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Visite Macron: 48 heures au chevet de la démocratie tunisienne

Visite Macron: 48 heures au chevet de la démocratie tunisienne

Il avait vite fait de prendre le Hiftar (cérémonie de rupture du jeûne) avec Mohamed VI, question de faire connaissance ; puis il a effectué une visite d’amitié et de travail chez l’Algérien Abdelaziz Bouteflika. Depuis hier, c’est une visite d’Etat, le nec plus ultra dans la hiérarchie protocolaire, qu’Emmanuel Macron effectue en Tunisie. Dans ce Maghreb où les diplomates sont toujours obligés de jouer aux trapézistes, c’est l’Elysée elle-même qui a tenu à souligner l’importance de cette visite qui se veut un message fort de soutien à la démocratie tunisienne, la seule expérience de transition démocratique réussie après les Printemps arabes de 2011.

Il est vrai que depuis, la Libye a volé en éclats après la chute et la mort de Kadhafi, et est devenue un non-Etat que se disputent les multiples factions et l’Etat islamique, tandis qu’en Egypte, après une brève transition démocratique sous les Frères musulmans, le maréchal Al-Sissi a perpétré comme il se doit un coup d’Etat pour instaurer un régime autoritaire, pour ne pas dire autocratique. Le Royaume chérifien ayant été épargné, la Tunisie apparaît, il est vrai, comme l’îlot de relative stabilité dans cet océan maghrébin particulièrement tourmenté. Et c’est sans doute cette particularité que l’hôte de marque mettra en exergue aujourd’hui même dans son discours au Parlement.

 Cela dit, l’illustre visiteur est bien payé pour le savoir : on ne vit pas de liberté, de démocratie et d’eau fraîche. Et les Tunisiens se sont fait fort de le rappeler au président Beji Caid el Sebsiau cours de manifestations souvent violentes qui sonnaient comme une piqûre de rappel des espoirs nés de la révolution du Jasmin, un jasmin qui s’est bien fané depuis, le printemps ayant viré à l’automne sept ans après. Intervenant dans un tel contexte, le séjour macronien ne pouvait que mettre, au-delà de la démocratie, l’accent sur le social et l’économie ; des annonces fortes sur la lutte contre le chômage, le soutien aux entreprises, l’allègement de la dette tunisienne étant attendues de la part du locataire de l’Elysée dont le pays est le premier partenaire économique de la patrie de Bourguiba. A quoi ça servirait d’ailleurs de louer les avancées démocratiques si on ne peut pas aider la Tunisie à porter le lourd fardeau socio-économique hérité de l’ère Ben Ali qui, depuis lors, ne semble pas avoir été allégé ?

Quid de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme ? Sujet forcément incontournable dans un pays qui est l’un des plus grands fournisseurs de Daesh et où de nombreux combattants reviennent d’ailleurs mettre en pratique les cours reçus sur les théâtres d’opérations du Moyen-Orient. Si l’on en croit d’ailleurs le ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Brahem, rien qu’en 2017, les unités de la Garde et la Sûreté nationale ont réussi à démanteler 188 cellules terroristes, dont 184 cellules d’influence, particulièrement dans des mosquées, et 47 cellules d’embrigadement qui expédiaient de jeunes Tunisiens sur les théâtres de combats. C’est d’ailleurs pour prévenir de telles sombres activités que 30 000 jeunes ont été interdits de voyage au cours de l’année écoulée, période où sept terroristes ont été tués et sept autres arrêtés.

Quand on sait que c’est parfois la France qui est régulièrement endeuillée par la multinationale du terrorisme  et que ce sont parfois ces filières maghrébines qui exportent le djihadisme, on comprend pourquoi Paris a tout intérêt à aider le palais de Carthage à venir à bout de la pieuvre tentaculaire qui frappe partout. Avec un tel agenda, on doute fort que le jeune Macron ait le temps d’aller se dorer la pilule dans un hammam, ce bain de vapeur humide puisant ses origines dans les thermes romains, ou d’aller sentir les saveurs orientales des souks ou de la Médina.

 

Issa K. Barry

Dernière modification lejeudi, 01 février 2018 22:12

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