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Armée ivoirienne : Des coups de feu en guise de meilleurs vœux

Armée ivoirienne : Des coups de feu en guise de meilleurs vœux

A cette allure, ils finiront par en avoir l’habitude. Depuis deux ans, à l’occasion du Nouvel An, les Ivoiriens n’ont pas seulement droit aux simples pétards ou aux traditionnels feux d’artifice, mais à de vrais coups de feu tirés avec de vraies armes de guerre.

 

Comme pour sacrifier à cette vilaine tradition qui est en train de s’installer au pays d’Houphouët, vendredi dernier, des tirs ayant fait un mort et un blessé ont opposé le Centre de coordination des décisions opérationnelles (CCDO), une unité d’intervention mixte, naguère basée à Abidjan, au 3e bataillon de Bouaké. Encore et toujours Bouaké.

Jadis foyer incandescent de la rébellion ivoirienne de 2002, cette ville du centre de la Côte d’Ivoire semble devenue  l’hypocentre des crises qui continuent de secouer le pays.

La méfiance que suscitent les éléments de ce fameux CCDO, perçus comme des espions chargés de moucharder leurs frères d’armes, est-elle la seule cause de cette poussée de fièvre kaki ?

En tout cas ce nouveau mouvement d’humeur illustre à souhait à quel point la sérénité et la cohésion sont encore loin d’avoir regagné les rangs de l’armée ivoirienne ; une grande muette qui,  depuis une année, ne cesse de se faire entendre bruyamment :

en 2017, en effet, dès janvier, une mutinerie, faite par les 8 400 éléments des « Forces nouvelles » incorporés dans l’armée régulière pour réclamer des primes qui leur avaient été promises,  a secoué plusieurs localités comme Abidjan, Bouaké et Korogho ; obligeant le président Alassane Ouattara à avancer 7 millions de francs par tête de pipe ;

cinq mois plus tard, bis repetita. Convaincus  que le chef de l’Etat renâclait à verser le reliquat, les bidasses sont de nouveau descendus dans la rue. Ils ne regagneront les casernes qu’après la promesse ferme et vite tenue de solder le reste, rubis sur l’ongle ;       

cette fois-ci, les bons comptes de 10 millions au total feront les bons amis.

Et, comme si l’abcès des mutins ne suffisait pas, voilà que les anciens démobilisés s’en mêlent, ajoutant de la chienlit à la chienlit.

2018 commence donc comme l’année précédente, mais plus gravement, car, à présent, il n’est plus question de simples revendications pécuniaires mais plutôt de « gnanga » entre frères d’armes.

Dans cette armée ivoirienne devenue un véritable fourre-tout, la greffe entre ex-rebelles et militaires de carrière n’a véritablement pas pris. Ironie de l’histoire, ces affrontements de vendredi interviennent au lendemain de la présentation des vœux du Nouvel An au locataire du palais de Cocody, cérémonie au cours de laquelle le chef d’état-major général des armées, Sékou Touré, a solennellement demandé pardon aux Ivoiriens et au premier d’entre eux, Alassane Ouattara,  pour les mutineries qui ont mis à mal la paix sociale tout au long de 2017. Il avait aussi promis qu’en 2018 la grande muette se consacrerait « à son devoir, uniquement à son devoir». Et le ministre de la Défense d’assurer à son tour qu’il «n’y aura pas de mutinerie en 2018».

Des engagements et promesses qui n’engagent que ceux qui les ont tenus, est-on tenté de dire.

Faut-il voir dans ces affrontements  entre les éléments  CCDO, une création du ministre de la Défense, et les militaires de Bouaké une manifestation violente de la guerre feutrée que se livrent depuis longtemps Hamed Bakayoko et Guillaume Soro ? Ce ne serait pas là une simple vue de l’esprit quand on sait que ces deux personnalités ne cachent plus l’inimitié qu’elles se vouent.

 

La Rédaction  

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