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Recrutement personnel d’appoint au MINEFID : «Le Burkina ne fonctionne pas au rythme des humeurs d’une seule personne» (Mohamed Sawadogo, SG SYNAFID)

 

La Coordination des syndicats du ministère de l’Economie et des Finances (CS-MEF) a encore entamé une grève de 120 heures depuis le lundi 18 juin 2018 et n’entend plus retourner dans les bureaux tant qu’il n’y aura pas de « dialogue sincère » avec les autorités. En réponse à cela, le gouvernement, lui, a décidé le lundi 18 juin de recruter des retraités et des volontaires pour remplacer les grévistes du ministère de l’Economie et des Finances. Une décision qui n’entame pas la sérénité des manifestants, selon le SG du Syndicat national des agents des finances (SYNAFI), Mohamed Sawadogo. Dans une interview qu’il nous a accordée le mardi 19 juin à la Bourse du travail, il donne également la lecture de la coordination sur le nouveau syndicat dit des « non-allignés » qui vient de voir le jour.

 

 

 

 

Vous avez refusé de participer à la Conférence des Forces vives sur le système de rémunération dont l’une des recommandations est le « recadrage » des Fonds communs, qui ne doivent plus excéder 25% du salaire annuel ; n’est-ce pas la rançon de votre non-participation ?

 

 

 

La CS-MEF est membre de la Coordination des syndicats de la fonction publique (CSFP), qui s’est démarquée de cette Conférence dite des Forces vives. Lors d’une conférence, la CSFP avait indiqué qu’il fallait revoir le format de cette rencontre. Pour elle, une telle rencontre devrait se tenir dans un cadre restreint qui regroupe uniquement l’employé et l’employeur ; dans le cas présent, il s’agit du gouvernement et des syndicats. En plus de cette proposition, la Coordination a suggéré au gouvernement que, s’il tient à ouvrir la Conférence aux forces vives, même si on ne sait pas qui l’est et qui ne l’est pas, les discussions aillent au-delà de la rémunération des fonctionnaires pour s’étendre à la richesse nationale. Il y a aussi les questions des mines, de la corruption, du train de vie de l’Etat, etc., qui peuvent être évoquées.

 

Nous n’y avons pas participé parce qu’on n’a pas eu de réponses aux propositions qu’on a faites. Alors que nous les avons même signifiées par écrit au Premier ministre ; malheureusement, le gouvernement avait déjà sa vision, une vision qui est unilatérale.

 

 

 

Et les recommandations faites sur les Fonds communs…

 

 

 

Nous ne nous sentons pas concernés par cela puisqu’on n’a pas participé. Les recommandations de cette conférence ne peuvent pas s’appliquer à nous. Nous ne nous sentons pas de près ou de loin liés à ces recommandations. De toute façon, le Burkina n’en est pas à sa première conférence. Il y a plein de rapports et de recommandations de séminaires, de conférences qui sont dans les tiroirs, ce sera le cas pour les résultats de cette Conférence aussi.

 

 

 

Ne craignez-vous pas de vous mettre à dos les autres fonctionnaires, si ce n’est déjà fait, parce qu’il est ressorti de la Conférence que 80% des fonctionnaires devraient avoir une augmentation salariale ?

 

 

 

Ce que les gens ne comprennent pas, c’est que ce gouvernement n’est pas dans une logique d’augmentation des salaires. Il faut d’abord aller vers les TDR de cette conférence de remise à plat pour comprendre l’idée de départ. En sus, il faut dire qu’avant même cela, le gouvernement a diabolisé les fonctionnaires aux yeux du peuple. Il a dit que c’est inacceptable que quelque 150 000 à 200 000 personnes se tapent la moitié du budget de l’Etat ; ensuite le gouvernement a soutenu que la masse salariale est élevée et que les ratios sont au rouge, soit au-delà de 50%. C’est à l’issue de toutes ces déclarations que le Premier ministre himself a dit qu’il faut travailler à réduire cette masse salariale. C’est ce même Premier ministre qui soutient les décisions de la Conférence quand elle parle d’augmentation. Il ne faut pas que les gens se leurrent. Je suis financier et je sais comment les choses se déroulent. Cette Conférence, c’est uniquement pour permettre à l’Etat de faire passer les IUTS (NDLR : Impôt unique sur les traitements et salaires) sur les indemnités et autres avantages qu’on prélève actuellement sur le salaire de base. Ils ont parlé d’une augmentation de 29 000 francs, ce n’est pas vrai. Quand on va faire les calculs, les fonctionnaires auront une insignifiante augmentation, sinon rien du tout. Les gens doivent donc arrêter de se leurrer, car ce gouvernement n’a jamais rien concédé gratuitement. C’est toujours au bout d’une lutte qu’on obtient des acquis. Il faut que les syndicats qui ont participé à la Conférence comprennent qu’ils doivent lutter pour arracher ce qui doit être arraché.

 

 

 

Le lundi 18 juin dernier, le gouvernement a décidé de recourir à des retraités et à des volontaires, qu’en pensez-vous ?

 

 

 

Le gouvernement est dans une logique de répression. Et tout le monde est témoin que ce ne sont pas les syndicats qui refusent le dialogue actuellement. On va analyser la décision qui a été prise en Conseil des ministres et faire une sortie médiatique à ce sujet.

 

 

 

Mais en attendant, est-ce que vous sentez vos emplois menacés ou pas ?

 

 

 

Non, pas du tout. Nous sommes sereins. Si le Burkina est un Etat de droit comme on le dit, il ne saurait naviguer au rythme des humeurs d’une seule personne. Il faut se fier au droit dans ces cas de figure. 

 

 

 

Selon vous, est-ce que techniquement c’est possible de faire ces remplacements au pied levé ?

 

 

 

Est-ce qu’un bénévole, en moins de quelques jours, peut maîtriser toute la chaîne ? C’est difficile, naturellement. 

 

 

 

Le lundi 18 juin également, il y a eu la création d’un nouveau syndicat du ministère des Finances dit des « non-alignés » qui ne se reconnaît plus dans votre lutte ; n’est-ce pas là des signes d’essoufflement de votre mouvement ?

 

 

 

On va y revenir. Mais d’ores et déjà ce que je peux dire, c’est que c’est de la manipulation pure et simple, rien qu’à voir la tête de ceux qui sont au-devant de ce syndicat. Quand nous allons revenir sur les détails, vous serez édifiés. En tout cas nous sommes sereins et on continue notre grève. Si vous vous rendez dans les bureaux, vous allez constater que la grève est suivie. On attend que Madame le ministre sorte encore dire que ce n’est pas le cas et que les salaires ne seront pas payés, et on comprendra que c’est elle qui est en train de se fourvoyer.

 

 

J. Benjamine Kaboré

Commentaires   

0 #3 lewang 20-06-2018 15:31
Des gens risquent de regretter leurs turpitudes. employé qui se croit au dessus de l'employeur pour imposer ce qu'il veut. Tu iras créer ta boite pour gréver toute ta vie. Attendons de voir
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0 #2 NONGA SIDA 20-06-2018 11:12
En ce qui concerne le cadre de concertation, vous avez oublié que l'employeur ce n'est pas le gouvernement mais le peuple, représenter par les forces vives. Tout contrat conclus en dehors du peuple ne peut plus fonctionner. Si non, le départ de Blaise et tout les actes antérieurs sens nul et non illégal. Donc, votre argument ne peut pas tenir.
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0 #1 Anonymous 20-06-2018 09:21
Cher Monsieur, Le Burkina en a marre de fonctionner au rythme des humeurs d’une petite frange de ses fonctionnaires. Vous ne pensez pas que vous exagérer un peu? Vous semblez ne pas vivre dans le même pays que la majorité de vos concitoyens qui travaillent dur pour payer taxes et autres impôts que vous prenez en otage. Beaucoup ne connaissaient pas l'existence de ce fond commun, mais votre gourmandise fait que nous sommes nombreux à nous sentir floué par ce qui se passe dans votre ministère. Sachez par ailleurs que sur ce coup nous sommes nous les Burkinabè qui produisons pour remplir vos poches derrière le gouvernement.
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