Macaire Ouédraogo : "Il faut un facilitateur pour le Faso"
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Ses sorties sont aussi rares que fut sa prouesse électorale de mai 1978, celle d'avoir mis en balottage un président en exercice depuis 12 ans : Aboubacar Sangoulé Lamizana.
Lui, c'est bien sûr Macaire Ouédraogo, qui, face à "la crise qui est devenue si grave et si compromettante pour la stabilité du Burkina Faso, a décidé de briser le silence dans lequel il s'était claquemuré. Sur invitation du mouvement de la jeunesse UNDD et après Kaya, il a lancé ce qu'on peut nommer "l'Appel de l'hôtel Soritel" le 7 juin dernier. Forcément, "son fils spirituel" Hermann Yaméogo était à ses côtés, pour expliciter son idée de Constituante.
Propositions de sortie de crise d'un vieux briscard de la politique, qui s'est reconverti dans le social.
La voix est toujours grave et retentissante malgré le poids de l'âge, et c'est un Macaire Ouédraogo, ancien porte-étendard de l'UNDD en 1978 qui s'est adressé à la jeunesse UNDD rassemblée pour la circonstance dans une salle de l'hôtel Soritel de Ouagadougou.
Pour le conférencier, les temps sont incertains au Burkina Faso, et il joint sa voix à certains devanciers pour dire qu'il faut cultiver le dialogue. C'est pourquoi il épouse la "trêve citoyenne et patriotique" du président de l'UNDD, Hermann Yaméogo. Pour le challenger de Sangoulé Lamizana, "la crise militaro-civile, notamment la mutinerie de la caserne de Bobo-Dioulasso, avec les sinistres causés à la population, pouvait nous faire basculer vers la guerre civile".
Il estime que le caractère soudain et la portée de la crise ont de quoi désarçonner, mais qu'elle était prévisible au regard de la mauvaise gouvernance politique et économique qui avait cours au Faso.
Les injustices et les inégalités sont aussi criardes dans la Grande Muette, foi de Macaire Ouédraogo, avec "une certaine tendance à la privatisation de l'armée". Selon le "doyen" comme l'appelle la jeunesse, l'heure n'est plus à l'anathématisation ni aux jérémiades, surtout que le "couvercle a sauté". Aucun Burkinabè, ajoutera-t-il en substance, ne doit se sentir plus Burkinabè ou moins Burkinabè, et c'est "tous ensemble" qu'on peut circonscrire le mal. Il faut que tous les citoyens "achètent cette crise", martèlera-t-il. Il estime par ailleurs que l'intervention contre les mutins de Bobo a apporté une certaine sérénité, mais que la vigilance doit être de rigueur.
Les propositions de sortie de crise de Macaire Ouédraogo sont résumées dans ces phrases : "Il faut absolument essayer de taire nos rancœurs, écarter nos ambitions personnelles et surtout arrêter nos manœuvres de succession pour chercher à ramener la paix civile..." Hermann Yaméogo interviendra d'ailleurs pour signifier que ceux qui font la politique pour se venger, qui sont guidés par la haine ne peuvent pas aller loin.
Macaire a laissé entendre également sur le même sujet que d'aucuns voudraient que, sur la question militaire, et dans le cadre des réformes structurelles des personnalités se dégagent pour prendre le problème à bras le corps.
Pour lui, la solution résiderait peut-être dans la désignation d'un facilitateur : "S'il faut pour cela recourir à une quelconque facilitation nationale ou internationale, menée par un civil ou un militaire, qu'il soit de l'ONU, de la CEDEAO, pourquoi pas ?", se demandera le vieux leader de l'UNDD. Tenez, cela rappelle étrangement l'un de nos éditoriaux (cf. : le Facilitateur aura-t-il besoin d'un facilitateur).
Partisan, Macaire Ouédraogo ? Que nenni ! "Mon seul parti, c'est mon pays", dira-t-il. Car ce qu'il a rêvé pour son pays en 1978 est loin de cette déchéance dans laquelle s'aventure le Burkina Faso.
Les Voltaïques sont-ils plus dignes, plus respectueux et plus probes que les Burkinabè ? s'interrogea-t-il. Aux anciens compagnons des années 70, à cette jeunesse burkinabè, il lance cet appel : sauvons le Faso, rétablissons l'autorité de l'Etat, et on verra ensuite. Optimiste, il dira à la jeunesse de ne pas perdre espoir, car "l'avenir n'est pas compromis".
Interpellé sur l'idée de Constituante, préconisée par Me Hermann Yaméogo, Macaire Ouédraogo laissera la parole au fils du premier président de la République pour expliciter encore son idée. Pour Hermann, la Constituante est "l'objet de 2 frayeurs de la part du pouvoir et de l'opposition, or elle permet de tourner la page, et cela ne fera que grandir le pouvoir". "Ceux qui craignent que Blaise ne rebelotte, savent bien que, dans une constitution, on peut introduire des mesures transitoires pour empêcher cela... et selon mon intime conviction, à écouter Djibril Bassolet, et le contexte international tout cela ne permet plus de modifier la constitution... Accompagnons Blaise... lorsque Me Sankara m'a contacté pour la marche du 30 avril pour exiger le départ inconditionnel de Blaise, je lui ai signifié ceci : une telle action se prépare. Sur une place aussi historique que la place de la Nation, il faut s'assurer du soutien des syndicats, de la société civile, avoir des répondants dans l'armée ; nous avons dit à Me Sankara que nous ne sommes pas partants pour cette aventure".
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
