Manifestations en Côte d’Ivoire : Alassane et les fantômes du passé
- Écrit par Webmaster Obs
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Ce mois d’octobre s’annonce éminemment en Afrique de l’Ouest : présidentielle en Côte d’Ivoire et en Guinée, élections couplées au Burkina, communales au Mali, autant de rendez-vous qui ont le don de passionner les citoyens que nous sommes tout en suscitant bien des appréhensions.
En Guinée, après des mois sous haute tension sur fond de récriminations contre le calendrier et le fichier électoraux, l’opposition a fini par se résoudre à affronter le président Alpha Condé, candidat à sa propre succession.
Au Mali, c’est la coordination des mouvements de l’Azawad, CMA qui s’oppose à l’organisation des locales sur l’ensemble du grand Nord.
Au Burkina, le rendez-vous du 11 octobre, considéré comme le premier scrutin véritablement ouvert de la 4e République, suscite pourtant quelques inquiétudes pour cause d’exclusion des représentants de l’ex-majorité et de sa mouvance.
En Côte d’Ivoire, la présidentielle du 25 octobre, attendue comme le scrutin qui devrait consacrer un meilleur ancrage de la démocratie et du multipartisme, est pourtant loin de se dessiner sous les meilleurs auspices. En effet, au lendemain de la proclamation de la liste des 10 prétendants officiels à la magistrature suprême, la lagune Ebrié est en ebullition. Deux bus de la société de transport d’Abidjan, SOTRA incendiés à Yopougon, des pneus brûlés à Marcory, des jets de gaz lacrymogènes à Cocody, idem à Bonoua et à Gagnoa, ville natale de Laurent Gbagbo. Voilà le résultat des manifestations qui ont éclaté hier jeudi à l’appel de jeunes réunis sous la bannière de la Coalition nationale de l’opposition.
A l’origine de leur colère, non seulement la récurrente question de la CEI (Commission électorale indépendante) mais aussi celle de la candidature du président sortant, Alassane Ouattara, soupçonné par ses détracteurs d’être originaire du Burkina. En voilà donc une bataille d’arrière- garde qui fait ressurgir le funeste concept de l’ivoirité et ses corollaires que sont la stigmatisation et la xénophobie qui ont coûté si cher à la Côte d’Ivoire.
Plus pressante, la question de la commission électorale est loin de laisser ces croquants indifférents. Et là, il faut reconnaitre qu’ils n’ont pas tout à fait tort, eux qui craignent que cette fois, comme si souvent dans nos « démocratures », les résultats soient connus d’avance. En effet, il faut dire que de par sa composition la structure en charge du scrutin ne donne pas tous les gages de neutralité et d’indépendance qu’on attendait d’elle. Passe encore que l’administration y soit représentée avec quatre fonctionnaires à égalité avec la majorité, l’opposition et la société civile. Mais là où le bât blesse, c’est la présence incongrue de cette 17e personnalité représentant, tenez vous bien, le président de la République qui plus est candidat à sa propre succession. Et que dire quand on sait que cet « œil de Moscou » n’est autre qu’Youssouf Bakayoko, celui-là même qui en 2010, avait déclaré dans des conditions dont on se souvient encore, la victoire du candidat ADO. On ne change pas une équipe qui gagne. Mais pour une commission qui se prétend indépendante, c’est un peu fort de café.
Alassane Ouattara avait-il donc besoin de se faire représenter ès qualités, lui qui, bien que sortant, est censé concourir à égalité de chances avec ses 9 challengers ? Assurément non. Pas plus que la Côte d’Ivoire n’a envie de flirter avec les fantômes du passé.
- Marie Ouédraogo

