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Burundi : L’inexorable descente aux enfers

Le président Pierre Nkurunziza Le président Pierre Nkurunziza

Il s’était juré de se taper un troisième mandat, le pays dût-il sombrer avec lui, il semble en passe de réussir son pari. Deux ans après l’annonce de la problématique candidature de Pierre Nkurunziza qui avait officiellement remis le feu aux poudres, les indicateurs économiques du pays sont au rouge et le moral des Burundais est en berne.  

 

Si l’on devait s’en tenir à l’esprit et la lettre de l’Accord d’Arusha, signé fin août 2000, lequel a mis fin à près de sept ans de guerre civile, et à la loi fondamentale du pays, le professeur d’EPS ne devrait faire que deux tours de piste et s’en aller.

Mais comme ces dieux des stades qui ne savent s’arrêter que sous les huées et les lazzis des spectateurs, l’ancien rebelle des FDD s’était à nouveau déclaré candidat le 25 avril 2015. Faisant basculer le Burundi dans un cycle de violences : assassinats ciblés contre des opposants, chefs militaires et activistes de la société civile, musèlement de la presse et exil de journalistes, des milliers de déplacés fuyant la répression des milices progouvernementales.

A un certain moment, on a même cru que les vieux démons de la guerre ethnique qui avaient endeuillé le pays allaient ressusciter.

C’est donc sur un champ de ruines que Nkurunziza se fera élire en juillet 2016.

Quelque part, il aura gagné la bataille contre son opposition et la communauté internationale, lesquels semblent avoir fini par se résigner face à l’entêtement de l’endurant prof de gym.

Se disant peut-être que cinq ans, c’est vite passé.

Mais cinq ans, ça peut aussi être long. Long comme un jour sans pain.

Il n’a pas encore bouclé la première année de son quinquennat que déjà les Burundais n’en peuvent plus de broyer du noir.

Et pour cause.

Alors que depuis dix ans, il finançait son budget à hauteur de seulement 50%, cette année, le pays va devoir pousser la barre à 70%. Un effort financier pour suppléer au manque à gagner dû à la mesure de suspension de 40% de l’aide budgétaire directe prise par l’Union européenne et d’autres partenaires.

Du coup, le gouvernement, pour faire face au déficit financier, a procédé à l’augmentation  des produits de première nécessité comme le carburant, le haricot, le sucre et le riz.

Toutes choses qui ont fini  par assommer les Burundais déjà en proie aux coupes claires opérées dans les secteurs sociaux.

Ainsi de l’éducation  dont le budget a été réduit de 30%, la santé de 54% et l’eau de 72%.

Conséquences de l’effondrement de la politique sociale : le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a été multiplié par trois entre seulement février et octobre 2016.

Et comme le malheur ne vient jamais seul, le dérèglement pluviométrique dû au phénomène El Nino menace d’aggraver la situation alimentaire déjà peu reluisante.

S’il faut se taper Nkurunziza pendant quatre ans, combien de Burundais survivront à cette diète noire et de quel pays héritera celui qui aura la malchance de lui succéder ?

Tout ça pour un malheureux fauteuil qui devait servir à servir les autres, à faire avancer le pays, plutôt qu’à le faire descendre dans l’abîme.

Son opposition politique ne sera pas parvenue à lui faire entendre raison. Pas même les hurlements de la communauté internationale ou le bruit de la canonnière des groupes armés.  

Mais s’il est un terrain qui pourrait jouer de bien  vilains tours au professeur d’EPS, c’est bien celui du social. Car avec la paupérisation qui va grandissante et frappe sans distinction d’appartenance ethnique, politique ou religieuse, avec ce spectacle de foyers restés longtemps sans le moindre feu et d’assiettes vides,  les Burundais, qui meurent déjà à petit  feu  n’auront plus d’autre choix qu’à  rassembler  le peu d’énergie qui leur reste pour monter aux barricades.

 

Alain Saint Robespierre

Dernière modification lemercredi, 26 avril 2017 22:38

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