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Démission Jacob Zuma: L’insubmersible a fini par couler

Démission Jacob Zuma: L’insubmersible a fini par couler

Hier, en cours de journée, on se demandait si on avait encore besoin d’attendre la déclaration solennelle de Jacob Zuma qui était annoncée dans la soirée pour connaître sa position. Sauf rebondissement spectaculaire, comme nous en a servi à profusion ce feuilleton digne de la série TV sud-africaine Jacob Cross, on se disait qu’il allait certainement s’arc-bouter sur sa décision de rester jusqu’à la fin de son mandat. En milieu de journée, il avait en effet dit tout le mal  qu’il pensait de la décision du Congrès national africain le concernant. La veille, le Comité national exécutif du parti avait décidé de « rappeler » celui qu’il avait « déployé» à la magistrature suprême. Ce qui équivalait à un appel à la démission ; une décision injuste selon le sanctionné qui se posait en victime. Parce que, prétendait-il,  personne ne lui a  dit ce qu’il a fait de mal. Ou c’était un déni de la réalité, ou il se foutait vraiment de la République.

Voilà en effet un monsieur qui doit battre le record du monde d’inculpations (plus de 700, pour corruption, racket et autres), qui est accusé d’être corrompu par la famille Gupta, qui a refait sa résidence privée au coût de millions de rands, qui a déjà échappé à plusieurs motions de défiance et qui affirme, sans rire, n’avoir rien fait de bien méchant. Et qui n’était donc pas prêt à rendre le tablier de son propre chef comme le lui a gentiment et amicalement demandé l’ANC. Il ne restait donc plus qu’une solution, ainsi que nous l’écrivions dans notre édition d’hier. Puisqu’il refusait obstinément de voir la porte de sortie, encore honorable, que ses camardes lui montraient : ce n’est même plus par la fenêtre, mais par la cheminée, tel un chat de gouttière, que sortira celui qu’on avait justement surnommé le « chat aux neuf vies ».

En désespoir de cause, l’ANC avait décidé de déposer une motion de défiance qui devait être examinée aujourd’hui même en début d’après-midi. Autant dire une torpille qui allait se révéler fatale contre Zuma l’insubmersible (un autre de ses nombreux surnoms). On ne voyait donc pas cette fois-ci comment il pouvait ne pas couler.

Faut-il le rappeler, depuis son élection, il avait échappé à sept actions de ce genre entreprises par l’opposition. Et il s’en était toujours tiré d’affaire avec le soutien, pour ne pas dire la complicité, de l’ANC. Mais la fidélité des membres du parti commençait à s’effriter depuis quelque temps : déjà, le 8 août 2017, une trentaine de députés ANC avaient bravé la consigne du parti en votant pour sa destitution au cours d’un scrutin à bulletin secret, qui était utilisé pour la première fois. Ce jour-là, 177 députés avaient voté pour son départ, 198 contre et 9 s’étaient abstenus. Il avait sauvé sa tête d’une courte tête. Et maintenant que c’est la majorité elle-même qui réclame son départ, la majorité absolue des 400 députés semblait déjà acquise. Autant dire que les carottes étaient plus que cuites pour le vieux combattant zoulou. Il aura finalement puisé dans ce qui lui reste de dignité et d’orgueil pour quitter le navire de lui-même, plutôt que d’être jeté par-dessus bord par les siens.

Celui qui jurait encore hier n’avoir rien à se reprocher a, dans une déclaration solennelle, annoncé qu’il jetait l’éponge avec effet immédiat. Il évite ainsi l’humiliation que lui réservait le Parlement qui avait, on se le rappelle, reporté sine die le discours sur l’état de la Nation arc-en-ciel que Zuma devait prononcer jeudi passé, créant ouvertement une crise qui couvait depuis longtemps.

Rideau. La partie est donc désormais bel et bien terminée pour Papy qui faisait de la résistance contre tout bon sens et posait encore ces derniers jours des conditions inacceptables pour s’en aller.

Hasard du calendrier ou coïncidence voulue par ceux qui instruisaient son procès depuis belle lurette, le siège de la holding de la famille Gupta a été perquisitionné hier et l’un des frères de cette riche famille d’hommes d’affaires indiens a même été interpellé.

Il ne reste plus donc au désormais démissionnaire qu’à prier pour ne pas passer le reste de ses jours en prison. Car maintenant qu’il n’est plus protégé par le parapluie immunitaire, il aura plus que jamais la justice à ses trousses.

 

 

Issa K. Barry

Dernière modification lejeudi, 15 février 2018 21:36

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