont les vraies victimes de ce hold-up électoral à organiser, conformément à la loi, des manifestations pacifiques » contre les résultats de la présidentielle, où il recule par rapport à 2010 avec 43,6% des voix contre 18,25% à Condé qui l’avait finalement battu au 2e tour par 52,52% des suffrages exprimés.

On se rappelle d’ailleurs les procès en suspicion légitimes contre le candidat du RPG pour   avoir réussi le miracle de rattraper un tel retard.

« Organiser, conformément à la loi, des manifestations pacifiques », certes. Mais à en croire le porte-parole du candidat élu, Albert Damantang Camara, « en Guinée, il n’ y a jamais eu de manifestations pacifiques. Donc continuer à demander aux gens de descendre dans la rue, c’est prendre le risque de faire sombrer le pays dans une situation d’instabilité, de chaos et de violences, et ce n’est pas républicain ».

Encore faut-il qu’en lieu et place de la rue, le règlement des litiges en justice soit équitable ; or, ajoute Vincent Foucher, les recours judiciaires en matière électorale n’ont jamais abouti.

Malgré tout, si la victoire de Condé avait étonné plus d’un, celle de 2015, sous réserve du verdict de la Cour constitutionnelle, ne surprend pas autant, car, ne l’oublions pas, nos populations sont légitimistes et ont cette propension à reconduire le chef, qui bénéficie ainsi d’une prime au sortant.

Et puis, en cinq ans de pouvoir, Alpha n’a-t-il pas eu suffisamment de temps et de moyens de consolider son assise nationale et de roder sa machine électorale, sans compter son bilan : réforme de l’armée et de la justice, achèvement du barrage hydroélectrique de Kaléta, transparence dans l’attribution des contrats d’exploitation minière, etc. ?

A l’inverse Cellou a peut-être vu son électorat s’effriter, car maintenir celui-ci cinq ans dans l’opposition n’est certainement pas facile face à la tentation de céder aux sirènes du pouvoir. Autre probable préjudice pour Diallo, son alliance aussi surprenante qu’indécente avec Dadis Camara, inculpé dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009 qui a fait plus de 150 morts, des centaines de femmes violées par les militaires. Ce pacte avec le diable de la Guinée forestière ne lui a-t-il pas coûté le soutien de Sidya Touré ?

Maintenant que l’on s’achemine vers la fin du processus électoral, il appartient aux deux camps de savoir, par leur comportement, prémunir le pays contre toute crise postélectorale. Autant l’opposition doit se garder de faire de la surenchère et de provoquer des violences, autant le vainqueur, sans bouder son plaisir, doit avoir le triomphe modeste, car si 57,85%, ça confère la majorité absolue, tous ceux qui ont voté pour l’opposition restent potentiellement des empêcheurs de tourner rond.

 

La Rédaction

 

Dernière modification lelundi, 19 octobre 2015 23:39

Commentaires   

0 #1 Megd 19-10-2015 09:15
Avec une telle mascarade, on aimerait que non seulement l'Afrique avance, mais qu'elle est un modèle de démocratie selon les bons vouloir de pays qui se disent ou se réclament de la communauté internationale. Il va falloir définir exactement qu'est-ce que la "communauté internationale" sur le plan politologique.

Lorsque vous avez le chef de mission des observateurs de l'U.E qui se permet dans une conférence de presse de donner des leçons à l'ensemble de la classe politique guinéenne, il y a lieu de s'interroger.

Lorsque vous avez des observateurs internationaux qui n'assistent de A à Z à tout le processus électoral et se permettent de dire que tout est clean, il faut se poser la question de leur présence dans les différents scrutins.

On a besoin des observateurs internationaux pendant les dépouillements et non pendant le déroulement des votes, car la fraude intervient après la fermeture des bureaux de vote.

Des résultats que l'on donne sans être capable de dire le nombre de votants, c'est scandaleux.

Des résultats de certains bureaux de vote qui déclarent Alpha Condé vainqueur à 100% alors que certains gens ont voté d'autres candidats.

Il faut que l'Afrique du 21è siècle se réveille car les pays du Nord n'ont plus d'autres alternatives pour les pays du Sud dont ils remarquent non seulement l'émergence, mais aussi une indépendance d'esprit. Il faut donc pour eux, casser ce modèle naissant en créant le désordre car c'est pour mieux régner, il faut désunir.
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