Banfora : Le maire este en justice contre un de ses conseillers
- Écrit par Webmaster Obs
Le Tribunal de grande instance (TGI) de Banfora avait à son rôle le 19 juin 2018 un procès en diffamation. L’auteur de la plainte n’est autre que le maire de Banfora, Aboubacar Héma, qui s’est senti diffamé dans les propos du conseiller municipal Salifou Barro, ancien député et responsable de la NAFA dans la région des Cascades. Le prévenu insinue qu’il y a eu corruption de certains conseillers municipaux dans l’affaire de la station Petrofa de Banfora et le maire entend laver son honneur.
Depuis quelques mois, le conseil municipal de Banfora est divisé sur la question de la station Petrofa de Banfora, sise au secteur n°7 de ladite ville. Cette station, ayant contracté un bail locatif auprès de la mairie depuis plus d’une décennie, voudrait maintenant acquérir le terrain. Contre toute attente, les arriérés de loyer de 43 200 000 FCFA n’ont pas atterri dans les caisses de la mairie. Par ailleurs, le maire Aboubacar Héma, qui a proposé à son conseil la vente de la parcelle voulue par Petrofa afin de réaliser un projet cher à sa ville, rencontre une vive opposition de certains conseillers municipaux, dont Salifou Barro.
Dans une sortie dans la presse, notamment le journal le Pays, ce dernier soutenait : « On sent comme une odeur de corruption ». Comparaissant sans conseil pour fait de diffamation le 19 juin 2018, le prévenu n’a pas reconnu les faits tels que contenus dans la citation à comparaître. Il estime que le mot « comme » a été coupé et que cela dénature le sens de sa phrase avant d’exhiber la coupure du journal en question. Selon les explications fournies à la barre, c’est au regard de l’insistance du maire à prendre un délibéré pour la vente qu’il en est arrivé à cette conclusion. A l’entendre, cela faisait en effet 3 fois que la question revenait au conseil et le 13 mai 2018, la veille d’un conseil, le maire a rencontré des conseillers municipaux à son domicile. Face au « forcing » du bourgmestre, il a soutenu que ses partisans et lui n’allaient pas accepter la vente de la parcelle et s’est dit surpris de se retrouver à la barre d’où sa conclusion : « Cela tue la démocratie, c’est un débat du conseil ».
Le conseil du maire, Me Jules Sirima, estimera que le prévenu s’attache à un mot qui n’a pas d’importance pour eux. Ils attendent qu’il apporte les preuves de la corruption. Le procureur du Faso près le TGI de Banfora, lui, cherchera à instaurer le débat. Reconnaissez-vous oui ou non les propos tenus dans le journal ? A cette question, le prévenu a répondu oui. Le procureur a insisté également sur la rencontre au domicile du maire, le 13 mai 2018, et souligné que le TGI ne s’en préoccupait pas. La question qui divise est revenue plusieurs fois : « Dites-nous combien chacun a perçu et, s’il le faut, le maire ira en prison », a exigé le procureur, expliquant que le fait de rencontrer des gens n’est pas synonyme de corruption.
Devant cette insistance, le prévenu demandera un renvoi afin de mieux préparer ses preuves. La réaction du conseil du maire ne s’est pas fait attendre. « Je suis sidéré, s’agissant de quelqu’un qui a voté des lois pour ce pays », martèle-t-il, avant de s’opposer à tout renvoi. A 11h 16 mn, après une suspension, le TGI a décidé du renvoi au 26 juin prochain afin de permettre au prévenu de mieux se défendre.
Luc Ouattara