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Tournée africaine Jean-Yves Le Drian : Macron rattrapé par la realpolitik

Tournée africaine Jean-Yves Le Drian : Macron rattrapé par la realpolitik

 

Trois capitales en deux jours. Il a beau ne plus être patron de la Défense, c’est un séjour de 48h au pas de charge que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian,   dont la valise n’est en fait jamais totalement défaite, effectue depuis hier à Brazzaville, à N’Djamena et à Addis-Abeba.

 

 

Des trois destinations, celle du Congo est sans doute la plus délicate pour le chef de la diplomatie française. Il n’est en effet un secret pour personne que le président Emmanuel Macron n’apprécie guère Denis Sassou N’Guesso, le premier tenant quelque peu le second à distance comme un pestiféré, et que les relations entre les deux pays sont pour le moins tièdes.

 

Il est vrai que pour le jeune locataire de l’Elysée, des dirigeants comme DSN, lequel totalise actuellement 37 ans de pouvoir, font partie de cette vieille Afrique à laquelle il veut résolument tourner le dos. Le numéro 1 du Quai d’Orsay est arrivé d’ailleurs au moment où débutait, hier jeudi, le procès de l’opposant Paulin Makaya, dernier accusé en date de ces jugements à forte coloration politique qui ont déjà envoyé derrière les barreaux les généraux Jean-Marie Michel Mokoko et  Norbert Dabira,  respectivement pour 20 ans et 5 ans. André Okombi Salissa, un candidat à la présidentielle de 2016, comme J3M, attend, lui,  de savoir quand il passera à son tour sous les fourches caudines de cette justice instrumentalisée qui broie de l’opposant  à n’en pas finir.

 

Mais Macron a beau vouloir enterrer la Françafrique, il est régulièrement rattrapé par la realpolitik comme ça semble être le cas en ce moment.

 

Le natif d’Edou dirige, ne l’oublions pas, le comité de haut niveau de l’Union africaine sur la crise libyenne. Un problème que Paris a pris à bras-le-corps, et c’est en cette qualité que l’homme fort de Brazza  a participé à la conférence internationale tenue à l’Elysée le 29 mai dernier, laquelle a permis de tracer une feuille de route qui attend d’être mise en application.

 

Ajoutez à cela les énormes intérêts économiques français au Congo, pétroliers notamment, et l’on comprendra que l’Hexagone ne peut pas se passer bien longtemps du Congo. On se rappelle d’ailleurs comment François Hollande, qui  s’était piqué de critiquer les dérives monarchiques de Sa Majesté Sassou, avait honteusement rétropédalé, lui reconnaissant le droit de « consulter son peuple » en 2015 pour sauter le verrou constitutionnel limitant le nombre de mandats présidentiels.

 

En vérité, c’est le même pragmatisme  d’Etat qui conduira également Le Drian à N’Djamena et à Addis-Abeba, où les dirigeants à l’image de Sassou ne sont pas réputés être les plus grands démocrates du continent.

 

Le « petit berger de Berdoba », un des vilains petits canards de la démocratie en Afrique (Ne vient-il pas en effet de se tailler une Constitution sur mesure qui lui permet de régner ad vitam aeternam ?), est un partenaire essentiel de la France dans la lutte contre le terrorisme au « Sahelistan » et les « Deby’s boys » ont depuis quelques années payé un lourd tribut,  que ce soit au Mali, au Niger ou au Nigeria.

 

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, la patrie de la démocratie et des droits de l’Homme qui a vu naître Montesquieu, Champion de Cicé, Mirabeau, Mounier (1) et tous ces chantres des libertés peut bien, de temps en temps, fermer les yeux sur ses grands principes et discuter avec les satrapes de tout pays.

 

 

 

Hugues Richard Sama

 

Dernière modification ledimanche, 10 juin 2018 19:44

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