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Présidentielle Zimbabwe : Papy a la rancune tenace

Présidentielle Zimbabwe : Papy a la rancune tenace

C’est censé être l’élection-césure, la première véritablement libre et démocratique qui devrait tourner la page de l’ère Mugabe.  Depuis que l’ex-Rhodésie du Sud est devenue  Zimbabwe, que Robert Mugabe en a été d’abord le Premier ministre, puis le président jusqu’à ce que démission forcée s’ensuive, c’est en effet la première fois qu’un scrutin présidentiel se tient sans  comrad Bob.  En novembre dernier,  l’armée, son armée à lui, et  la ZANU-PF, son parti, lui avaient asséné le coup de Grace magistral  suite aux multiples frasques sociopolitiques de son épouse qui rêvait désormais à voix haute de devenir calife à la place de son calife de mari.

 

 

  Mais l’éviction du vieux combattant de 94 ans consommée, c’était pour le remplacer dans ce coup d’Etat constitutionnel qui ne disait pas son nom, par Emmerson Mnangagwa, fidèle parmi les fidèles du vieil homme déchu dont il était le vice-président avant que calamity- Grace , qui l’avait dans son  viseur depuis un certain temps,  ne s’avise de le faire destituer. Autant dire un changement dans la continuité, car nonobstant son discours  « révolutionnaire » et la chasse ouverte contre les mugabistes les plus zélés (ou pourris, c’est selon)  , il a été omniprésent aux premières loges du pouvoir puisque plusieurs fois ministre (Sécurité d’Etat, Justice, Finances, Logement rural, Défense) et président du Parlement  avant d’être le dauphin constitutionnel  de l’ancien maître de Harare. On ne voit donc pas comment quelqu’un qui était encore, il y a peu, l’homme lige de son mentor avec , entre autres hauts faits d’armes, les massacres au Matabeleland  pourrait, à bientôt 76 ans,  incarner le changement et présider à l’avènement de ce « new Zimbabwe  » que ses compatriotes appellent de tous leurs vœux. Un tel apparatchik peut-il s’être  subitement repenti  et converti aux valeurs de l’Etat de droit ?    

Dans ces conditions, la présidentielle  de ce dimanche 29 juillet 2018, au-delà de l’exercice démocratique que les Zimbabwéens doivent (ré)apprendre, a d’abord pour objectif de passer un petit vernis de légitimité sur l’intérimaire qui avait, face à lui, pas moins de 22 candidats –un record au pays du Mugab’s :

parmi eux, Nelson Chamisa du MDC, son principal challenger dans cette course à la présidence. Un jeune avocat de 40 ans qui entend  marquer la rupture aussi bien politique que générationnelle avec l’ancien pouvoir  même  si on se demande si ce poussin du dernier hivernage, qui n’a jamais tenu un MAS36 entre les mains a fortiori un kalach, autrement dit qui n’a pas connu la guerre de libération,  n’est pas encore trop tendre face au favori qui bénéficie du soutien des deux piliers du pouvoir que sont l’armée et la ZANU-PF.

Pour autant on aurait tort de penser qu’il s’agit d’une simple formalité pour celui qui n’a pas volé son   sobriquet  de « crocodile »,  en raison notamment de sa férocité, et que l’affaire est déjà dans le sac ou plutôt dans l’urne. Car si les sondages disent vrai, la dernière enquête d’opinion crédite le « sortant » et son poursuivant immédiat de respectivement 40%  et 37%, ce qui ouvrirait donc la voie à un second tour  qui ne manquerait pas de piquant le 8 septembre.

Mais non seulement, dans un pays qui émerge à peine de la chape de plomb mugabéenne , on ne sait pas quel crédit accorder à de telles intentions de vote, de plus encore faut-il  que le scrutin soit sincère. Or l’opposition n’a cessé, comme c’est souvent le cas un peu partout en Afrique, de crier à la fraude, sans qu’on sache si les craintes sont réelles ou s’il s’agit d’arguments préfabriqués par de futurs mauvais perdants qui préfèrent toujours battre leur coulpe sur la poitrine d’autrui. C’est tellement plus confortable.

Finalement, en attendant les résultats de cette élection post-Mugabe, l’événement sera venu de quelqu’un qui s’est invité dans la campagne sans être candidat : papy Bob himself qui doit avoir la rancune particulièrement tenace. La veille du vote, c’est un ci-devant président on ne peut plus amer qui a donné une conférence de presse à sa résidence pour voler dans les plumes du parti qu’il a créé et de son porte-drapeau, coupables  à ses yeux de traîtrise et pour qui donc il ne voterait pas ; même si Chamisa se serait bien passé de son soutien plutôt encombrant. Le nonagénaire crie même famine (se plaignant de la liste civile qui lui est servie) et  pousse le bouchon un peu fort en qualifiant le régime actuel « d’autoritaire ». Le comble pour un dirigeant qui, après avoir été un héros,  fut la caricature du  parfait autocrate et qui, à l’évidence, vit très mal sa retraite politique pourtant pas si anticipée que cela. Reste à savoir si cette sortie de celui qui compte encore de chauds partisans prêts à mourir pour lui aura quelque impact sur l’issue de la consultation électorale.     

LA Rédaction

Dernière modification lemardi, 31 juillet 2018 20:54

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