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Mugabe : La chute

Les députés zimbabwéens n’auront donc pas eu besoin d’enclencher la procédure d’impeachement  contre Robert Mugabe : au lendemain de l’expiration de l’ultimatum qui enjoignait au plus vieux chef d’Etat au monde de jeter l’éponge, tous les députés et sénateurs étaient en effet réunis hier, comme prévu, pour  connaître de la motion de défiance contre lui  quand le président de l’Assemblée nationale, Jacob Mudenda, a reçu un pli qu’il lut avec empressement  à  ses collègues ; celui qui dirigeait l’ex-Rhodésie du Sud depuis 37 ans venait de démissionner « avec effet immédiat ».

Rideaux. C’est l’épilogue d’une crise qui s’était nouée le lundi 13 novembre 2017 quand, au cours d’une conférence de presse, la haute hiérarchie militaire, cornaquée par le chef d’état-major en personne, le général Constantino Chiwenga, a mis en garde le régime vermoulu contre les purges opérées au sein de la ZANU-PF et prévenu que les soldats n’hésiteraient pas à intervenir pour s’y opposer. Les raisons de cette colère kaki, le limogeage du vice-président, Emmerson  Mnagagwa,  soufflé sans doute par  la première dame, Grace Mugabe, qui rêvait désormais à haute et intelligible voix de devenir « califesse » à la place de son calife de mari. Elle aura finalement donné le coup de… Grace à son époux, de 41 ans son aîné et dont elle fut, dans une autre vie, la secrétaire particulière.

Le mardi 14, l’armée tenait effectivement sa promesse en prenant position devant certains bâtiments stratégiques de Harare et en mettant Papy Bob en résidence surveillée. Sans pour autant parler de coup d’Etat, la soldatesque ayant à cœur de ménager le vieux combattant, qui restait une icône malgré ses nombreux errements de ces dernières années, tout en redoutant aussi, qui sait, les conséquences fâcheuses qu’aurait eues un putsch classique : mise au ban de l’Union africaine, gel d’avoirs, interdiction de voyager, etc.

Après un discours lénifiant dimanche soir où, dans un incroyable déni de réalité, il disait encore qu’il présiderait en décembre le prochain congrès du parti présidentiel qui venait de l’exclure,  l’inoxydable Bob aura donc enfin pris toute la mesure de la situation en rendant le tablier. Les apparences sont donc sauves, et sauf est aussi l’honneur du vieux chef, qui s’accrochait, contre tout bon sens, ces derniers jours alors que, les uns après les autres, les bras séculiers de son pouvoir sur lesquels il pouvait compter jadis le lâchaient : l’armée d’abord, le parti ensuite, et ce bon peuple zimbabwéen qu’il a dirigé d’une main de fer quatre décennies  durant.

Les récentes gesticulations de celui qui voulait visiblement jouer la montre n’étaient donc que les dernières convulsions d’un corps moribond. En contraignant à la démission le leader historique du Zimbabwe, l’armée gagne son bras de fer et réussit ce qu’elle a toujours voulu dès le départ : faire partir le camarade Bob dans la dignité sans avoir à tirer un seul coup de feu.

C’est la fin d’un monde pour qui connaît ce pays dont l’histoire récente est intimement liée au parcours  du néo-démissionnaire, tour à tour héros de la lutte pour l’indépendance contre le régime raciste de Ian Smith et autocrate obtus pour qui ses états de services ajoutés au fait que les Britanniques et les Américains n’avaient pas tenu les promesses (notamment sur la réforme agraire) faites à Lancaster House au moment de l’accession à la souveraineté internationale étaient autant d’excuses absolutoires pour se permettre tout et n’importe quoi.  

Le dinosaure de 93 ans enfin jeté dans les ruisseaux de l’histoire pour n’avoir pas su, comme tant d’autres, partir à temps, reste à savoir ce que ses compatriotes feront de cette nouvelle donne. Telles que les choses se dessinent, c’est manifestement la « solution de la légalité » qui devrait prévaloir, avec en selle un Emmerson Mnagagwa qui doit boire du petit  lait pour avoir eu raison du couple Mugabe.

Mais à dire vrai, cette révolution ne serait vraiment copernicienne que si elle donnait lieu à une transition inclusive qui déboucherait sur une remise à plat de la pseudo-démocratie zimbabwéenne par des réformes politiques et institutionnelles hardies et des élections générales libres et transparentes.  De ce point de vue,  il y a sans doute mieux qu’un « crocodile »(c’est son surnom)  de 75 ans pour mener ce vaste chantier de refondation non seulement politique mais aussi économique, surtout quand on est soi-même comptable du sinistre bilan du nonagénaire pour avoir été successivement son ministre de la Sécurité, de l’Intérieur, de la Justice et son vice-président jusqu’à il y a encore deux semaines.

 

Ousseni Ilboudo

Dernière modification lemercredi, 22 novembre 2017 20:02

Commentaires   

0 #2 Sacksida 23-11-2017 15:38
Vous savez, quand à un Age très avancé on refuse d’être sage et on se laisse influencé par sa jeune épouse sans aucune légitimité et inintelligente, seule la sortie par la petite porte vous reste. Comparativement , au Président feu NELSON MANDELA dit MADIBA restera à jamais dans l’histoire de l’Afrique et du Monde une grande référence. Gloire éternelle à ce héros incontestable de la lutte contre l’oppression et pour l’Unité des races condition de la Paix et du Développement. Salut !
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0 #1 wangram 22-11-2017 15:19
C'est vraiment dommage que Daddy Bob sorte par une petite porte. Je ne sais pas si c’est une malédiction du pouvoir en Afrique qui fait que même ceux qui commencent bien doivent mal terminer pendant qu’un prix cherche désespérément lauréat, le prix Mo Ibrahim. Heureusement qu’il y a des exceptions comme Madiba dont la sagesse fait plier toute la terre. Pauvre Afrique.
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