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Dépression : On est tous «fou»

«Je ne me sens pas bien» ; «je manque d’appétit» ; «je ne dors pas la nuit» ; « je n’ai envie de rien». Attention au syndrome dépressif. Maladie mentale, la dépression touche aujourd’hui plus de 350 millions de personnes dans le monde. Elle est en passe de devenir la deuxième maladie la plus handicapante après la schizophrénie. Au Burkina Faso, une étude menée dans le service de psychiatrie de l’hôpital Yalgado montre que 2/3 des femmes sont déprimées contre 1/3 des hommes. Cette pathologie grave peut conduire au suicide tout comme elle peut être totalement guérie. Nous en parlons dans ce numéro de Carnet de santé avec le Pr Kapouni Karfo, chef de service adjoint de  Psychiatrie à Yalgado.

 

 

« …Tous les gars qui me fréquentent me ferment (me quittent : ndlr) au bout de 1 à 2 mois maximum. Cela fait environ un an que je n’ai même pas été draguée. Je n’ai ni gars ni pointeur. Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter un tel sort ? J’ai pensé plusieurs fois à me suicider…Mon seul espoir est mon travail actuellement même si celui-ci est à un stade critique. Mon état se ressent sur mon travail et j’ai des avertissements. Dites-moi, s’il vous plait,  ce que je dois faire pour sortir de cet enfer. Je passe les nuits à pleurer. J’ai perdu ma joie de vivre. Je deviens folle. », ainsi se confiait, le mardi 17 janvier, une jeune fille à un groupe  de discussion sur le réseau social Facebook. La pauvre ! Si seulement elle savait qu’elle présente des signes dépressifs et que le mieux serait de consulter un psychiatre : selon en effet le Pr Kapouni Karfo, chef adjoint du service de Psychiatrie de Yalgado, la dépression se définit comme une variation pathologique de l’humeur dans le sens négatif. On évoque couramment le moral (avoir le moral haut, avoir le moral bas). Chacun peut traverser des périodes de tristesse, de solitude ou de malheur qui font partie de la vie normale. Il s’agit d’une affection courante qui peut perturber énormément le mode de vie d’une personne et son sentiment de bien-être en l’empêchant de gérer ses activités normales, son travail et ses relations. La sensation négative peut aller du simple « je ne me sens pas bien », «je broie du noir», «je vois le spleen », «j’ai le cafard », « je ne sais pas ce qui m’arrive »… jusqu’à la tristesse profonde qui définit la dépression  majeure.

 

Qu’est-ce qui provoque la dépression ?

 

Selon notre spécialiste en psychiatrie, Il n’y a pas de germe qui cause la maladie. « Elle est liée à un ensemble de facteurs de risque qui peuvent être biologiques, génétiques combinés à des facteurs environnementaux », a-t-il souligné.

Sur le plan biologique, il a été démontré qu’au cours de la dépression, il y a certaines substances biologiques qui augmentent dans le sang. 

La dépression peut aussi être génétique, c’est-à-dire que «ne fait pas la dépression qui veut ». A en croire en effet le Pr Karfo, nous pouvons être exposés aux mêmes facteurs de risque, aux mêmes événements sans pour autant déclencher une dépression. C’est pour cela qu’on va remarquer que dans certaines familles il y a toujours des cas de dépression alors que dans d’autres il n’y en a pas.

Sur le plan environnemental, certains facteurs favorisent la dépression comme les chocs émotionnels (attaques terroristes, crash d’avion, tsunamis, inondations…), la solitude, les déceptions amoureuses, les échecs, le stress (qui est fréquent de nos jours à cause de l’urbanisation, de la précarité, de  la paupérisation et du  travail), les périodes de grossesse, du postpartum ou baby blues (durant lesquelles on a toujours un choc émotionnel : soit on est trop content, soit on ne l’est pas, l’attente anxieuse du bébé…).

On rencontre différents types de dépression :

  • la dépression selon la symptomatologie ou selon comment ça s’exprime ;
  • la dépression selon l’âge (chez l’enfant, chez l’adolescent, chez la personne adulte ou chez le sujet âgé) ;
  • la dépression selon le sexe (la femme en est 2 fois plus exposée que l’homme). Cela est en partie dû à des facteurs hormonaux (surtout pendant la période précédant les règles). Les symptômes généralement constatés sont: un sentiment de culpabilité, un besoin de sommeil excessif et la prise de poids.

 

Comment reconnaître les signes de dépression ?

 

En Afrique, il y a des symptômes spécifiques, foi de notre psychiatre :

chez l’enfant par exemple, au lieu qu’il soit triste, il est plutôt excité ;

chez le sujet âgé particulièrement, les problèmes de santé, la perte d’indépendance ou le sentiment d’abandon peuvent conduire à la dépression. « Tout commence par des plaintes du genre mes enfants ne s’occupent pas bien de moi, ils ne viennent pas me voir…  Puis la dépression fait place à la démence », a expliqué le Psy avant d’ajouter : sinon en général, les signes d’alerte d’une dépression sont, entre autres, « je ne me sens pas bien », « je ne dors pas bien », « j’ai mal à tout le corps », « je n’ai pas d’appétit », « mon poids diminue », « je n’ai envie de rien », « je ne peux plus rien faire ». Et s’en suit la tristesse. Puis on devient pessimiste : l’avenir est noir, on a envie de disparaître ; d’où les suicides.

Chez la femme la dépression peut être masquée : manque d’envie sexuelle, sécheresse vaginale, mal au dos, mal de tête...

 

La dépression, ennemi n°1 de l’économie

 

C’est une maladie qui ne doit pas être prise à la légère. La famille, l’entourage et les collègues doivent aider le sujet déprimé à se soigner, car, a indiqué le Pr Karfo, après sa crise le malade n’a rien perdu sauf son temps de travail, et cela est ressenti par la famille et les entreprises. En effet, a-t-il relevé, la dépression est la maladie qui provoque le plus d’arrêts de travail dans le monde, et elle fait perdre beaucoup d’argent aux entreprises. Dans le cas, par exemple, de la dépression par épuisement, il faut apprendre à gérer le stress au travail, mais cela ne se résout pas seul. Les employeurs doivent donc avoir recours à des spécialistes qui vont apprendre aux employés comment gérer le temps. Le problème, c’est que de nombreuses personnes sont déprimées mais ne le savent pas.

 

Peut-on guérir de la dépression ? 

 

Oui. On en guérit. 90% des cas peuvent être guéris ou à défaut équilibrés. Si la maladie est bien diagnostiquée, elle se traite facilement et assez rapidement. Non traitée, elle peut s’aggraver et même conduire au suicide. Le traitement peut aller de la prise d’antidépresseurs à la psychothérapie, c’est-à-dire le traitement par l’entretien, l’éducation du patient à connaitre sa maladie et son traitement. Cependant certaines personnes estiment que les médicaments coûtent cher et, par conséquent, ne terminent pas toujours le traitement.

 Il y a aussi certains non-dits dans les familles qu’il faut parfois extérioriser pour pouvoir traiter la dépression. A cela s’ajoute le disfonctionnement communicationnel dans le couple qu’il faut veiller à corriger.

 

Par Alima Seogo/Koanda

Commentaires   

0 #3 Internaute 29-01-2017 13:20
La croyance en Dieu, L'Unique, les prières guérissent les dépressions. Alors les déprimés (ou du moins les plus déprimés car à mon avis tout homme déprime) revenez à Dieu et priez beaucoup. Cela permet d'encaisser beaucoup de chocs sans soucis et d'être moins déprimés ou encore ce guérit la dépression.
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+1 #2 Kanzim 25-01-2017 14:38
Bonjour Professeur Kapouni KARFO, et merci pour l’interview accordée qui plus qu’un éclairage est une initiation à forte valeur éducative. Surtout pour les parents, les époux, les patrons et les amis. Je voudrais oser une incursion, à pros de la dépression selon l’âge, et m’intéresser ainsi à l’adolescent et au jeune. La jeunesse burkinabè fait face au commerce quasi délictueux de deux produits addictifs que sont la cigarette, l’alcool et le Smartphone. L’excessive alcoolisation de nos jeunes peut s’observer à travers les statistiques sur les accidents et leurs causes, tandis que le code sur la publicité est permissif et non contraignant pour la publicité de marques de bière dont e taux d’alcool ne dépasse pas 5%. Les bonus offerts par les sociétés de téléphonie mobile encouragent les jeunes à une consommation excessive des Smartphones et tablettes, et il est apparu une nouvelle maladie appelé nomophobie, qui est une peur irrationnelle de passer un temps sans son téléphone pu sa tablette. Est-ce que ces produits ne seraient pas favorables ou aggravants à la dépression ?
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0 #1 he bah!!! 25-01-2017 10:09
C'est pas mieux retourner à tes malades que d’être là CDP CDP?
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