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Visite de Xi Jinping : Le nouvel empereur chinois sur « ses » terres africaines

Visite de Xi Jinping : Le nouvel empereur chinois  sur « ses » terres africaines

Et de trois pour les visites de Xi Jinping en Afrique : en moins de six ans à la présidence de la République populaire de Chine, le prince rouge, en passe de devenir le nouvel empereur de l’Empire du Milieu, sera donc venu trois fois sur le continent.

 

 

 Qu’est-ce qui fait courir ainsi le successeur de Mao Zedong vers nos tropiques ? Le fer, la bauxite, l’uranium, le coton… bref les énormes matières premières dont ont besoin les gigantesques industries de son pays  pour prospérer et renforcer sa position de deuxième puissance économique qui rêve de ravir la première place aux Etats-Unis. Une perspective qui n’exclut pas une guerre commerciale, laquelle pourrait aller crescendo, incluant des positions géostratégiques à conquérir ou à conserver. La Chine construit donc comme une nouvelle route  de la soie, voie d’approvisionnement en matières premières et de débouchés pour ses produits industriels, qui passe par l’Afrique. Elle veut   parer à toute éventuelle difficulté commerciale avec le Nouveau Monde et le Vieux Continent. Au demeurant, le président Trump lui en fait voir un bout avec les nouvelles taxes douanières sur des produits en provenance de l’Empire du Milieu.

Du Sénégal à l’île Maurice en passant par le Rwanda et  l’Afrique du Sud, Xi Jinping va confirmer l’intérêt grandissant de son pays pour un continent qu’il a décrit comme recélant « un énorme potentiel de développement  et promis à un avenir radieux … je peux pleinement mesurer le grand dynamisme de ce continent, et je peux sentir profondément l’aspiration du peuple africain à une vie meilleure.» Qui dit mieux ? N’est-ce pas que nous sommes à mille lieux de ces qualificatifs condescendants, voire insultants, de «  pays de merde » où on n’arriverait à rien même en y déversant  des millions d’euros parce qu’on y compte encore des femmes qui font sept enfants en moyenne ?

Cette différence de langage entre la Chine, les Etats-Unis et  les pays européens à propos de l’Afrique n’est pas seulement dictée par les méandres de l’histoire, elle s’explique aussi par la philosophie qui formate les rapports actuels de coopération que ces puissances entretiennent avec l’Afrique. Quand l’Amérique et  l’Europe ont les yeux rivés sur les grands principes de la démocratie et  des droits humains, la Chine ne pense qu’import-export, investissements, infrastructures,  en somme, business et business, s’interdisant d’ingérence dans les affaires intérieures des Etats africains. Faut-il alors condamner cette logique commerciale froide pour applaudir l’aide conditionnelle des partenaires outre Atlantique ? Non, pas à la va-vite, car les Chinois investissent aussi dans des infrastructures sociales  et éducatives comme les hôpitaux, les centres de formations professionnelles ou encore dans les aménagements agricoles. Par contre, les Africains seraient naïfs de croire que l’aide américaine ou européenne est totalement désintéressée et que ces pays investissent chez nous  par charité chrétienne. Non et ils leur arrivent souvent, trop souvent, de fermer les yeux sur leurs propres principes pour des intérêts  bassement économiques et géostratégiques : regardons vers le Tchad, le Congo Brazzaville,  la Guinée Equatoriale, etc.

La Chine, dans ses relations avec les pays africains, a le mérite de la franchise débarrassée du complexe de supériorité de nation donneuse de leçons de bonne gouvernance et de civilisation. Cela lui réussit bien, car aujourd’hui des 54 pays du continent seul le Swaziland n’a pas de relations diplomatiques avec  Pékin. Plus important, la Chine est, depuis 2008, le plus grand partenaire commercial de l’Afrique, loin devant les Etats-Unis, la France et l’Allemagne. Aucun pays européen, pris individuellement, n’ose se prétendre un rival de la Chine en matière d’échanges commerciaux avec l’Afrique. Ainsi, en février 2018, le ministre chinois du Commerce annonçait, non sans une bonne dose de satisfaction, que le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique avait atteint, en fin 2017, 170 milliards de dollars américains, en augmentation de 14% par rapport à 2016. Les importations chinoises d’Afrique en 2017 avaient cumulé à 75,3 milliards de dollars, en augmentation de 33%. Quant aux exportations vers le continent, elles avaient augmenté de 3% pour atteindre la bagatelle de 94,7 milliards de dollars. Pendant ce temps, le volume des investissements directs de sociétés chinoises au profit du secteur non financier en Afrique atteignait 3,10 milliards de dollars. De nouveaux accords entre la Chine et des pays africains, signés en début 2018, prévoient des investissements de 76,5 milliards de dollars de la part de Pékin les années à venir, dont 51,2 dans des infrastructures comme les chemins de fer, les routes, les hôpitaux, les écoles, etc. Par ailleurs, les analystes économiques estiment que les prêts financiers de la Chine à l’Afrique durant les dix dernières années se sont élevés à 67,2 milliards de dollars, soit 12,5 milliards de plus que ceux de la Banque mondiale.

On le voit bien, en matière d’échanges commerciaux, d’investissements et de prêts financiers, la Chine dame le pion à ses concurrents en Afrique : Etats-Unis, France, Allemagne sans oublier les autres pays émergents du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud). Il n’est donc pas exagéré de dire que Xi Jinping, investi du pouvoir d’être président à vie de la Chine à lui conféré par le 18e congrès du Parti communiste, est arrivé en Afrique en terrain conquis : en effet, par des dons, des prêts à taux très bas la Chine est  présente sur le continent sur de nombreux chantiers de travaux publics. Ses investissements colossaux s’expliquent, selon un expert chinois, par le fait que deux des trois pôles de développement du monde, Europe et Amérique du Nord, sont en décroissance. La Chine travaille donc à jouer à la puissance supplétive non sans succès, même si des observateurs africains lui reprochent de ne pas accorder la place qu’il faut aux compétences locales sur les chantiers de travaux publics qu’elle exécute sur le continent. De fait, il n’est pas rare de n’y trouver que des Chinois, des ingénieurs aux manœuvres. Or le développement de l’Afrique passe aussi par des investissements générateurs d’emplois pour les jeunes. Si et seulement si les autorités chinoises et leurs homologues africains pouvaient inscrire cela dans les closes des nombreux contrats qu’ils signent, les relations sino-africaines seraient davantage marquées du sceau gagnant-gagnant.

La rédaction

Dernière modification lemardi, 24 juillet 2018 01:18

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