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Pagne du 8-Mars : Le gouvernement a-t-il filé un mauvais coton ?

Morceau du pagne officiel qui répond aux normes fixées par le ministère Morceau du pagne officiel qui répond aux normes fixées par le ministère

Le comité ad hoc pour la promotion du pagne du Faso Dan Fani (FDF) au Burkina était lundi 29 janvier 2018 chez le ministre du Commerce, Stéphane Sanou, pour décrier le monopole de l’importation-vente du pagne imprimé du 8-Mars que la ministre de la Solidarité nationale, Laure Zongo/Hien, aurait accordé à 6 commerçantes.

 

En rappel, la mesure gouvernementale prise le 29 novembre 2017 par le Premier ministre sous l’impulsion du ministre du Commerce avait réjoui les acteurs de la chaîne de valeur du coton, notamment de la filière du textile et de l’habillement burkinabè. Dans un arrêté ministériel, en effet, obligation est faite à des institutions de passer des commandes et dans des délais raisonnables à la Chambre des métiers de l’artisanat du Burkina (CMA-BF) pour certains évènements comme les festivités marquant l’indépendance du Burkina, le SIAO, la journée internationale de la femme, le forum des femmes, la SNC, la JNP, le SITHO, les foires agro-sylvo-pastorales… 

Malheureusement ces avancées ont été rendues publiques au moment où de nombreuses voix condamnent l’existence sur le marché national d’un autre genre de pagne imprimé pour le 8-Mars. La joie des différents acteurs du tissage, de la filature, de la couture, des centres de formation, des promoteurs de salon a été vite écourtée par un communiqué diffusé sur les chaînes de radio et selon lequel la ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille, Laure Zongo/Hien, ferait partie de ceux-là qui ont officialisé le choix de deux modèles de pagnes imprimés pour le 8-Mars.

C’est avec consternation que le porte-parole du comité ad hoc pour la promotion du pagne du Faso Dan Fani, Désiré Maurice Ouédraogo, a fait remarquer au ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Stéphane Sanou, que le scénario de 2017 autour du pagne du 8-Mars se répète. « Votre collègue, à défaut de jouer la solidarité nationale autour de cette mesure, s’illustre en partisane en donnant le monopole à un groupe de 6 commerçantes ».

Le ministre du Commerce a salué la démarche du comité et souhaité que de telles rencontres soient institutionnalisées afin que de franches discussions soient ouvertes et que les différents acteurs de la chaîne tirent profit au maximum de leurs activités. Concernant la problématique du monopole du pagne du 8-Mars, décrié à la rencontre, les autorités du ministère ont précisé qu’elle avait pris le soin uniquement d’encadrer  tout ce qui est relatif aux logo, motif et  thème. 

Le ministre Sanou a indiqué qu’une vitrine du Dan Fani va être créée dans les différentes chancelleries afin de promouvoir les produits nationaux. Pour ce qui est de la question de l’importation de la «friperie», soulevée par le porte-parole du comité, Stéphane Sanou a souhaité que ce type de contrôle soit envisagé à moyen et long terme afin de tenir compte des réalités des populations.

L’importation du fil, importante composante du pagne, est revenue plusieurs fois sur la table des discussions. L’ensemble des acteurs présents ont relevé que, si le fil importé continue d’envahir notre marché, les conséquences de cela vont être désastreuses : d’abord la FILSAH va fermer ; ensuite tous ceux qui dépendent de ce commerce vont faire faillite et augmenter le  taux de chômage, a expliqué Moussa Dabaré, vendeur grossiste de fils.

La responsable de l’Union des tisseuses de la région du Centre, Fatimata Ki, a, elle, plaidé pour un encadrement du secteur du textile, particulièrement pour la préparation de la relève à travers la construction d’écoles de formation, la subvention de métiers à tisser améliorés. «Nos filles, de nos jours, ne sont pas patientes comme nous et ce n’est pas évident que, dans les prochaines années, elles soient à même de produire des pagnes tissés si on ne leur facilite pas les choses ».

Saisissant l’occasion, les représentants des différentes structures n’ont pas fait dans la langue de bois et ont vidé leur cœur en ce qui concerne leurs griefs contre le secteur du textile. La présidente de l’Association des tisseuses Teega-Wendé, Germaine Compaoré, a proposé une professionnalisation et une organisation en petites et moyennes entreprises des artisans du secteur. « Il nous faut des techniciens pour les formations et du crédit pour exporter notre production », a-t-elle dit. 

 

W. Harold Alex Kaboré

 

Encadré

Entre anarchie et déception…

 

La Journée internationale de la femme, une occasion pour se remplir les poches chaque année pour certains à travers la vente des pagnes dédiés à ce jour. Mais cette année la multitude de pagnes imprimés dits du 8-Mars dépasse l’entendement de certaines personnes. Surtout les tisseuses qui s’attendaient à ce que le Dan Fani soit à l’honneur. Aux côtés des tisseuses qui trinquent face à cette situation, il y a les commerçantes de pagnes imprimés. En effet, au-delà du pagne imprimé officiel ces derniers se voient obligés de se procurer la trentaine de pagnes imprimés existants sur le marché pour la revente. Face à ce choix multiple, les femmes s’abstiennent de s’offrir le pagne dédié à leur jour. Cela amène ainsi les commerçantes de pagnes à mettre la clé sous le paillasson avant même le jour J. Ces dernières crient à « l’anarchie » et vont jusqu’à demander la suppression du pagne du 8-Mars.

                                                                                                                      

Marata Tapsoba

Cela fait près de 15 ans que je vends les pagnes du 8-Mars mais cette année j’ai remarqué qu’il y a trop de désordre. On s’attendait à voir un seul motif, c’est-à-dire le pagne officiel. Mais à notre grande surprise, on a découvert plus de trente motifs. Du coup on ne sait pas lesquels acheter pour revendre. On a été obligé de payer tous ces pagnes pour revendre parce qu’on ne sait pas quel sera le choix des femmes. Quand ces dernières arrivent et voient la multitude de pagnes, elles changent d’avis et ne paient pas. Nous demandons au gouvernement de reprendre le monopole des pagnes. Parce que cette pagaille n’arrange personne. Il y a des jours où on rentre à la maison sans vendre un bout de tissu. Il faut venir chaque matin avec de quoi payer à manger et ne pas compter sur ce que l’on va vendre parce que c’est un coup de chance que de pouvoir vendre quelque chose.

 

Mariam Ouédraogo

On n’est pas du tout contentes cette année. On n’arrive pas à écouler les pagnes alors qu’on a mis toutes nos économies dedans et maintenant on ne sait même pas comment on va s’en sortir. On dit uniforme alors qu’il y a une quarantaine de motifs, ce n’est plus un uniforme. On souhaite qu’on revoie le mode d’attributions des marchés pour la conception des pagnes du 8-Mars. Le jour du 8 mars, on va voir les gens habillés de plusieurs tenues dites de la journée de la femme, et cela n’est pas intéressant en plus « pa ninr yé » (NDLR : ça ne sera pas joli). Si les autorités ne repensent pas cette situation, qu’elles annulent définitivement le 8 mars. Notre souhait est que l’année prochaine, on donne le monopole du pagne du 8-Mars à une seule personne. Cette année, on a payé le ballot de pagnes à 500 000 francs CFA alors que dans les années précédentes c’était 450 000 francs CFA. Donc non seulement c’est cher et pire on n’arrive pas à écouler. Nous courons à la faillite cette année. Après le 8 mars on va être obligé de baisser les prix pour pouvoir écouler nos stocks. On peut même vendre les 3 pièces à 1000 F au lieu de 6000 F. 

 

Salamata Ouédraogo

Je ne suis pas du tout satisfaite, les clients ne sont pas satisfaits, vraiment on ne sait pas quoi faire, c’est le désordre. Si le gouvernement et la douane laissent entrer les pagnes, nous on est obligées de payer pour vendre. Il paraît que c’est un certain Aladji Amidou qui avait le monopole et qu’il est décédé et c’est suite à ce décès que c’est devenu comme ça.

 

J. Benjamine Kaboré

 

Commentaires   

0 #1 lewang 30-01-2018 08:44
Quand je lis tout ça, ça me fait mal au cœur et je regrette la période révolutionnaire . comment on peut bafouér ses propres décisions pour la cupidité de certains dirigeants? on s'en fout de l'impact négatif sur l'économie et les pauvres femmes. C'est dommage!
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