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Ligne de touche : Les derniers représentants africains

Ligne de touche : Les derniers représentants africains

 

Qui a dit que tous les représentants africains avaient été éliminés dès le premier tour de la coupe du monde ?  Certes, les Lions, qu’ils soient de l’Atlas ou de la Téranga, ont regagné chacun sa tanière, les Aigles, super ou de Carthage, ont retrouvé leur aire et les Pharaons momifiés se sont allongés dans leurs pyramides mais il n’y a qu’à regarder la suite de la compétition pour se rendre compte que l’Afrique est toujours bien représentée.

 

Rares sont en effet les sélections qui n’ont pas leur garde noire et pas seulement dans les pays des Amériques (du Nord, latine ou du Centre) qui, pour des raisons historiques liées à l’esclavage, ont toujours eu une population bien colorée et l’équipe nationale ne peut qu’en être le reflet. La plupart des équipes européennes ont également leur dose plus ou moins importante d’ébène. Même l’Italie de Balotelli ou l’Allemagne «aryenne» de Boateng ont fini par s’y mettre, bien des décennies après la Belgique, les Pays-Bas et son réservoir de prodiges surinamiens, le Portugal d’Eusobio ou encore l’Angleterre de Viv Anderson, le premier Noir bon teint a intégré en 1978 la formation de Sa gracieuse Majesté.

Mais on l’aura encore remarqué à ce Russie 2018 – comment cela aurait-il pu échapper ?-, le champion du monde de ce football de l’universel n’est autre que la France. Il en a toujours été ainsi. Du Guyanais Raoul Diagne en 1931 au Congolais Kylian Mbappé en 2018, ils sont plus d’une centaine de Noirs (Afro-Antillais, Néo-Calédoniens, etc.) à ce jour à avoir enfilé la tunique bleue.

Sans remonter jusqu’à Mathusalem, qui ne se souvient pas des Janvion, Zimako, Courriol, Tigana et Trésor (le premier nègre à porter le brassard de capitaine) et, plus récemment, des Henry, Gallas, Diarra, Anelka, Boli, Dessaily ou Thuram ?  Sur les pelouses russes, ils ont pour patronymes Mbappé, Kanté, Nzonzi, Kimpembé, Matuidi, Dembélé, Pogba, Mandanda, Sidibé, Umtiti, Mendy... Difficile de faire plus Malien, Congolais, Guinéen, Sénégalais…  

De tout temps, cette coloration trop foncée des Bleus a suscité la polémique. Entre les propos ouvertement racistes ou passablement douteux d’un Le Pen (toujours à la hauteur de ses péchés), d’un Goerges Frèches, d’un Alain Finkelkraut  (qui brocardait la France black-black-black) ou ceux, plus surprenants, d’un certain...Barack Obama pour qui «il y a trop de Noirs en équipe de France», ce sujet délicat  a régulièrement fait des gorges chaudes et provoqué de méchants tacles à l’occasion des grandes compétitions, en France et à l’étranger. Tant et si bien que la « solution » des quotas avait, un temps, été envisagée pas la Fédération française de football et Laurent…Blanc, alors sélectionneur,  avant d’être remisée dans les vestiaires suite au tollé général.

Même en Afrique où la cote de l’Hexagone n’est pas, il est vrai, très élevée, en football comme dans bien  d’autres domaines, la présence de nos frères noirs parmi la crème du sport roi hexagonal  qui aurait dû  être source de fierté est, dans le meilleur des cas, l’objet de railleries. Passe encore que ces athlètes soient Beurs, à l’image d’un Zidane, d’un Benzema, d’un Nassri mais Black, ça fait visiblement  trop… tache.

Et  pourtant, c’est le fruit de l’histoire, souvent douloureuse mais qu’il faut assumer, qu’il s’agisse de la traite des nègres ou de la colonisation, sans oublier que la France a toujours été au carrefour des flux migratoires qui ont contribué aussi à faire sa richesse. Ce n’est donc pas un  hasard si c’est un nègre et un Beur qui ont donné au football français ses meilleures lettres de noblesse à ce jour : la coupe d’Europe des clubs champions de l’OM (ancêtre de la champion’s  league) avec Basile Boli en 93 et la coupe du monde grâce à Zizou en 98.

Qu’il s’agisse du handball, du basket ou de l’athlétisme, il n’y a d’ailleurs pas que dans le foot que cette diversité est visible. Même dans des disciplines plus raffinées comme l’escrime ou le patinage artistique, des «négresses blondes d’huile de palme», pour reprendre Senghor, ont parfois fait leur petit trou, à l’image de « la guêpe » Laura Flessel (actuelle ministre des Sports) et de Surya Bonaly, qui a brillé comme le soleil (1) sur les patinoires du monde.

 Dommage que cet apport méritoire de leurs étoiles ne déteigne pas sur la communauté, le Noir, même Français,  étant perçu comme un envahisseur ou un dangereux délinquant, un immigré clandestin qui vit au noir et qui, hélas, n’est propulsé  sous la lumière que quand, tel un singe sorti de sa forêt tropicale, il escalade à main nue la façade d’un immeuble au péril de sa vie pour sauver un petit bout de chou blanc. Et ce n’est pas un trophée mondial ou la pureté  d’une pépite de 19 ans (deuxième plus jeune joueur après Pelé à inscrire deux buts dans le même match au mondial)  qui va y changer quelque chose dans cet Hexagone où le racisme franc ou dissimulé pénètre jusque dans les stades. Au grand bonheur de l’extrême droite et des politiciens de tous bords qui vont régulièrement chasser sur ces terres électorales fétides.

 

Ousséni Ilboudo

 

(1)         Son nom Surya signifie « soleil » en hindi 

 

 

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