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Procès putsch manqué : Et « l’intello » arriva au mauvais moment

Procès putsch manqué : Et « l’intello » arriva au mauvais moment

La série d’audition ce 3 septembre 2018  a commencé avec le passage à la barre de l’adjudant-chef major  Moutuan Coumbia précédemment entendu le 1er septembre dernier. A sa suite, deux autres accusés, le lieutenant Siébou Traoré et le soldat de premier classe Adama Kaboré. L’intellectuel Siébou Traoré, car c’est ainsi que son conseil l’a qualifié au regard de son niveau d’instruction et de ses 2 à 3 années d’université, a plaidé non coupable. Parce qu’ayant pris fonction au sein du RSP le 14 septembre 2015, soit deux jours avant le début des évènements, on peut dire qu’il est arrivé au mauvais endroit (RSP) au mauvais moment, comme l’a soutenu son avocat, Me Mamadou Sombié.

 

A la reprise de l’audience ce 03 septembre 2018,  l’adjudant-chef major Moutuan Coumbia a été le premier à se présenter à la barre. Son interrogatoire avait été suspendu le samedi dernier. Poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coup et blessures volontaires, le mis-en cause a rejeté en bloc les faits à lui reprochés.  Pour défendre le major, son avocat, Me Timothée Zongo, a pris le contre-pied de ce que désirait le parquet militaire. En effet pour le parquet, l’accusé devait manifester son refus vis-à-vis des ordres qui lui ont été donnés par ses chefs. Alors que, selon la défense, ç’aurait été  une folie pour Coumbia de dire qu’il n’est pas d’accord avec ce qui se faisait.  Parlant de son client, l’avocat a poursuivi en disant « Il veut vivre ». S’il disait que : « Je rentre chez moi, est-ce que ça allait bien se passer ? » s’est-il  interrogé avant de répondre que le silence du mis en cause ne peut en aucun cas constituer un élément de charge contre lui.

En sus, « faire un putsch n’est pas synonyme de faire des cadavres », a fait noter Me Zongo. Il a soutenu que les morts ne sont pas une conséquence prévisible du coup d’Etat. Car, selon lui, dans l’histoire du Burkina Faso, il y a eu des coups d’Etat sans que personne en soit mort. Par ses observations, Me Zongo a voulu sortir de la considération selon laquelle le coup d’Etat en lui-même aurait des conséquences prévisibles, citant les articles 66 à 69 du Code de justice militaire. Avant de clore son observation, l’avocat a demandé au président d’apprécier la sincérité avec laquelle son client a répondu aux questions. L’accusé, quant à lui, sur un ton plus ou moins poétique, a présenté ses condoléances à la nation tout entière, ses vœux de guérison aux blessés, non sans souhaiter que « le pays ne soit plus soumis à une telle épreuve ».

Après avoir autorisé l’adjudant Coumbia Moutouan à rejoindre le box des accusés, c’est le lieutenant Séibou Traoré que le président du tribunal, Seidou Ouédraogo a appelé à la barre. Il est célibataire, père d’un enfant, il avait 26 ans lors de sa première comparution. A l’encontre du natif du Kénédougou, trois chefs d’accusation : complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre de 13 personnes, coups et blessures volontaires sur 42 autres. Droit dans ses bottes, l’accusé a dit ne pas reconnaître ces griefs. « Ce que je reconnais, c’est que j’ai exécuté des ordres. Et si le fait d’exécuter un ordre militaire est condamnable, je demande pardon, Monsieur le Président », a-t-il tenu à souligner avant de donner son agenda au moment des évènements.  Dans sa déposition, ce père d’un rejeton a, en effet,  indiqué que  le 16 septembre il s’est rendu au camp Naaba Koom II pour pratiquer du sport.

Aux environs de 12 heures il apprend qu’il y a un rassemblement. En tenue de sport, il reçoit instruction du lieutenant Gorgho de se mettre en tenue de combat. Il retourne à la maison pour se changer. A son retour, il apprend que le lieutenant Gorgho est en réunion avec d’autres chefs militaires, parmi lesquels le général Diendéré. Alors nouveau au sein de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), puisque, nouvellement sorti de sa formation il venait d’y prendre service deux jours plus tôt, l’accusé dit n’avoir pas voulu se mêler à cette rencontre, car mieux était, selon lui, d’attendre les ordres en tant que nouvelle recrue. C’est avec un de ses camarades d’armes qu’il apprendra que « les autorités seraient présentement aux arrêts ».

Mais rien ne fuitera de cette entrevue. A l’issue d’un rassemblement, quelque temps après, le lieutenant Gorgho décide la mutation d’un officier à Charly Eko, du nom du Conseil de l’Entente. Après tirage au sort, l’élève sous-officier d’active d’alors est retenu pour cette affectation. Le même jour, il appelle le lieutenant Ouattara qui se trouve à Charly Eko pour lui faire part de la décision du lieutenant Gorgho. Dans la matinée du lendemain, le 17, il se rend au Conseil de l’Entente avec l’aide d’un conducteur inconnu. A Charly Eko, le  lieutenant Philippe Ouattara le reçoit et lui intime l’ordre de former un groupe pour se rendre à la place de la Nation « empêcher des rassemblements de manifestants » où il y a « des risques d’affrontement ». Dans l’exécution de cette mission, le fraîchement sorti de l’Académie militaire Georges Namoano procèdera d’abord par une « reconnaissance de la place de la Nation » dès le 17 septembre, mission qu’il effectuera avec son groupe composé de dix personnes,  le lendemain, puis le 19 et  le 20 septembre. « Quand on vous confie une mission dans une zone, il faut d’abord maîtriser cette zone », a expliqué le mis en cause au tribunal.

Toujours pour l’exécution, il est mis à la disposition du groupe une dotation composée de kalachnikov ainsi que de cordelettes et d’un véhicule. Placé sous la coupe du lieutenant Relwendé Compaoré, à partir de la date du 18,  le lieutenant Séibou rend compte de ses  missions à ce dernier. La mission à la place de la Nation terminée, Séibou Traoré a dit avoir effectué une autre, à la télévision nationale (RTB), qui était devenue « un point fixe », car occupée par des éléments du RSP. Il passera les journées du 22 au 26 au Conseil qu’il quittera, sur autorisation du lieutenant Relwendé, pour regagner son domicile. Il n’irait nulle part d’autre jusqu’au 28 septembre, date de la sortie des affectations alors que le RSP est dissous.

Suite au récit de l’accusé, le parquet a fait noter une concordance avec ses déclarations au cours de l’instruction. Mais pour autant, Alioun Zanré et ses substituts n’ont pas trouvé propres les mains de celui qui aura passé environ trois heures à la barre, notant que ce dernier a agi en connaissance de cause. Le parquet s’est appesanti sur le fait que le lieutenant avant d’exécuter ces missions avait déjà vent de l’arrestation des autorités. A cette observation, l’accusé a repris ses propos du début de l’interrogatoire, rappelant qu’il n’a fait « qu’obéir à des ordres » et qu’il n’avait pas « à apprécier si ces ordres étaient légaux ou illégaux ». Lors de sa dernière comparution devant le juge,  a relevé le parquet, le client de Me Mamadou Sombié a pourtant fait noter « que s’il avait reçu l’ordre d’aller tuer, il n’allait pas l’accepter ». « N’est-ce pas pour dire que vous appréciez un ordre avant de l’exécuter ? », a questionné le procureur. « A l’école on ne nous a pas appris à apprécier un ordre, à savoir s’il est légal ou pas. Par contre si on me dit par exemple : un tel est un terroriste. Abattez-le ! Je le ferai », a martelé le lieutenant à la barre.

L’accusé ayant reconnu avoir été informé de l’arrestation des autorités, le ministère public a voulu savoir s’il « trouve normal » que celles-ci soient arrêtées. A cette question, celui dont le conseil soutient qu’il a été au moment endroit au mauvais moment a dit n’avoir arrêté personne.

Autorisé à faire des observations, Me Mamadou Sombié n’a pas manqué l’occasion de sortir des griffes contre le ministère public : « le parquet n’entre pas dans l’esprit militaire. Nous sommes pourtant dans un procès militaire. On a comme l’impression que le parquet cherche des poux sur un crâne rasé », réagissant sur « le risque d’affrontement dont a fait cas son client ». « On n’avait pas besoin de dessiner sur papier pour dire qu’au moment des faits, il y avait un risque d’affrontements. » Pour ce commis d’office qui voit en son client « un intellectuel », les actes que dernier a eu à poser sont en phase avec ce qu’il a appris à l’école militaire. Le lieutenant, qui est accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, a d’ailleurs soutenu cela en ces termes : « A l’école on m’a enseigné que l’ordre engage la responsabilité de celui qui le donne et non de celui qui l’exécute ».

Sur les faits de coups et blessures volontaires, le parquet a rappelé que, dans l’exécution de la mission à la place de la Nation, le lieutenant Traoré et ses hommes ont fait usage de leurs armes. Chose que l’officier a n’a pas niée, précisant que ce sont deux du groupe qui ont fait des tirs de sommation pour disperser des manifestants qui les lapidaient. Et ces faits, a-t-il précisé, se sont déroulés lors d’une de leurs patrouilles dans les environs de la place de la Nation. Selon la version de sieur Traoré, il leur a même intimé l’ordre de ne plus tirer, et a par ailleurs rendu compte au lieutenant Compaoré.

La fin de l’interrogatoire du lieutenant Traoré ordonnée par Seydou Ouédraogo, c’est le soldat de première classe Adama Kaboré qui a été convoqué à la barre. Pèsent sur lui 5 chefs d’accusation : «complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, dégradation volontaire aggravée de biens et complicité de dégradation volontaire aggravée de biens. Cet élément de l’ex-RSP, qui portait le grade de soldat de 2e classe au moment des faits, est entendu en tant qu’un des militaires qui se sont rendus au domicile de feu Salifou Diallo, où, selon le parquet, saccages et incendie ont été enregistrés et plusieurs personnes violentées. A l’instar du Caporal Diessongo, qui a été interrogé lors de l’audience du 31 août pour ces mêmes accusations, le soldat Kaboré, dont l’audition a nécessité un interprète, a plaidé non coupable.

L’audience se poursuit ce mardi matin à 9 heures dans la salle des Banquets de Ouaga 2000.

 

San Evariste Barro

Assiata Sawadogo

Bernard Kaboré (stagiaire)

 

Encadré

Quand le lieutenant Traoré « dégaine » contre Me Farama

 

Dans une de ses observations, Me Prosper Farama de la partie civile  a eu maille à partir avec l’accusé Séibou Traoré qui le trouvait rapide dans ses interrogations, et aussi parce que l’avocat de la partie civile a estimé que l’accusé, en tant qu’intellectuel comme a eu à le dire son avocat, devait réfléchir sur les ordres qu’on lui donnait avant de les exécuter. Pour lui, vu son niveau d’« intello », il devait avoir un certain recul face à ce qui lui était ordonné de faire.

Faisant des observations, Me Farama a supposé que la présence du bataillon du lieutenant à la place de la Nation avait une toute autre raison que la sécurité des lieux. Chose que l’inculpé a réfutée, indiquant qu’en tant que militaire, cette présence était dissuasive : « Notre simple présence suffisait à maintenir l’ordre ». Encore accablé par les questions de l’avocat, l’accusé a fini par répliquer sèchement : « Vous n’êtes pas militaire, mais heureusement je suis en face ». Prosper Farama reviendra à la charge : «  Je ne suis pas militaire, c’est vrai, mais je n’ai pas envie de ressembler à certains militaires. Ça au moins c’est vrai ». A ce niveau, le président est intervenu pour calmer les esprits qui commençaient à se chauffer et les rires qui ont éclaté de partout dans la salle.

 

A.S.

B.K.

 

Encadre 2

Des confrères se tirent  dessus à boulets rouges

 

Ce ne n’est pas chose rare que les avocats se tirent dessus à boulets rouges au cours des procès, et l’interrogatoire du lieutenant Traoré aura été l’occasion de le rappeler : après que le conseil de ce dernier a employé le terme « intellectuel » pour qualifier son client, Me Prosper Farama de la partie civile a repris ironiquement le terme dans une de ses observations. Cela n’a pas été du goût de Me Sombié, l’avocat de l’accusé : « J’ai indiqué que mon client est un intellectuel, et la partie civile a parlé de « déclaration pompeuse. J’en ai été blessé. » Cet avocat de la défense va même jusqu’à dire de la partie civile « qu’elle s’arroge une place royaliste, une place qui n’est pas la sienne. Ce n’est pas eux le parquet », a fini par lâcher Me Sombié, très remonté. Profitant d’une reprise après une suspension de l’audience, son confrère Me Farama a tenu à lui présenter ses excuses.

 

A. S.

B. K.

 

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