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Passation du marché de réalisation de la centrale thermique de 100 MW à Ouaga :« L’Etat pourrait payer une somme additionnelle de 373 milliards de FCFA »(Boureima Tapsoba, représentant local du groupe TSK/AIA/EEN)

Passation du marché de réalisation de la centrale thermique de 100 MW à Ouaga :« L’Etat pourrait payer une somme additionnelle de 373 milliards de FCFA »(Boureima Tapsoba, représentant local du groupe TSK/AIA/EEN)

Pour vous convaincre de sa très grande importance socio-économique dans un pays comme le nôtre, confronté à un déficit chronique en matière de production d’électricité, n’allez pas chercher loin. La puissance attendue, 100 mégawatts extensibles à 150, indique à elle seule sa place dans le parc de production électrique du Burkina Faso. 

Il s’agit de la future centrale thermique à fuel lourd de Ouagadougou.

Objet d’un appel d’offres international dans le cadre Partenariat  public privé (PPP), le marché vient d’être provisoirement attribué. Mais l’un des soumissionnaires, le Groupement TSK Electronica y Electricidad SA (TSK), Access Infra Africa LLC (AIA) et Energy Expert Now SA (EEN), classé 2e au terme de la sélection finale, remet en cause, avec force arguments, les résultats de la commission d’évaluation.

Plus de précisions avec Boureima Tapsoba, représentant local du groupe TSK/AIA/EEN. Il estime que si les choses devaient rester en l’état, le Burkina Faso supporterait une somme additionnelle de 373 milliards de francs CFA durant les 20 ans de concession du projet.

 

 

 

Quel est l’historique de ce dossier et comment s’est déroulée la procédure d’appel d’offres ?

 

Le projet a fait l’objet d’un appel d’offres international comprenant une première phase de pré-qualification. Notre groupement y a participé et six soumissionnaires ont été retenus sur une liste restreinte. 

Ensuite, il y a eu  une seconde phase de trois concurrents pour la sélection d’un partenaire privé devant réaliser le projet.

Enfin est intervenue la phase de remise des offres finales des trois concurrents retenus, suivie de la publication des résultats.

 

Sur quels critères la commission d’évaluation a-t-elle départagé les offres des différents soumissionnaires ?

 

Les documents d’appel d’offres ont été rédigés de manière professionnelle. Les spécifications techniques, financières et légales étaient claires et précises.

          La méthode d’évaluation était tout aussi claire et une note sur 100 devrait  départager les soumissionnaires. Cette note comporte trois composantes : 

  • le tarif d’achat actualisé de l’électricité incluant le combustible, noté sur 70 ;
  • les critères financiers autres que le tarif d’achat, notés sur 20 ;
  • les critères techniques, notés sur 10.

Tenez-vous bien, alors que le groupe TSK/ACCESS/EEN pays Espagne-EAU-USA  a proposé un tarif d’achat HT  de 115,02 FCFA/KWh et une puissance nette de 120 mégawatts, le soumissionnaire, Melec/Matelec pays Liban/UK, classé 1er, offrait un tarif HT de 127,60 FCFA/KWh pour une puissance nette de 111 mégawatts.

 

Vous voulez dire que l’on a préféré attribuer le marché à celui dont le prix de revente de l’électricité à la SONABEL est plus élevé que celui que  propose TSK/ACCESS/EEN ?

  

Exactement, et le tableau comparatif des offres le prouve bien. [NDLR : Nous avons obtenu copie dudit tableau].        

Dans le cas où l’Etat du Burkina Faso octroierait le marché sur la base du classement actuel, il paierait un fardeau additionnel durant la concession du projet (20 ans) qui s’élève à 569 millions d’euros, soit 373 milliards de F CFA.

Pourquoi votre consortium, bien qu’ayant proposé le meilleur tarif d’évaluation, n’a pas été classé premier à l’évaluation ?

 

Bien que notre groupement ait eu la meilleure proposition, il a été classé deuxième. Alors, nous sommes persuadés que la commission d’évaluation n’a pas fait son travail correctement. Les anomalies suivantes ont été notées :

  • la commission d’évaluation a procédé à des ajustements tarifaires des offres des soumissionnaires sans consulter ceux-ci. Cela est en complète contradiction avec les règles de bonne pratique en matière d’appel d’offres international de projet IPP/BOOT ;
  • le résultat complet de la commission d’évaluation n’a pas été communiqué aux soumissionnaires ;
  • Un groupement de consultants internationaux juridiques et techniques a été mis en place pour évaluer les offres et défendre les intérêts de l’Etat pendant les négociations. Ces consultants ont été entièrement financés par l’ALFS (African legal support facility), structure dépendant de la Banque africaine de développement. Il apparaît que les conseils n’ont pas participé à l’évaluation des offres finales et n’ont pas pu fournir un rapport d’évaluation indépendant ;
  • seule la composante tarifaire de l’évaluation est impartiale et représente, à elle seule, la totalité des paramètres techniques : puissance de la centrale, disponibilité de l’électricité, calendrier de réalisation, paramètres financiers de l’offre et rémunération des actionnaires. C’est la raison pour laquelle de nombreux pays basent leur évaluation uniquement et entièrement sur le tarif d’achat. Dans cet appel d’offres, il apparaît que la commission d’évaluation a renversé le classement des soumissionnaires en donnant des notes subjectives à un groupement ayant proposé un tarif de 11% supérieur au nôtre.  

 

N’avez-vous pas porté plainte auprès d’un organe de règlement de différends ?

 

Effectivement nous avons déposé une plainte auprès de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), qui a jugé notre plainte recevable mais a décidé qu’elle était infondée. Nous sommes étonnés d’une telle décision car nous estimons que l’ARCOP a jugé sur la forme de la procédure et non sur l’évaluation des offres. Au regard des griefs qui ont été faits à notre groupement, nous considérons que la commission d’évaluation a biaisé l’évaluation des offres.

 

Quels sont les enjeux pour le Burkina Faso ?

 

          Les enjeux clés pour le Burkina Faso sont les suivants :

  • la dénonciation de la vie chère par les populations ;
  • la récurrence des délestages par manque de capacité à fournir l’électricité de façon suffisante et le coût très élevé de l’électricité ; il nous semble essentiel que notre offre, compétitive et solide, ne doit pas être relayée au second plan. Il s’agit d’une offre dans laquelle nous proposons des moteurs très performants, une puissance de production nette de plus de 9 MW, un délai de réalisation plus court et un tarif moins-disant.  En somme, notre groupement propose une offre économiquement très avantageuse pour l’Etat burkinabè.

Au regard de ces enjeux, il conviendrait que les autorités compétentes prennent les dispositions qui s’imposent afin de préserver les intérêts de l’Etat et du secteur de l’électricité. 

 

Propos recueillis par

Hugues Richard Sama

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