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Voltaïques en révolte : Insurrections, grèves, révolution (s) en Haute-Volta / Burkina Faso

 

Appel à communications

Près d’un siècle après la guerre anticoloniale d’octobre 1915, l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui renversa le pouvoir autocratique de Blaise Compaoré, par son ampleur et sa détermination, est venue rappeler une constante de l’histoire politique de la Haute-Volta devenue, depuis la révolution sankariste, le Burkina Faso, la Patrie des hommes intègres. En effet, dans le sillage des luttes contre la conquête coloniale française, c’est d’octobre 1915 à novembre 1916 que se déroula une grand guerre anticoloniale, le bana kele, une insurrection massive des populations qui fut sans doute la plus grande résistance armée contre la domination coloniale en Afrique sub-saharienne. Cette gigantesque révolte armée, qui mobilisa près d’un million d’insurgés issus d’ethnies et de religions différentes, est restée paradoxalement peu connue, même parmi les élites politiques du pays. Durant toute la période d’occupation coloniale, les historiens mentionnent, sur ce territoire, de nombreuses luttes d’opposition à la domination française. A travers les contrées de cet espace qui deviendra la Haute-Volta, puis le Burkina Faso, les populations manifestèrent une opposition à la conquête et à l’administration coloniales : des bien connues «populations récalcitrantes» du lobi à la contestation dès les années trente des injustices par les premiers employés africains, la «pacification» restera émaillée de contestations, de rébellions, de grèves et d’oppositions individuelles et collectives.

A mesure que se déroule l’histoire du pays, celle-ci révèle la formation de coalitions oppositionnelles à l’ordre colonial, à l’ordre politique établi par la force. D’abord, celle qui fut constituée par les syndicats, les chefs traditionnels et les partis politiques tels que le RDA devrait mobiliser de nombreuses populations pour réclamer la réunification en 1947 de la colonie dissoute en 1932, et puis l’indépendance dc la Haute-Volta. En effet, durant la décennie précédant l'indépendance, les années 50, il, eut en Haute-Volta une très forte contestation du pouvoir colonial en écho avec les mouvements anticoloniaux qui se manifestaient alors en Côte d'Ivoire voisine et dans le reste de l'Afrique occidentale française. Ces mouvements, comme c’est souvent le cas dans les périodes de soulèvements politiques, ont été les conséquences d’un approfondissement des clivages sociaux profonds qui exacerbaient les contradictions de la société coloniale. Bien que les mouvements politiques de cette période ne

fussent ni armés ni facteurs de changements politiques significatifs, cette décennie contestataire s’étant close avec l’installation de gouvernements néocoloniaux, à cause de l'effervescence populaire qui l'a marquée, est qualifiée par de nombreux acteurs de l'époque de «révolutionnaire». Une exploration plus attentive de cette période d’intensification de l’opposition à l'ordre colonial est plus que nécessaire pour comprendre les dynamiques politiques qui lui succèdent.

Bien que cette lutte pour l'indépendance ne prît pas ici la forme de la lutte armée, elle fut toujours le résultat d'une contestation de l’ordre colonial et de l’affirmation d'une identité collective dont la documentation et l'analyse revêtent un grand intérêt en ces périodes de délitement social. L’espace social et politique qui émerge avec l'acquisition de l’indépendance politique sera régulièrement secoué par les luttes politiques, syndicales (d’étudiants et de salariés) aux multiples obédiences et qui réclament une réorganisation ou une consolidation de la structuration de la communauté nationale. L'on comprend bien que cet espace émergent du «commun» est aussi un lieu d’expression de singularités professionnelles, territoriales et sociales qui s'affirme comme un passage obligé vers le renforcement de la Nation. Le soulèvement du 3 janvier est emblématique à cet égard tant il met en branle les forces sociales constituées qui revendiquent chacune un ordonnancement particulier de la société, de la nation voltaïque en construction. Les premières décennies de l'après indépendance sont riches en formation d'organisations politiques, de syndicats et d'affrontements politiques constants. Il est important d'identifier les acteurs individuels et institutionnels de cette arène politique dynamique ainsi que la singularité des idéologies qui les animent. Bien que les organisations impliquées dans ces combats politiques soient connues, il reste à montrer les modalités de leur enracinement populaire, leurs compositions sociales, le périmètre des coalitions revendicatrices et la perspective sociale, la finalité politique des luttes dans lesquelles elles s’engagent. Dès cette époque, l’idée de révolution apparaît et se diffuse dans le pays.

Cette idée de transformation est déjà plurielle : il y a plusieurs perspectives révolutionnaires qui se manifestent et se répandent dans la jeunesse, les syndicats et les partis politiques. Elles s’incarnent dans des organisations syndicales et/ou politiques, des grèves, des manifestations, des textes et jusque dans des comportements sociaux caractéristiques. Le dynamisme des mouvements contestataires se manifeste également par l’usage, désormais traditionnel dans le pays, de la diffusion des «tracts» dans l’espace public comme moyen, individuel ou collectif, d'expression et d'interpellation politiques. Il est évident que la recherche devrait porter une plus grande attention à ces modes populaires de prise de parole politique, car c’est par eux que peut aussi s’observer l’architecture de l’espace public. Mais il est également important de repérer les dispositifs de répression de cette prise de parole, leur organisation et leur légitimation.

Des configurations radicales émergent et s’activent; elles contestent, s’insurgent, s’élargissent et se replient. Face à la contestation «radicale», des forces conservatrices s’activent également et tentent d’imposer une direction opposée à la formation sociale. Le système social tout entier est saisi par cette dynamique dont il importe de comprendre les racines, les tensions qu’elle engendre et les dénouements qui lui sont imposés. Une révolution survint, celle du Capitaine Thomas Sankara et ses compagnons. Au nom d’une autre conception de la Révolution, celle-ci est contestée, combattue. Au nom d’une autre idée des rapports politiques, cette révolution qui se veut triomphante est abattue. Se pose alors la question des relations entre cette sphère politique et économique qui se dit indépendante et des puissances plus globales, hégémoniques. Un cycle de la rectification s’ouvre avec ses promesses de richesse, de puissance et de répression pour l’élite dirigeante. Face à la puissance de l’argent et à la force des armes, des révoltes couvent, font périodiquement éruption, se meuvent en «marches», font grève et revendiquent une autre organisation de la société. Une contestation qui entre en résistance, qui s’organise dans les partis politiques, les syndicats, les associations et propose un discours critique. Des individus, comme le journaliste Norbert Zongo, s’engagent au péril de leur vie, et la société dite civile s’ébranle dans une vague contestataire, la mobilisation est massive. En octobre 2014, le tout-puissant capitaine Baise Compaoré est chassé par une grande vague de colère populaire, par une insurrection populaire inédite. Nombreux sont les observateurs surpris par cette mobilisation populaire organisée et déterminée.

Les journées d’études auront pour objectif d’engager une réflexion collective sur les modes et logiques des contestations collectives qui ont marqué l’histoire politique du Burkina Faso. Les derniers évènements survenus en Afrique placent au centre des études en sciences sociales la question des mobilisations politiques massives. Quels sont les ressorts historiques et sociaux qui sont à la base des contestations politiques ? En effet, la fécondité heuristique d’une telle démarche dépend de l’épaisseur historique qu’on lui donne. C’est la raison pour laquelle nous posons l’hypothèse que pour comprendre le présent il est indispensable de reconstituer l’enchaînement historique des évènements passés, de chercher à comprendre le sens et les voies du cumul des revendications collectives, d’en reconstituer la dynamique, les conversions et leurs épuisements politiques. Afin de resituer chaque fait étudié dans l’ensemble des articulations contemporaines du politique au Burkina Faso, il est nécessaire de remonter le cours historique des interventions et d’en relever leurs fonctions sociales, leurs modes d’extension parmi les populations et les conditions du rejet éventuel par ces dernières des proposition politiques.

Cette discussion, qui ne devrait connaître aucune limite disciplinaire, verra s’associer dans la même quête de connaissances sur la société burkinabè les politistes, les sociologues, les anthropologues, les historiens, les philosophes ainsi que des personnalités témoins des évènements relatés. De même, l’indispensable comparaison commande que les études de cas burkinabè puissent être confrontées à d’autres expériences de révoltes survenues dans d’autres régions d’Afrique et d’ailleurs.

Les propositions de communications sont à envoyer à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Le calendrier des journées sera le suivant :

15 juin : réception des propositions ;

15 juillet : annonce de la sélection des propositions ;

15 octobre : réception des textes rédigés ;

25 et 26 octobre 2017 : journées d’études.

 

Organisateurs:

Mahir Saul, Université de l’Illinois (Urbana-Champaign), USA

AIain Sanou, Université de Ouagadougou Pr Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso

Habibou Fofana, Université Ouaga le Burkina Faso

Anne Piriou, IMAF, France

Jean-Bernard Ouédraogo, IIAC, Cnrs, France

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