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De la guerre ouverte avec le président d’honneur du RDS : «Moi, je ne suis pas un sujet du royaume de Boussouma» (François Ouendélassisa Ouédraogo)

De la guerre ouverte avec le président d’honneur du RDS : «Moi, je ne suis pas un sujet du royaume de Boussouma» (François Ouendélassisa Ouédraogo)

 

En cette matinée du samedi 5 août 2017, un calme des jours de repos règne au sein de la vaste cour dans le populeux quartier de Ouidi. Ce qui était loin d’être le cas, le 7 juillet dernier, quand des partisans du Dima de Boussouma, président d’honneur du Rassemblement pour la démocratie et le socialisme (RDS), y avaient  fait irruption, empêchant violemment la tenue du conseil du parti, au grand ahurissement de ceux qui étaient venus y participer, à commencer par le maître des lieux, le secrétaire exécutif national, François Ouindélassida Ouédraogo. Aujourd’hui, ce souvenir reste vivace dans l’esprit de ce dernier, même si malgré tout il assume sa sortie médiatique, que d’aucuns auraient qualifiée d’irrévérencieuse à l’endroit du président d’honneur du parti. «Je ne suis pas un sujet du Boussouma  et, étant le premier responsable du parti, je me dois de dire la vérité », a-t-il en effet asséné, droit dans ses bottes.

 

 

 

 

Pour les jeunes qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous tout d’abord nous faire une synthèse de votre parcours ?

 

 

 

Je suis ingénieur géologue, diplômé de l’Ecole nationale supérieure de géologie appliquée de prospection minière de Nancy en France. Je suis revenu au pays en décembre 1969 et ai commencé à travailler en 1970. D’abord comme ingénieur de recherche géologique et minière de 70 à 76, période au cours de laquelle j’ai organisé des chantiers de recherche géologique et minière et fait la cartographie géologique et minière de la zone de Pama en allant à Boulsa. Je suis également passé par le projet Tambao.

 

 

 

Jusqu’à présent, ce projet d’exploitation du manganèse à Tambao demeure un véritable serpent de mer, peinant à émerger. Quelle est votre analyse de la situation ?

 

 

 

L’explication réside dans l’absence de chemin de fer. Les études économiques que nous avions faites depuis ont prouvé que c’est par le chemin de fer que ce projet est rentable. C’est dans la même veine que nous avons, à l’époque, réalisé l’étude du gisement de calcaire de Tin-Hrassan (zone de Gorom-Gorom) pour alimenter notre pays en ciment. Le chemin de fer n’ayant pas été fait, nous avons réalisé une étude de centre de broyage de clinker à la périphérie ouest de Ouagadougou (Zagtouli), ce qui est devenu aujourd’hui Diamond Cement. Et nous avions négocié avec les Chinois qui sont venus construire la CIMAT de l’époque, une cimenterie dont la capacité de production était de 150 000 tonnes par an. Nous avons même fait la recherche de financement et la plupart des bailleurs de fonds (fonds arabes et fonds européens) y étaient favorables. Malheureusement, en 1991, avec les programmes d’ajustement structurel, on nous a demandé d’arrêter.

 

 

 

Ensuite…

 

 

 

J’ai ensuite été nommé ministre de l’Energie et des Mines de 92 à 93.

 

 

 

Quels souvenirs gardez-vous de ce bref passage dans le gouvernement ?

 

 

 

J’y ai quand même fait deux ans ! J’ai initié un certain nombre de projets, dont celui de la Banque mondiale qui a permis de faire un certain nombre de choses pour le secteur minier et énergétique.

 

 

 

Comment et par qui aviez-vous été consulté en son temps ?

 

 

 

A l’époque, nous avions créé le Parti socialiste burkinabè (PSB). C’était en 1990 et nous avons soutenu la candidature de Blaise Compaoré. Et c’est dans ce cadre que j’ai été appelé à diriger ce ministère. C’est le Premier ministre de l’époque, Youssouf Ouédraogo, qui m’y a appelé. Et durant tout mon mandat, sur le plan professionnel, je n’ai eu aucun problème. Tous les dossiers que j’ai présentés en Conseil des ministres ont été adoptés. Il en était de même avec les projets (Banque mondiale, Union européenne, Banque africaine de développement…). Par la suite, j’ai même été coordonnateur du projet Banque mondiale. Après, je suis allé au BUMIGEB et c’est moi qui avais pratiquement tous les dossiers relatifs aux sociétés minières. J’ai dirigé le projet Banque africaine  jusqu’en 98. J’ai fait la partie qui me revenait, celle de la phase préparatoire, qui consistait à élaborer un code minier du Burkina Faso, à faire une étude institutionnelle du secteur et également à amener une équipe de travail en visite au Canada, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Ghana pour que nous touchions du doigt certaines réalités minières. Il s’agit en effet d’un secteur qui concerne beaucoup de ministères : Mines, Environnement, Finances, Travail, Emploi, etc. A l’époque, nous ne maîtrisions pas bien le domaine et ses implications. Prenons le cas de la douane : lorsque vous sortez des échantillons pour les faire analyser, la douane peut penser que c’est de l’or que l’on est en train de faire sortir, alors que ce sont des échantillons qui ne contiennent rien du tout. Il fallait donc que les acteurs voient comment ça se passe dans d’autres pays pour comprendre. Cette même année, j’ai décidé de faire valoir mon expérience en prenant une retraite anticipée pour voler de mes propres ailes.

 

 

 

Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un haut cadre de la Fonction publique demander à partir de lui-même

 

 

 

Euh… Il me restait quand même quelques années avant la retraite ! Je me suis en fait préparé à mettre en place mon bureau d’études. Je suis parti même si, par la suite, j’ai été obligé de suspendre cette activité. J’étais entré dans l’opposition depuis 1994 et je n’avais plus de marchés (rires), sauf sur le plan international. Par la suite, j’en ai eu au niveau national, mais avec beaucoup de difficultés.

 

 

 

C’est peut-être ce qui explique votre retour à la majorité présidentielle ?

 

 

 

Pas du tout. La majorité, nous ne l’avons rejointe qu’en 2016 et non en 1994.

 

Depuis lors, vous faites de la consultation ?

 

 

 

Oui.

 

 

 

Est-ce très rentable ?

 

 

 

C’est difficile, mais je vis de ça (rires).

 

 

 

L’on peut dire que vous vivez donc bien votre retraite ?

 

 

 

En tout cas, je suis occupé. Je ne m’ennuie pas beaucoup.

 

 

 

Revisitons maintenant votre parcours politique.

 

 

 

J’ai commencé à militer quand j’étais élève. Quand je suis allé en France comme étudiant, j’ai continué. Après un bac en mathématiques (Bac C actuel), que j’ai obtenu avec mention Bien au Lycée Zinda, je suis allé en classe préparatoire aux grandes écoles au Lycée Henri Poincaré de Nancy avec pour destination finale l’Ecole nationale supérieure de géologie appliquée de la même ville. Etudiant, j’ai milité à l’UGEV (Union générale des étudiants voltaïques) et à la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France). Quand je suis rentré, j’ai milité dans des syndicats, notamment le STOV (Syndicats de techniciens ouvriers) dont j’ai été le secrétaire général. Ce syndicat avait adhéré à la Centrale syndicale CSV dont j’ai été secrétaire à la Formation syndicale. Ce qui m’a valu un séjour à Moscou dans le cadre des festivités du 1er-Mai et une visite à l’intérieur de l’Union soviétique de l’époque. Sur le plan purement politique, j’ai d’abord milité dans un parti clandestin…

 

 

 

Le PAI (Ndlr : Parti africain de l’indépendance), pour ne pas le nommer ?

 

 

 

Bon… C’est vous qui le dites ! C’est à partir de 90 qu’avec d’autres camarades, nous avons créé le Parti socialiste burkinabè (PSB) et que nous avons soutenu la candidature de Blaise Compaoré avec les Benoît Lompo, actuel chef de Pama, et l’arbitre international Yaradia Thiombiano. C’est suite à ce soutien que j’ai été nommé ministre. Mais nous avons vu que la démocratie avait des problèmes, surtout avec les multiples assassinats. Nous avons donc décidé de ne pas continuer avec le pouvoir en place. Néanmoins, nous avons poursuivi avec le PSB jusqu’à la mort de Norbert Zongo. C’est au cours des manifestations liées à sa mort que le Pr Joseph Ki-Zerbo m’a contacté et  demandé de passer le voir. Arrivé, il m’a fait remarquer qu’ils sont socialistes comme nous et qu’il serait intéressant que nous nous mettions ensemble. A l’époque, j’étais au projet Tambao et voyageais beaucoup. C’est le vice-président qui menait donc les négociations, jusqu’à la fusion en 2001. Avec le PSB, j’avais été élu conseiller municipal à Yako et Benoît Lompo, décédé en 2007 (Ndlr : le 30 octobre 2007), député de Diapaga. Mais on ne m’a pas permis de siéger.

 

 

 

Ah bon ! Pourquoi ?

 

 

 

Parce qu’on ne voulait pas…

 

 

 

Qui ne voulait pas ?

 

 

 

Kanazoé (Ndlr : Oumarou Kanazoé, richissime homme d’affaires natif de Yako et décédé le 19 octobre 2011). Demandez à votre patron Edouard Ouédraogo ; il pourrait témoigner des  problèmes que j’ai eus à l’époque avec Oumarou Kanazoé.

 

 

 

Y avait-il une raison personnelle à cette opposition ?

 

 

 

Je me le demande encore. Il m’a seulement appelé pour me faire savoir qu’il ne voulait pas de deux partis politiques à Yako et qu’il fallait que je démissionne pour venir au CDP. Je lui ai répondu que je ne comprenais pas cette injonction, d’autant plus que c’est le chef de l’Etat lui-même qui avait voulu créer les conditions d’une démocratie multipartite.

 

 

 

Etait-il impliqué dans la politique à ce point pour interférer de la sorte ?

 

 

 

Bien sûr ! Vu qu’il me  connaissait depuis que j’étais petit et que j’ai refusé, c’était devenu la bagarre. Malgré tout, il a fait démissionner des gens de notre liste et tous ont été élus et ont siégé au titre du CDP. Je n’ai pu assister qu’à deux conseils. Devant mon insistance à y participer pour le compte du PSB, il a donné l’ordre de ne plus me convoquer. Quand j’ai su cela, j’ai écrit au ministre de l’Administration territoriale pour l’informer de la situation, parce qu’il y avait un article qui précisait que celui qui manquait quatre conseils était radié. Ils m’ont dit qu’ils étaient au courant, qu’ils n’allaient pas me radier, mais que je ne serais pas convoqué. Après la fusion avec le PDP pour faire le PDP/PS, j’ai été élu député, et c’est là-bas que j’ai fait connaissance avec le Boussouma (Ndlr : né le 9 septembre 1941, il a été intronisé roi du Boussouma le 30 décembre 1967 et siège à l’Assemblée depuis 1979) qui était au PDP. En 2008, Ki-Zerbo étant décédé entre-temps, c’est Ali Lankoandé qui a pris sa relève au PDP/PS et ils ont voulu restaurer le MLN (Ndlr : Mouvement de libération nationale, créé en 1958 par le Pr Joseph Ki-Zerbo) dont d’autres et moi ne faisions pas partie.

 

 

 

Restaurer… C’est-à-dire…

 

 

 

Ils ont voulu décider que ceux qui ne sont pas originellement du MLN ne peuvent pas diriger le parti. Ce qui a entraîné mon départ. Il se trouve même qu’il y en avait qui étaient du MLN et qui ont démissionné à cette occasion. Nous avons donc créé le RDS.

 

 

 

Et comment se porte ce parti aujourd’hui ?

 

 

 

Je dirai que le RDS se porte bien, s’il n’y avait pas tous ces problèmes artificiellement créés par le Boussouma.

 

 

 

On y reviendra, si vous le permettez. On remarquera que votre parti a préféré se jeter dans les bras du pouvoir en place au sein de la majorité présidentielle.

 

 

 

Je dois vous rappeler que le RDS, depuis sa création, était dans l’opposition. Et nous avons participé à toutes les luttes, jusqu’à l’insurrection populaire. Auparavant, en janvier 2014, Roch Marc Christian Kaboré, Salifou Diallo et Simon Compaoré ont quitté le CDP pour créer le MPP.

 

 

 

Et ça vous a marqué ?

 

 

 

Oui. Et dès qu’ils ont créé le MPP, j’étais à Essakane dans le cadre de mes activités quand le président Roch Marc Christian Kaboré m’a appelé pour qu’on se voie. A mon retour, accompagné de mes deux vice-présidents, nous sommes allés échanger avec lui. Le Boussouma m’a appelé pour me faire savoir qu’il y a certaines personnes au MPP dans sa province avec qui il ne veut pas cheminer.

 

 

 

Des noms ?

 

 

 

Je ne citerai pas de noms pour ne pas créer de problèmes. Raison pour laquelle nous avons convoqué un grand conseil national pour statuer sur la question. Il y avait l’option fusion et l’option collaboration.

 

 

 

Au MPP vous avez certainement donné vos exigences, notamment en matière de postes au sein du parti ou du gouvernement ?

 

 

 

Non. Moi je suis quelqu’un qui a toujours lutté pour des idées. Nous n’avons donc jamais abordé ce genre de requête. Quand nous avions fusionné avec le PDP, nous n’avions fait aucune réclamation. Ce sont eux qui nous ont proposé ce qu’ils voulaient bien nous proposer. Nous avons des principes et des valeurs que nous voulons surtout défendre. Nous avons donc cheminé ensemble jusqu’aux élections qui ont porté le MPP au pouvoir.

 

 

 

Aujourd’hui, quel jugement faites-vous justement de la gestion du pouvoir en place ?

 

 

 

Je pense que la démocratie a énormément avancé. Vous-même ne pourrez pas me dire le contraire ! Au temps de Blaise Compaoré, on ne pouvait pas faire ça !

 

 

 

On ne pouvait pas faire quoi ?

 

 

 

Raconter tout ce qu’on voulait. Ce n’était pas possible !

 

 

 

Du temps de Blaise, la liberté d’expression existait aussi…

 

 

 

Mais pas de cette façon. Ceux-là pratiquent la démocratie intégrale. Maintenant, chacun a ses défauts et la gestion du pouvoir d’Etat est difficile. Donc il peut y avoir des erreurs. Mais la volonté qui est là est d’instaurer la démocratie pour le développement du pays.

 

 

 

Vous avez créé une union (UDP) avec trois autres partis de la majorité présidentielle. Quelles en sont les raisons et comment évolue-t-elle ?

 

 

 

Quand nous étions à l’opposition, Norbert Tiendrébéogo (Ndlr : Fondateur du Front des forces sociales (FFS), disparu le 22 mai 2015) et moi avons longtemps cheminé. Et il a toujours souhaité que nous puissions rapprocher nos partis. En 2016, j’ai été chef de mission pour la révision du code minier de l’UEMOA. Avec un avocat et un fiscaliste, nous devions parcourir le Niger, le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau et le Sénégal. Nous étions donc à Abidjan quand le président de l’AJIR (Adama Kanazoé, actuellement conseiller à la Présidence) m’a appelé me suggérant de nous unir pour mutualiser nos forces. Je lui ai dit qu’il me restait le Mali, le Sénégal et la Guinée-Bissau à parcourir. Je lui ai donc demandé de prendre contact avec le président du FFS en attendant. A mon retour, nous avons continué les tractations, qui se poursuivent d’ailleurs. Nous avions déjà mis en place une commission de réflexion pour rédiger les statuts du nouveau parti (manifeste, statuts, règlement intérieur…) et chaque parti a envoyé trois représentants.  Et jusqu’à ce stade, le Boussouma n’y avait pas marqué son opposition.

 

 

 

Avant d’ouvrir la page de la guéguerre entre vous et le Boussouma, dites-nous quelle a été sa contribution à la création du RDS.

 

 

 

Il y a contribué comme nous tous…

 

 

 

Vous avez créé le parti ensemble ?

 

 

 

C’est moi qui en ai conçu tous les textes, y compris le logo, et qui les leur ai proposés. Ils les ont acceptés, par l’entremise de celui qui était l’homme de confiance du Boussouma, Bouraima Sawadogo, son suppléant depuis les années 70 à l’Assemblée nationale. Entre-temps, il y a eu des problèmes. Nous avons poursuivi les tractations et c’est seulement en décembre 2017 que le Boussouma a dit qu’il n’était pas d’accord.

 

 

 

Pour quoi ?

 

 

 

Pour la fusion des cinq partis que nous avons réunis.

 

 

 

A-t-il été consulté pendant les tractations ?

 

 

 

Bien sûr ! Je ne fais rien sans consulter le Boussouma ! Nous avions des réunions tous les 15 jours sauf s’il n’y avait pas de sujet à débattre. Il nous a instruits de dire aux autres partis  de venir plutôt adhérer au RDS. Alors que les concertations se menaient depuis un an et demi. Les autres me respectent et je respecte les autres, et ce rétropédalage, je ne peux l’effectuer. Alors j’ai décidé que je ne le leur dirais pas.

 

 

 

Peut-être que, quelque part, il ne veut pas de la disparition du RDS…

 

 

 

Je ne sais pas… Il ne me l’a pas dit.

 

 

 

Récemment, vous avez eu maille à partir avec ses partisans. Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé ?

 

 

 

Ce sont les conséquences de ce qui s’est passé depuis le soutien au MPP pendant la campagne. A l’issue de cette élection et au moment de former le premier gouvernement, nous avons été appelés à proposer un des nôtres au poste de secrétaire d’Etat à l’Action sociale. C’est le défunt président de l’Assemblée Salifou Diallo qui nous a invités chez lui pour nous l’annoncer. A la sortie de cette entrevue, j’ai dit au Boussouma qu’à midi, on pourrait se voir chez lui pour choisir la personne. On s’est donc retrouvé chez lui avec les trois vice-présidents, j’ai fait le point de la rencontre avec le président de l’Assemblée nationale et  demandé s’il y avait des propositions. Comme personne ne proposait rien, j’ai demandé aux trois vice-présidents de se retirer et de se concerter pour nous choisir quelqu’un. Ils sont revenus et ont donné le nom de la 3e vice-présidente (Ndlr : Yvette Dembélé, l’actuelle secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille chargée des Affaires sociales, des personnes vivant avec un handicap et de la lutte contre l’exclusion). Nous n’y avons pas trouvé d’inconvénient, sauf le Boussouma qui a dit que lui n’était pas d’accord, proposant à ce poste quelqu’un qui n’est même pas membre du parti. Nous  en avons discuté jusqu’à 14 heures et nous ne trouvions pas de consensus. Et comme chacun avait des activités, on a promis de se retrouver à 20 heures. A ladite heure, on se retrouve et discute jusqu’à 22 heures et pas de solution en vue. Je leur ai dit que dans ces conditions, je vais demander à rencontrer le président de l’Assemblée nationale et lui faire le point de nos discussions. Tout le monde était d’accord et c’est le Boussouma même qui a pu obtenir le rendez-vous pour le lendemain à 8 heures.

 

J’ai expliqué cela au président de l’Assemblée nationale qui a convenu avec nous que quelqu’un qui n’est pas membre d’un parti ne peut pas défendre ses positions, s’agissant surtout d’une question de ligne idéologique. Et de s’étonner qu’il y ait problème, d’autant plus qu’on a choisi une dame qui remplit toutes les conditions.Il nous a instruits de faire venir la dame. Quand elle est arrivée, Salifou Diallo lui a demandé d’amener son CV et il a pris son numéro de téléphone pour le communiquer au Premier ministre. J’ai téléphoné au Boussouma pour lui en faire le compte-rendu et il s’est emporté, répétant qu’il n’en était pas question. Sur ses instructions, on a convoqué les vice-présidents qui ont répondu qu’ils ne pourraient pas venir pour discuter inutilement avec le Boussouma  parce qu’ils ont déjà donné leur position. Moi aussi, je suis resté sur ma position, ne pouvant admettre que quelqu’un qui n’est pas membre d’un parti le représente au gouvernement. Il s’est fâché et m’a dit que si tel est le cas, qu’on renonce au poste. Je lui ai répondu qu’on ne peut pas renoncer au poste. A partir de ce moment, il est entré dans une grande colère.

 

A sa demande, on organisait les réunions chez lui pour lui permettre d’y participer. Depuis lors, lorsque le moment des réunions arrive et que je l’appelle, il ne répond pas. J’étais donc dans l’obligation de délocaliser nos rencontres dans mon local ici à Ouidi, qui me servait de bureau personnel. Jusqu’à ce qu’il envoie une délégation me dire de venir le voir, parce que les choses ont changé. Je suis donc allé le voir et il m’a dit que c’est vraiment Satan qui veut nous diviser, surtout que le choix a porté sur une femme, il ne comprend pas pourquoi il s’y est opposé. Je lui ai fait remarque que s’il est revenu à de meilleurs sentiments, chez moi aussi, c’est fini. Et nous avons repris les choses. Mais je me suis rendu compte que c’était une réconciliation de façade. A titre d’exemple, le maire de Boussouma, qui est en même temps secrétaire général du parti, a fait six mois sans venir aux réunions. Et quand il y vient, il exige qu’on lui relate toutes les délibérations tenues pendant son absence. Je lui ai fait remarquer qu’il est militant comme les autres et qu’il n’est pas au-dessus des autres. Par conséquent, s’il ne participe pas aux réunions, qu’il accepte les délibérations qui ont été faites et n’exige pas qu’on lui en rende compte.  Le Boussouma a pris ça comme un manque de respect à son endroit. Et il ne m’a rien dit. Et à des militants du parti, qu’il associe même à des gens qui n’en sont pas membres, notamment ses chefs coutumiers, il répète que moi, je lui ai manqué de respect en disant que tous les militants sont égaux. Et il demande au premier vice-président que si lui il me convoquait devant sa cour, est-ce que je vais venir. Le vice-président lui a répondu qu’il me connaît bien et que ce n’est pas à lui qu’il faut poser la question ! Jusqu’à l’heure où je vous parle, il ne m’a pas convoqué mais il dit partout que je lui ai manqué de respect. Et il instrumentalise un de vos confrères originaire de Boussouma pour insulter le premier vice-président et le trésorier qui sont aussi de la zone.

 

Depuis février, j’ai remarqué que l’atmosphère se détériorait au fil des réunions. Ce qui a fait que j’ai réuni les vice-présidents et leur ai fait savoir que si je ne délocalisais pas les réunions, on en viendrait aux mains un jour. D’où  le fait que les rencontres se tiennent ici depuis. Bien sûr, je convoque tout le monde. Et il se trouve qu’il y a un certain nombre de gens qui ne paient pas leurs cotisations depuis 2015. Or, il y a un principe démocratique qui dit que celui qui ne paie pas ses cotisations ne peut pas prendre la parole aux réunions et ne peut prendre part à un vote. Un jour, on a voulu appliquer ça et on a commencé à protester. Et à partir de mars, votre confrère a commencé à écrire dans les journaux contre moi et contre tout le monde, racontant du n’importe quoi.

 

 

 

Jusqu’au grand clash donc le jour du Conseil le 7 juillet 2018…

 

 

 

Oui.  Nous avons préparé cette rencontre et avons même pris deux vigiles, parce que nous sentions que ça n’allait vraiment pas. Et quand la dizaine de chefs coutumiers, accompagnés de leurs « dapobi » (Ndlr : gardes royaux) sont arrivés, ils sont entrés de force. Les deux vigiles n’y pouvant rien, ils ont envahi l’espace. Ils avaient quitté Boussouma par car. Je les ai fait asseoir malgré tout sous les tentes installées dans la cour. Quand un semblant de calme est revenu, j’ai souhaité la bienvenue aux participants au conseil et demandé à tous ceux qui n’en sont pas membres de se retirer. C’est alors que le Wayalgui-naaba de Boussouma, un autre de vos confrères, qui réside  à Ouaga, s’est levé et a pris la parole annonçant qu’il a été envoyé de Boussouma avec sa délégation pour dire qu’il n’y aura pas de rencontre. Je l’ai écouté et comme il continuait de façon plus véhémente, nous nous sommes retirés dans mon bureau, avec la secrétaire d’Etat et d’autres membres du conseil. C’est à ce moment que les dapobi ont saisi violemment le vice-président, Boureima Sawadogo, et l’ont traîné dehors. Quand les militants ont voulu s’interposer pour qu’ils le relâchent, les agresseurs ont dit que celui-là était un des leurs et que s’il ne démissionnait pas du parti sur le champ, ils allaient le griller et le manger devant nous. D’altercations en altercations, nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne pouvions plus tenir la rencontre et avons décidé de la reporter. Je suis sorti annoncer la nouvelle et ils sont repartis. Aux lendemains de cet incident, je suis parti en mission au Bénin et suis revenu dix jours après. J’avais fait un brouillon de déclaration à la presse que j’avais remis au vice-président et à mon retour, nous l’avons finalisé et l’avons envoyé aux médias pour parution.

 

 

 

Y a-t-il eu une suite après cette sortie dans la presse ?

 

 

 

Il n’y a pas d’évolution tangible. Seulement, la majorité présidentielle à laquelle nous sommes affiliés nous a demandé de lui faire un point de la situation, ce qui fut fait.

 

 

 

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de n’avoir pas été tendre, pour ne pas dire que vous avez été irrévérencieux, à l’endroit du Boussouma qui reste tout de même un grand dignitaire coutumier ?

 

 

 

En quoi je n’ai pas été tendre avec lui ? N’ai-je pas dit la vérité ?

 

 

 

Dans le cas d’espèce, toute vérité est-elle bonne à dire ?

 

 

 

Moi, je ne suis pas un sujet du royaume du Boussouma. Non ! Et je me dois de dire la vérité parce que c’est moi qui suis le président du parti. Et  comme je vous le faisais remarquer,nous sommes quelques-uns à faire vivre le parti. Lui, il n’y apporte aucune contribution. Pour quelle raison il va envahir…

 

 

 

Sa contribution n’est-elle pas quelque part morale ? C’est tout aussi important que les contributions financières et autres…

 

 

 

Est-ce que ça lui donne le droit de faire envahir un lieu de rencontre au mépris des lois et règlements de la République? Nous, nous agissons sur la base de notre récépissé qui nous a été délivré par le ministère de l’Administration territoriale. Nous sommes donc un parti républicain. Il est à l’Assemblée et le sait bien ! Vraiment, il ne faut pas faire le mélange des genres. Nous le respectons certes, mais il y a des choses que nous ne pouvons accepter.

 

 

 

 

 

Etant larvée au début, l’on peut dire qu’il s’agit maintenant d’une guerre ouverte avec le Boussouma. N’appréhendez-vous pas quelque part son éventuel départ du RDS ?

 

 

 

Tout dépend de lui. Comme je vous le disais, nous avions déjà entamé des démarches d’union avec d’autres partis avant que cette guerre n’éclate. Et cela depuis 2016. De toutes les façons, il y a toujours eu des gens qui démissionnent des partis pour des raisons personnelles. Vous le savez très bien ! Le monde politique étant ce qu’il est ! Il y a toujours eu des alliances qui se font et qui se défont. Mais il y a des choses qu’on ne peut pas accepter.

 

 

 

Néanmoins la porte du dialogue est toujours ouverte…

 

 

 

Oui. Nous ne l’avons jamais fermée.

 

 

 

Y a-t-il eu des démarches dans ce sens ?

 

 

 

Pour l’instant, non. Nous, nous attendons. C’est lui qui est fâché et qui veut détruire le parti. Ce n’est pas nous ! Nous ne pouvons donc plus rien faire à notre niveau. Certes, on peut faire quelque chose mais il faut aussi un effort de son camp. Nous souhaitons seulement que la vérité triomphe et que la presse contribue à ce que la démocratie progresse dans notre pays. En dehors de la sécurité pour laquelle nous luttons tous, nous savons très bien qu’un pays ne peut pas se développer s’il n’y a pas de démocratie. Des exemples existent : le cas de la RDC, qui est un pays extrêmement riche, mais qui a d’énormes problèmes ; c’est le cas également de la Centrafrique, que je connais assez bien. C’est un pays riche à tous points de vue. Son sol, son sous-sol et son ciel sont des plus généreux ! J’ai été écouté par la Banque mondiale. C’était en 2004, et nous étions en Centrafrique à un séminaire international sur la reconstruction du pays. C’était du temps de Bozizé. Moi, j’étais chargé de faire un exposé sur la gestion des ressources naturelles afin d’aider le pays à sortir de la situation. Bozizé a participé à tout et est venu même me voir pour me demander si je n’avais pas des éléments sur l’énergie solaire. Je lui ai fait remarquer que son pays regorge de ressources hydriques et qu’il y a des cours d’eau partout. S’ils faisaient de ces cours d’eau des barrages, l’énergie générée serait meilleure que l’énergie solaire ! Je lui ai fait donc remarquer que son pays a suffisamment de ressources pour s’auto-suffire dans beaucoup de domaines…

 

Entretien réalisé par

Issa K. Barry

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