Menu
A+ A A-

SN-SOSUCO : Les travailleurs bloquent la route du sucre

Les travailleurs de la SN-SOSUCO ont manifesté leur ras-le-bol face à la lenteur qu’ils disent constater dans la médiation de la crise confiée au patronat burkinabè depuis le 9 février dernier. Pour se faire entendre, ils sont allés bloquer la route nationale n°7 (RN7) ce 7 juin 2011, obligeant le président du comité de médiation, M. Mamady Napon, à se rendre à Banfora le 8 juin 2011.

Les usagers de la route nationale n°7 ont passé un mauvais quart d’heure dans la matinée du 7 juin 2011. Ils ont été bloqués durant plusieurs heures au niveau du complexe sucrier. Impossible de franchir la barricade des manifestants pour continuer son trajet d’un sens comme dans l’autre sur l’axe Bobo-Banfora. Conséquences, une file de cars et autres camions ont dû stationner, en espérant  la retombée de la fièvre du côté des manifestants du jour, qui avaient, à l’aide de pneus et autres matériels pris la goudron en otage.

La délivrance, fort heureusement, est intervenue aux environs de 12h, après une médiation entreprise par le gouverneur des Cascades, Mme Jocelyne Vokouma. A l’origine de cette montée de la fièvre avec ce mouvement spontané de sources syndicales, reste une attente jugée longue sur les suites réservées à la médiation confiée au patronat Burkina depuis la signature d’un protocole d’accord intervenu depuis le 9 février 2011. Cette structure, par décision gouvernementale, devait solutionner la crise née d’une réforme entreprise par le repreneur de la Nationale  du sucre, le groupe IPS.

Les travailleurs voulaient se faire entendre, et selon certaines sources, le mouvement a été déclenché depuis le 6 juin par un sit-in à l’usine avant de se transporter sur la RN7. Se sentant menacés, les ténors de l’usine, pour visiblement des raisons de sécurité, ont disparu de l’entreprise. Le mouvement dit spontané avait à sa tête, les travailleurs saisonniers, qui voulaient surtout crier leur ras-le-bol sur les misères vécues avec la sous-traitance, un pan de la réforme qui divise.

Après la levée du blocus sur la RN7, les négociations se sont poursuivies au niveau du gouvernorat des Cascades avec une délégation des travailleurs, tandis que les autres sont allés poursuivre le sit-in à l’usine. Après les pourparlers avec madame le gouverneur, les deux parties se sont séparées sur une promesse ferme qui est que le président du comité de médiation, M. Mamady Napon, directeur général de la SOBCA, devait effectuer, dès le lendemain, le déplacement de Banfora afin de venir calmer les frondeurs.

C’est aux environs de 15h 30 mn ce 8 juin 2011 que la salle de rencontres du gouvernorat des Cascades a reçu les différentes parties, c'est-à-dire les travailleurs, les autorités administratives et politiques, les émissaires du patronat burkinabè, les responsables des forces de sécurité et l’Inspection du travail. Les grands absents notés sont les responsables de la SN-SOSUCO.

Comment cette médiation pouvait-elle se poursuivre normalement avec l’absence d’un des protagonistes de la crise sociale qui perdure déjà une année ? La rencontre qui s’est tenue à huis clos a été marquée par des débats très houleux par moments. Pour calmer les ardeurs, une suspension est intervenue après deux heures de pourparlers. Une fois dans la salle, les travailleurs la quitteront à nouveau, le temps de se concerter.

C’est finalement aux environs de 20h qu’est intervenue la fin des échanges avec au menu, la question des sursalaires et la sous-traitance qui précarise la situation des temporaires. Pour les victimes qui ont vu leurs salaires  diminuer considérablement par les sous-traitants, et qui ne bénéficient pas de couverture sociale, veulent que l’on humanise un tant soit peu la réforme.

Les travailleurs ont fait savoir que la médiation traînait et qu’ils étaient las d’attendre les conclusions. De son côté, le président de la commission de médiation, calme le jeu. Sur sa présence, «c’est pour apaiser les cœurs des travailleurs de la SOSUCO par rapport aux différentes revendications qu’ils ont exposées», a-t-il expliqué. Pour le patronat, le retard serait indépendant de sa volonté, invoquant au passage la crise nationale marquée du couvre-feu.

Cela a entravé les travaux. Mais pour ce dernier cependant, le contact a toujours existé et «aujourd’hui nous leur avons montré les preuves que nous n’avons pas négligé le dossier, que nous travaillons avec les autorités. Nous sommes parvenus à leur démontrer que d’ici là, une issue favorable sera donnée aux différentes revendications». Mais pour l’instant, «il faut garder patience, éviter la violence, éviter les soulèvements comme ça», calme M. Napon.

Après ces échanges à l’issue desquels le premier médiateur se dit confiant, les représentants des travailleurs sont retournés pour informer la base du processus de médiation que venait de leur expliquer le patronat, qui s’est abstenu de se donner un délai.

Le moins que l’on puisse dire avec le bocage de la RN7, c’est que la tension est réellement montée d’un cran au sein des travailleurs qui jusque-là, s’étaient montrés sages et pacifiques durant les sit-in. Du reste, ce n’est pas la première fois que les travailleurs investissent ainsi cette route internationale.

Déjà en 1998, suite à une crise sociale, les travailleurs de la Nationale du sucre étaient allés bloquer cette voie internationale, obligeant d’une part, les usagers à marquer l’arrêt forcé avec toutes ses conséquences et d'autre part, les autorités à se pencher sérieusement sur leurs revendications.

 

Luc Ouattara

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir