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Grève ANEB: Quand le campus devient un ring

Une manifestation de l’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB) a viré en battue le 6 décembre 2017 contre ceux qui n’observaient pas le mot d’ordre de grève de 72h. Pour les « ANEBistes », la situation a dégénéré, car l’administration a monté des étudiants pour contrer leur manifestation. C’est alors qu’ils ont monté une expédition punitive, gourdins en main, contre les non-grévistes. Hier à notre passage, les deux parties s’attelaient à se rejeter la balle des échauffourées. Pendant ce temps, 6 blessés, les chiffres provisoires que nous avons eus, pansaient leurs plaies à l’infirmerie du Centre national des œuvres universitaires (CENOU).

  

 

Les étudiants de l’université de Ouagadougou n’ont pas fini de faire parler d’eux : après s’être mal illustrés lors de l’entretien qu’ils ont eu avec le président français, Emmanuel Macron, les voici de retour. Et une fois de plus, de façon négative : le 6 novembre 2017, pour assurer le respect d’un mot d’ordre de grève de 72h, les grands garçons de Zogona ont transformé le temple du savoir en ring. Florilège.

Gourdins en main, un groupe d’étudiants réunis à la scolarité de l’Unité de formation et de recherche en lettres, arts et communication (UFR/LAC) fait peur aux visiteurs. Un d’eux, de teint noir, imposant, intime les ordres suivants au parking : « Repartez chez vous, il n’y a pas cours. » Quand son vis-à-vis ne s’exécute pas, il durcit le ton et brandit la massue qu’il a en main. Là, on ne réfléchit plus. Demi-tour.

L’étudiant Gaston Nabaloum, dans la cour de l’université, n’aurait jamais imaginé qu’il recevrait une volée de bois vert sur la tête. « J’étais dans la cour quand, tout d’un coup, j’ai vu un groupe d’étudiants armés de bois me donner des coups. » La tête recouverte de sparadrap, les vêtements maculés de sang, il cautionne mal la lutte. Mais Gaston a eu de la chance. Les moins chanceux ne tiennent pas sur leurs deux pieds. A l’infirmerie du CENOU (Centre national des œuvres universitaires), un garçon sous perfusion, le corps endolori, n’arrive pas à contenir ses larmes. Dans la même salle, deux filles à même le sol gémissent. Noël s’annonce mal.

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Alkasoum Maïga, venu pour un constat d’usage, n’en croit pas ses yeux. Les faits le désolent. « C’est triste pour un campus. L’université mérite bien plus que cela. C’est un espace où on doit mener des débats d’échanges. Quand on est battu du point de vue des arguments, on met balle à terre. Malheureusement, certains ont pris des gourdins pour s’exprimer. Cette manière de faire ne respecte pas la logique de la lutte syndicale. Il n’y a pas d’autre qualificatif, c’est de la violence pure et nous disons que cela ne peut pas perdurer. » Avant de se diriger à l’hôpital Yalgado où ont été évacués d’autres blessés, le sociologue assure que des mesures seront prises pour sécuriser le campus afin de permettre la poursuite des cours.

Revenons aux faits. Suite à une rixe entre un étudiant d’anglais et  son délégué de promotion, le premier avait écopé d’une sanction disciplinaire, soit l’invalidation de son premier et de son deuxième semestre (S1 et S2) et d’une suspension d’une année. Après avoir purgé sa peine, il devait demander publiquement pardon à son camarade ; une punition qui passe mal à l’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB). Le mouvement estudiantin a donc appelé à des grèves sans que les lignes aient bougé. Le plus récent débrayage, celui du 6 novembre, a tourné au vinaigre, car n’ayant pas rencontré l’assentiment de tout le monde. « En tant qu’étudiant, je souscris entièrement au mot d’ordre de grève de l’ANEB. Mais j’ai remarqué qu’il y a des camarades qui ont été instrumentalisés par l’administration pour saboter la lutte. Ceux-ci sont donc passés de salle en salle avec la manière forte pour inviter les gens à faire cours. Nous nous sommes mis alors en position pour apporter la riposte », explique Yahaya Rakistaba dont le nom contraste avec la situation actuelle. (NDLR : Rakistaba, traduit littéralement, veut dire : ne nous contredisons pas).

A écouter certains étudiants de l’ANEB, l’administration serait à la base de l’affrontement, car c’est elle qui aurait poussé leurs camarades à les attaquer. « J’étais dans le pavillon F lorsque des étudiants se réclamant délégués de promotions sont venus demander de boycotter le mot d’ordre. Ces derniers ne voulaient entendre l’avis de personne, quand tu voulais parler, ils te donnaient des coups. J’ai vu par la suite le vice-président de l’université en train d’échanger avec le même groupe. Nous, nous n’avons fait que nous défendre face à des agresseurs », raconte, pour sa part, l’étudiant Abdoulaye Sanou.   

Avant de donner le son de cloche de l’administration, le vice-président de l’université professeur Joseph-Ki-Zerbo, Mamadou Sawadogo, plante le décor :  «Tout cela est arrivé suite à un mot d’ordre de grève de l’ANEB. L’Association manifeste pour soutenir l’un des leurs qui a été sanctionné en conseil de discipline pour avoir battu son camarade », souligne-t-il. L’administration, indique-t-il, l’autorisait à reprendre les cours en mars 2018 après des excuses publiques. « Il a formellement refusé de reconnaître son tort et clairement signifié que si la sanction tient, il rentrera au village. » Ce débrayage fait suite à deux autres :  un de 48h et un autre de 24h. Cette situation, selon le vice-président, n’aide pas à résoudre le problème de retards de l’université de Ouagadougou.  

Pour dédouaner l’administration, il a dit avoir été interpellé par des enseignants dont les cours ont été troublés par des étudiants se réclamant de l’ANEB. «Je me suis rendu sur les lieux avec mon équipe. Les agitateurs, une quinzaine environ, se sont répartis dans 3 amphis et dansaient avec des mégaphones. Les étudiants, quant à eux, étaient assis, déterminés à suivre les cours. C’est inadmissible que 5 à 10 bonshommes décident d’embêter 500 personnes. » Le comble, poursuit-il, «des étudiants ont pris de la drogue sous mes yeux avant de s’armer de machettes, de morceaux de bois pour attaquer leurs camarades ». Quand nous quittions les lieux à 13h, on dénombrait 6 blessés. 

 

Akodia Ezékiel Ada

Harold Alex Kaboré

Dernière modification lejeudi, 07 décembre 2017 20:06

Commentaires   

0 #3 Sacksida 07-12-2017 15:05
« L’administratio n a monté des étudiants pour contrer leur manifestation ». Voyez-vous, l’administratio n universitaire à mon humble avis devrait plutôt jouer un rôle d’éducation, de conscientisatio n et d’union des étudiants dans la diversité, car l’Université ne saurait être le lieu où les gourdins, les machettes et les cailloux font la loi. Dans quel pays peut-on voir ces comportements de voyous et de désordre ? Ne pouvait-on pas éviter de tels affrontements sanglants entre estudiantins ? Est-ce que l’administratio n est là uniquement pour leur travail monotone ou bien ont-ils également des obligations d’éducation et de management des étudiants ? En outre, tous ses faits et mauvais comportements sociaux et d’aigreurs avancés des étudiants sont les produits de 27 ans de mauvaise gouvernance, d’insouciance des problèmes et de la qualité de nos universités, de la culture d’impunité et d’injustice sociale érigés en système de gouvernance. Et cela semble continuer lorsque la deuxième autorité actuelle de l’état déclare fièrement que « leurs enfants sont dans de grandes écoles et universités à l’extérieur » du pays et que se faisant ce sont les enfants des pauvres qui restent sur place dans les Universités et Ecoles nationales. Quel message veut –on passer à cette jeunesse ? Quelle crédibilité nos dirigeants accordent-ils à nos Universités ? Sachez comme dit l’adage : « Aucun enfant de parents riches ou pauvres n’aura d’avenir quand celui du pays est hypothéqué ? » Donc, travaillons d’arrache pieds pour la réussite collective et non pas sélective des enfants car la bonne gouvernance seule peut garantir les intérêts de tous et de chacun. Que Dieu aide ma Patrie. Salut !
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0 #2 Hamadi 07-12-2017 14:59
Où sont passés les jeunes et militants de l’UPC qui se sont précipités ,sans discernement ,pour accuser le MPP d’être à la base du mauvais comportement d’étudiants, lors de la visite du président français Emmanuel MACRON, à Ouagadougou le 28 novembre 2017 ,à l’Université Ouaga I,Pr Joseph Ki-Zerbo ? Qu’ils se prononcent cette fois-ci, objectivement sur le hooliganisme de militants ANEB. Les violences récurrentes et grèves dans cette université, sont souvent le fait de l’ANEB .L’ANEB est souvent manipulée par le MBDHP, qui s’écarte ainsi des idéaux des droits humains qu’il est censé incarner, en incitant des élèves et étudiants à des manifestations, qui se soldent par des actes de vandalisme. Les partis politiques et autres organisations syndicales et de la société civile, qui instrumentalise nt élèves et étudiants pour des actes de vandalisme, doivent répondre de leurs actes au plan judiciaire. Nul n’est au-dessus de la loi dans une république. On doit manifester sans casse et vandalisme systématique.
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0 #1 Carama Drissa A 07-12-2017 07:29
Les comportements violents de militants de l’ANEB sont aux antipodes des principes démocratiques et républicains. L’ANEB n’a aucunement le droit de forcer d’autres étudiants à observer ses mots d’ordre de grève. Le droit de grève est libre Empêcher autrui à vaquer à ses activités en temps de grève est illégal. Les étudiants membres de la corporation à tendance syndicale et-associative de l’ANEB, doivent comprendre que les méthodes classiques, violentes et anarchistes de revendications sont révolues de nos jours. Elles sont passibles de poursuites judiciaires. Les responsables universitaires et le gouvernement doivent être fermes sur ces mauvais agissements estudiantins et faire appliquer les conséquences de droit qui en découlent.
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