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31e sommet de l’Union africaine : Le message sanglant du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans

31e sommet de l’Union africaine : Le message sanglant du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans

Les lampions vont s’éteindre aujourd’hui sur le 31e sommet de l’Union africaine qui se tenait depuis hier à Nouakchott en Mauritanie.

Au-delà des discussions sur le thème principal, portant sur les réformes institutionnelles de l’Union et la lutte contre la corruption, ce sommet aura été marqué par la venue du président Emmanuel Macron et le début officiel de la campagne du ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, pour succéder à Michaëlle Jean au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Des débats sur le thème principal on retiendra les encouragements du président Kagame, président en exercice de l’Union, à l’endroit de ses pairs à adhérer au mécanisme de taxation  de certains produits importés dans leur pays pour plus d’autonomie financière de l’organisation. Dans cette dynamique, le chef de l’unité de mise en œuvre des  réformes institutionnelles a annoncé que seulement 23 des 55 Etats membres avaient adhéré au mécanisme  qui a permis de récolter 45 millions de dollars en un an au profit de l’institution.

C’est connu, cette proposition de taxe sur l’importation de certains produits de luxe au profit de l’organisation continentale, portée par le président Kagame, ne fait toujours pas l’unanimité et rien, durant le sommet de Nouakchott, n’a levé les réticences de pays comme le Nigeria qui freinent des quatre fers pour l’appliquer. Rien de nouveau non plus n’a réduit les lourdeurs administratives qui font de l’UA un mastodonte difficile à mouvoir. Néanmoins, le président en exercice, Paul Kagame, s’est réjoui du fait que les quinze ministres des Finances commis à l’élaboration du budget de l’organisation aient appliqué de nouvelles règles qui leur ont permis d’adopter un budget transparent, en diminution de 12% par rapport à l’année précédente. Une maigre consolation quand on sait que, sauf revirement de dernière minute, les chefs d’Etat ont été incapables d’harmoniser leurs points de vue sur l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur le fonctionnement du Parlement africain, du NEPAD et du Conseil consultatif de lutte contre la corruption. Pourtant des audits ont révélé des dysfonctionnements criards dans la vie de ces structures.

On le voit bien, des intentions de lutte contre la corruption à la prise de mesures concrètes y afférentes, il y a un fossé. Or, on avait applaudi à tout rompre la volonté affichée des premiers décideurs africains de prendre le taureau de la corruption dans nos Etats par les cornes. Mais balayer devant leurs propres portes s’avère difficile. C’est une lapalissade que de dire que tous nos chefs d’Etat ne sont pas des parangons de vertu. Bien au contraire, certains ne crachent pas sur les pots-de-vin, s’ils n’en sont pas eux-mêmes des distributeurs, accordant même parfois des passe-droits à des investisseurs potentiels dans leur pays. C’est dire que le mal a de beaux jours devant lui sur le continent, et le mandat du trublion Paul Kagame va passer sans que nos Etats soient amputés de cette gangrène.

Au sujet de la paix sur le continent, le sommet a délivré un message clair aux protagonistes de la crise au Sud-Soudan. Ils sont appelés à respecter leurs engagements, notamment le dernier cessez-le-feu, si non ils encourent des sanctions ciblées. Idem pour les protagonistes de la crise centrafricaine tandis que Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA, a exhorté les Etats à s’engager dans la voie du dialogue pour la tenue d’élections paisibles, libres et inclusives en RDC, la stabilité au Cameroun et la relance des négociations au Sahara occidental avec l’objectif de «faire taire les armes sur le continent à l’horizon 2020».

C’est là un objectif titanesque qui fait également courir le président Macron : ainsi, en marge de ce sommet de l’UA, il devrait rencontrer ses homologues du G5 Sahel. Ils auront à faire le point sur la lutte antiterroriste dans la région, notamment sur le décaissement des financements promis à la Force du G5 Sahel mais aussi sur les  difficultés que celle-ci rencontre dans son déploiement sur le terrain.

A ce propos, l’attaque de l’état-major de cette force à Sévaré est assurément un message sanglant délivré par Al-Qaïda par l’entremise du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Ces djihadistes semblent dire aux Etats du G5 Sahel et à leur partenaire français : «L’union de vos forces ne nous fait pas peur. A vos récurrents conseils de guerre nous répondons par une détermination indéfectible».

En tout cas à la suite du président mauritanien, le commun des observateurs fait remarquer que si l’état-major du G5 Sahel a été attaqué, c’est que d’un, les djihadistes ne manquent pas de culot et de deux,  il y a énormément de failles dans le déploiement de cette force sur le terrain qui exposent les populations civiles. On comprend alors pourquoi cette force peine à monter en puissance. Outre les problèmes financiers et logistiques, il y a visiblement des problèmes tactique et  stratégique. Par ailleurs, quand on sait que les chefs d’Etat de la région ont des divergences d’approche sur le déploiement territorial de cette force, leurs pays n’étant pas affectés avec la même intensité par les attaques terroristes, la France a encore du pain sur la planche au Sahel et pour longtemps. Il faut alors plus que des marges de sommets de l’UA pour que la Force G5 Sahel atteigne sa vitesse de croisière.

En attendant, Al-Qaïda, l’Etat islamique et leurs affidés de tout acabit peuvent terroriser les populations du centre du Mali au nord du Burkina et narguer nos présidents dans leurs interminables conciliabules. A l’évidence, la sécurité au Sahel n’est pas pour demain tant que bouillonne le chaudron libyen. Qui a dit qu’il ferait taire les armes sur le continent à l’horizon 2020 ?

La rédaction

Dernière modification lelundi, 02 juillet 2018 22:09

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