Menu
TANGUI IMMOBILIER SARL
FLASH INFOS

Délibéré procès en diffamation : Le doute profite à Lookman

Le Registre du parquet (RP) no 160 de l’année 2017 a été évacué hier 10 août par les juges de la Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouagadougou. C’est en réalité le numéro du dossier dit «Ministère public contre Lookman Sawadogo, prévenu de diffamation. Victimes : Jean Mazobé Kondé, Laurent Poda, Mahamoudou Sanogo, Martin Rapadnaaba, Karfa Gnanou et Seydou Barro». Au terme de l’instruction du dossier à la barre le 27 juillet dernier, le Tribunal a décidé de relaxer le directeur de publication du journal «Le Soir », au bénéfice du doute.

 

 «Le Tribunal, statuant publiquement, contradictoirement en matière correctionnelle et en premier ressort :

Rejette toutes les exceptions soulevées par Lookman Sawadogo.

Déclare irrecevable la constitution de partie civile de Jean Mazobé Kondé, Laurent Poda, Mahamoudou Sanogo, Martin Rapadnaaba, Karfa Gnanou et Seydou Barro.

Déboute Lookman Sawadogo de sa requête de lui payé 12 millions de francs CFA pour dommages et intérêts et 6 millions pour les frais exposés et non compris dans les dépens, comme étant mal fondé. Dit n’y avoir lieu à le détenir dans les liens de la prévention.

Met les dépens à la charge de Jean Mazobé Kondé, Laurent Poda, Mahamoudou Sanogo, Martin Rapadnaaba, Karfa Gnanou et Seydou Barro.

Les parties ont 15 jours pour faire appel de la décision si elles ne sont pas d’accord ».

C’est en substance le contenu du verdict de la procédure de citation à comparaître engagée contre le directeur de publication du journal «Le Soir», Lookman Sawadogo, par les membres de la Commission d’enquête mise en place par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). En rappel, les six magistrats avaient la charge d’enquêter sur les cas de corruption présumée en milieu judiciaire. Le 5 avril 2017, «Le Soir» publiait sur sa page Facebook un article intitulé : «Comité d’enquête soupçons de corruption de magistrats : un gros poisson parmi les membres enquêteurs ?». Il y était question notamment d’une dame qui menaçait de porter plainte contre l’un des magistrats à qui elle aurait remis de l’argent afin qu’il l’aide à régler son problème. Chose qui n’a pas été du goût des magistrats qui l’ont poursuivi en justice pour diffamation en se fondant sur l’article 361 du Code pénal.

Cet article définit la diffamation comme toute allégation ou imputation qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération des personnes ou du corps auquel le fait est imputé. Au cours des débats, le 27 juillet dernier, les avocats de la partie plaignante avaient demandé au Tribunal de reconnaître le prévenu coupable et de lui faire payer 10 millions de francs CFA à chacun des 6 magistrats en dommages et intérêts pendant que le ministère public, lui, avait requis un an de prison, et 300 000 francs CFA d’amende, assorti de sursis. Lookman Sawadogo, lui avait plaidé non coupable et ses avocats ont souhaité aussi qu’il soit «purement et simplement relaxé pour infraction non constituée». Ayant le dernier mot, le Tribunal a décidé de relaxer le prévenu parce qu’il y a un doute quant aux allégations de la partie poursuivante (6 magistrats).

 

«C’est une satisfaction qu’un journaliste échappe à une condamnation»

 

Après le prononcé du délibéré, c’était tout naturellement la satisfaction pour Me Anna Ouattara/Sori de la Société civile professionnelle d’avocats (SCPA) Sori et Salambéré. Elle est l’un des conseils de Lookman Sawadogo et a soutenu qu’il s’agissait d’une procédure qui n’avait pas de raison d’être. «Nous étions convaincus dès le départ que ce que notre client a écrit n’avait rien de diffamatoire aux termes de la loi, une loi d’ailleurs qui ne lui était pas applicable», a-t-elle ajouté. Ses confrères et elle se disent également prêts au cas où la partie plaignante interjetterait appel. On n’aura malheureusement pas le son de cloche de cette partie puisqu’aucun des 6 plaignants n’était dans la salle d’audience. Il en est de même pour leurs conseils, Me Guy Hervé Kam et Me Séraphin Somé.

Pour ‘’Freeman’’ Sawadogo, pardon Lookman Sawadogo, c’est un sentiment de satisfaction mais pas de joie dans la mesure où l’autre partie a toujours la possibilité de faire appel. Selon ses propos, le verdict du tribunal reflète ce qui est attendu de la justice. Il voyait en cette procédure une cabale contre sa personne mais s’est réjoui de la décision qui a été rendue. Une preuve, si besoin en était, de l’indépendance de la justice, lui qui craignait aussi le corporatisme.

La satisfaction était aussi au rendez-vous pour le président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB) qui a suivi ce procès de bout en bout. Guézouma Sanogo a indiqué que la décision rendue par la justice est la seule vérité qui vaille dans cette procédure contrairement à tout ce qui a été développé par l’accusation. Il dit attendre de voir s’il y aura un rebondissement mais a suggéré aux plaignants de tirer les leçons qui s’imposent et de mettre fin à ce feuilleton. Mais au-delà de toute considération, c’est une victoire pour la justice qui se réhabilite à travers ce verdict. Autrefois, si un magistrat astreignait quelqu’un devant les tribunaux, la personne avait très peu de chance d’échapper à une condamnation. C’est donc le blason du troisième pouvoir burkinabè qui est aussi redoré.

 

Aboubacar Dermé

Dernière modification ledimanche, 13 août 2017 18:25

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

Retour en haut
 mahnbescheid24