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Centenaire de Mandela: Un anniversaire au goût amer

Centenaire de Mandela: Un anniversaire au goût amer

Il lui aura manqué cinq petites années pour fêter son centième anniversaire. Né le 17 juillet 1918, Nelson Mandela est en effet décédé le 5 décembre 2013. Il aurait donc eu cent ans ce mardi 17 juillet si le grand âge n’avait pas eu raison du géant qu’il était devenu.

Et si la tradition est perpétuée depuis 2008, c’est un Mandela day particulier qui a été commémoré en Afrique du Sud en l’absence du principal concerné certes, mais rarement un absent aura été aussi présent. « Les morts ne sont pas morts », a écrit l’auteur sénégalais Biraogo Diop, qui plus est quand le défunt a marqué l’histoire de son pays et son temps. On a pu parler du siècle de Périclès, peut-être un jour parlera-t-on du siècle de Mandela.

Jeune avocat noir dans une Afrique du Sud raciste, il devient le leader du Congrès national africain (ANC). Après plusieurs années de lutte contre l'Apartheid, d'arrestations et de procès, Nelson Mandela est condamné en 1964 avec sept de ses compagnons à la prison à vie pour sabotage, trahison et complot. Il passera 27 ans et demi derrière les barreaux, notamment dans le bagne de Roben Island. Durant toute sa captivité, il refusera d'être libéré contre le renoncement public à la lutte contre le système raciste. Libéré en 1990, il prendra quelques années plus tard la tête de son pays, « une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ». Ce qui a contribué à forger la légende du prix Nobel de la paix, c’est sa capacité à pardonner et à tendre la main à ses bourreaux au point même d’être incompris par son propre peuple assoiffé de vengeance  après la fin de l’apartheid. « Je n’étais pas un messie, mais un homme ordinaire qui était devenu un leader en raison de circonstances extraordinaires », a confié un jour celui qui à l’issue d’un seul et unique mandat presque de transition, a cédé le fauteuil présidentiel  à son successeur Thabo Mbeki, là où d’autres auraient fait rebelote et se seraient même vissés jusqu’à ce que mort s’ensuive.

C’est ce Mandela qui est célébré depuis plusieurs jours, notamment avec le discours mémorable de l’ancien président Barack Obama et les très symbolique « 67 minutes de solidarité » en souvenir des 67 ans du combat mené par l’icône de la lutte antiapartheid. Il s’agit de donner un peu de son temps pour une noble cause.

Mais pendant que ce qui est censé être la nation arc-en-ciel fête les cent ans du grand homme, force est de constater que Blancs, Noirs et Indiens se côtoient sans vraiment se fréquenter et que le racisme n’a pas totalement disparu du paysage sud-africain. Et surtout, les inégalités sociales sont toujours aussi criantes entre la minorité blanche et l’écrasante majorité noire. Pire, les nouveaux dirigeants noirs du pays n’ont pas toujours été à la hauteur après Mandela, s’enlisant dans la corruption et la prévarication, au point que les deux successeurs Thabo MBeki et Jacob Zuma n’ont pu terminer leur second mandat.

C’est donc plus que jamais une Afrique du Sud à la croisée des chemins qui noie ses misères dans les effusions populaires du Mandela day. Qui sait ! De là où il est, c’est sans doute  avec un peu d’amertume que Madiba jette un regard compatissant sur ce qu’est devenu son héritage.

 

H. Marie Ouédraogo

Dernière modification lejeudi, 19 juillet 2018 20:00

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