Libye : Quelle boussole pour le Guide ?
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Chaque chose a son temps, dit le sage dans Ecclesiaste. En effet, après 42 ans de règne sans partage, de gloire, d'honneur dans un des plus riches pays du continent noir, où coule presque le lait et le miel, le Guide de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi, est aujourd'hui esseulé, diminué, reclus, méditant sur son sort.
Chaque jour qui passe l'éloigne de son autorité, de son honneur, en un mot de la boussole dont il se sert en tant que Guide du peuple libyen. On en est donc à se demander combien de temps le colonel peut tenir. Cette question est d'autant plus lancinante que l'OTAN a décidé désormais d'aller jusqu'au bout de sa logique et d'être ainsi à la hauteur de ses péchés en terminant la manœuvre.
Sur le terrain des combats, on n'entend même plus parler des insurgés, incapables qu'ils sont de tenir la dragée haute à l'armée de métier loyale au colonel. L'avant-poste de la ligne de front est laissé aux avions sophistiqués des Occidentaux, qui multiplient les frappes de précision avec des dégâts certains dans le camp adverse. Pendant ce temps, le Conseil national de transition (CNT) a le loisir de compter ses exploits diplomatiques, notamment la succession de hauts responsables des grandes puissances à Benghazi.
Même les grands frères du révolutionnaire, comme la Chine et la Russie, aptes à le soutenir, ont opté à le lâcher au milieu du gué. Pour ne rien arranger, ses soutiens en Afrique sont en train de l'abandonner, l'un après l'autre : après le Sénégal, l'Algérie et la Mauritanie viennent de se mettre sur la même longueur d'onde que ceux qui jurent d'avoir sa peau.
Pour le n°1 mauritanien, Ould Abdel Aziz, président du Comité des chefs d'Etat de l'Union africaine (UA) chargé de trouver une solution négociée au conflit, Kadhafi "ne peut plus diriger la Libye et son départ devient une nécessité".
Sous la tente du Guide, la viande et le lait des chamelles ne peuvent plus retenir sa cour au point que bien de ministres, qui ont traversé la frontière, retrouvent une liberté de ton qui tranche avec l'omerta de mise à Tripoli. Bien qu'aux abois, le pestiféré de Tripoli est là et ne manque pas l'occasion de se montrer pour narguer ceux qui lui en veulent, même s'il sait être la risée du monde.
Est-il prêt au sacrifice suprême ou va-t-il fuir quand le danger va se faire plus imminent ? Ce qui est certain, il n'y aura pas le miracle de David contre Goliath, la volonté des Occidentaux sera faite, et le Guide tombera en laissant un pays en lambeaux non sans des risques de "somalisation" ou "d'irakisation". Mais si l'autocrate de Tripoli réunit autant de péchés au point qu'on ne peut pas le plaindre outre mesure, on se demande pourquoi les Occidentaux s'acharnent tant sur lui sans appliquer les mêmes mesures à Sana et à Damas.
A Damas, ce sont des civils aux mains nues qui sont massacrés par centaines sans que l'on ne sache quand est-ce que cette tragédie prendra fin. Il faudra donc plus que les mesurettes de l'UE et les mises en garde de Washington pour que Bachar Al Assad desserre l'étau autour de son peuple.
Abdou Karim Sawadogo

