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Réconciliation au Togo : Il faudra plus qu’une séance d’exorcisme

Les oracles avaient même été consultés dimanche. Et ils avaient indiqué ce qu’il fallait faire, en confiant notamment des messages à révéler à chaque membre de la société togolaise le jour J. on ne sait pas ce que les pythies togolaises ont réclamé comme sacrifices avant de délivrer leur ordonnance, mais les cérémonies de purification du pays ont commencé hier jeudi.

 

Mise en œuvre de la recommandation 47 de la Commission vérité, justice et réconciliation instituée en 2009, ces rites propitiatoires sont censés rassembler toutes les énergies pour « purifier le Togo », faciliter le repos des âmes des victimes décédées ou disparues, apaiser les cœurs meurtris et accompagner spirituellement la réconciliation entre les Togolais, déchirés depuis de longues années par d’interminables querelles politiques.

Mélange de cérémonies traditionnelles auxquelles les non-initiés n’ont pas toujours accès et d’offices religieux musulmans et chrétiens, voilà une forme de syncrétisme à la sauce togolaise faisant cohabiter les mannes des ancêtres et la divine providence.

Sans vouloir jouer les Cassandre, on a bien peur qu’il faille bien plus que ce folklore pour raccommoder un tissu social qui, comme celui-là, s’est progressivement effiloché au fil des décennies. Les haines cuites et recuites, les rancœurs accumulées datent en effet de l’ère Gnassingbé Eyadéma qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1967 à sa mort le 5 février 2005, avant que son fils Faure ne lui succède dans une dévolution monarchique du pouvoir. Et si pour faire bonne figure l’héritier du trône a bien voulu passer une petite couche de vernis démocratique, on se souviendra que l’élection du 24 avril 2005, entachée d’innombrables irrégularités, a tout de même débouché sur des violences qui auraient fait des centaines de morts et de disparus. Une situation qui n’a fait que creuser davantage le fossé qui existait déjà entre le pouvoir togolais et ses opposants.

Alors, que le fils qui est allé à bonne école et qui est obligé de faire avec son temps ne soit pas le despote obtus que fut son prédécesseur, qui pourrait le nier ! Mais il faut reconnaître que son règne est immanquablement souillé par ce péché originel du 24 avril 2005. Une faute qui, pour bon nombre de ses compatriotes, reste d’autant plus inexpiable qu’elle résulte du fait que la dynastie des Gnassingbé règne sur ce qui était jadis appelé la petite Suisse de l’Afrique de l’Ouest depuis maintenant un demi-siècle. À tout juste 51 ans et après déjà trois mandats, Faure est bien parti pour battre le record paternel ou, à défaut, faire de vieux os au pouvoir.

Et c’est cette gestion monopolistique de la chose publique par un seul clan qui pose problème et rend difficile toute éventualité de vraie réconciliation, car plus l’on dure au pouvoir, plus on finit par croire que l’Etat n’est rien d’autre qu’une entreprise familiale. Autant dire qu’il faudra bien plus qu’une simple séance d’exorcisme pour chasser définitivement les vieux démons qui n’ont jamais cessé de hanter le Togo.

 

H. Marie Ouédraogo

Dernière modification lelundi, 10 juillet 2017 08:36

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