Logo
Imprimer cette page

Mines antipersonnel au Mali : Des armes sales pour une guerre sale

Mines antipersonnel au Mali : Des armes sales pour une guerre sale

 

Comment auraient-ils pu imaginer que là, sous leurs pieds, enfouis à seulement quelques centimètres sur ce sentier qu’ils empruntent si souvent et dont ils ont fini par connaître tous les mètres carrés, se trouvaient de vilains joujoux de guerre qui allaient leur faucher la vie ? Ce fut pourtant le tragique destin de ces commerçants burkinabè et maliens qui avaient quitté Djibo hier, jeudi 25 janvier 2018, au matin pour le marché hebdomadaire de Boni de l’autre côté de la frontière. Hélas, ils n’arriveront pas à destination, le camion qui les transportait ayant sauté sur une mine. Le bilan, qui était initialement de treize morts,  a été révisé à la hausse en fin de journée, passant à vingt-quatre victimes, dont sept Burkinabè.

 

 

Une vingtaine de cadavres qui viennent s’ajouter à la liste déjà longue des victimes de ces engins explosifs qui ont pulvérisé tant et tant de convois, la plupart militaires, depuis que le pays de Modibo Kéita est mis sous coupe réglée par les narcoterroristes et que la contagion a fini par gagner les autres Etats de la ligne de front, notamment le Niger et le Burkina.

 

La pieuvre tentaculaire s’est, du reste, sanctuarisée dans le Soum, où postes de douane, commissariats de police, brigades de gendarmerie et détachements militaires sont régulièrement pris pour cibles par le monstre masqué, quand ce ne sont pas des civils (enseignants, conseillers municipaux…) qui sont dans sa ligne de mire ; tuant ainsi à petit feu et rafale après rafale la vie sociale et économique déjà bien rude dans ces contrées.

 

Dans l’impuissance, jusque-là, de nos forces de défense et de sécurité d’autant plus démunies que l’ennemi est invisible dans cette guerre asymétrique qui nous est imposée. Et qu’il utilise des armes non conventionnelles, à l’image de ces mines. De 2012 à nos jours, ces redoutables mines antipersonnel, antichars ou encore les EEI, entendez les Engins Explosifs Improvisés, auront fait presque 2000 victimes civiles et militaires dont des centaines de morts, sans oublier les incidents liés à ce qu’on appelle dans le jargon militaire les REG, les Restes d’Explosifs de Guerre.

 

Des armes sales s’il en est pour une guerre tout aussi sale et dont les conséquences, qui perdurent toujours des décennies après les conflits, sont souvent désastreuses comme on le voit dans des pays tels l’Angola, l’Afghanistan, le Cambodge où des régions entières, pourtant cultivables, ne peuvent pas être exploitées du fait de ces gadgets de la mort qui continuent de semer la désolation. Ce qui, hélas, risque d’arriver au Mali et à ses voisins.

 

En attendant, le plus urgent est de venir à bout de la bête immonde qui, telle un mutant, s’adapte à son nouvel environnement comme celui que tente de lui imposer depuis quelque temps la force commune au G5 Sahel dont on attend impatiemment la mise en route concrète, notamment dans la zone des trois frontières.  

 

Plus que jamais donc, il urge de (re)prendre possession du terrain et de tailler des croupières aux renégats alors que l’armée transnationale en gestation depuis au moins une année  éprouve quelques difficultés, financières en l’espèce, à accoucher d’un véritable plan de bataille, multipliant jusque-là  les rencontres des chefs d’Etat, des ministres de la Défense ou des états-majors. A l’image de celle qui s’est tenue le 15 janvier courant à Paris, en attendant la table ronde des bailleurs de fonds prévue à Bruxelles le 23 février prochain et dont on espère qu’elle permettra enfin de trouver l’intégralité de  l’indispensable nerf de la guerre sans lequel le combat est d’avance voué à l’échec.

 

Dans la capitale française, Florence Parly, la ministre française des Armées, et ses homologues du G5 Sahel avaient du reste annoncé pour bientôt une deuxième opération après le galop d’essai de « Hawbi » fin octobre 2017, mais ils n’en finissent pas de fourbir leurs armes, au grand dam des populations qui ne savent plus à quel soldat se vouer.

 

 

Ousseni Ilboudo

Dernière modification ledimanche, 28 janvier 2018 18:32

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.