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Lieutenant K. Jacques Limon : Taupe ou héros ?

Lieutenant K. Jacques Limon : Taupe ou héros ?

Le vendredi 7 septembre 2018, le directeur de cabinet du ministre de la Défense sous la Transition a comparu à la barre.  Le lieutenant K. Jacques Limon est accusé d’avoir aidé, facilité et assisté le général dans les faits d’attentat, de meurtres et coups et blessures volontaires.

 

 

Suspendue le mercredi 5 septembre 2018, l’audition du  sergent  Mahamadi Zallé s’est poursuivie le vendredi dernier. Evoquant des maux de dos, il a répondu aux questions dans la position assise.

Prenant la parole en premier, le parquet lui fait une lecture de sa déclaration lors de son interrogation de fond. « Vers le cinquième jour, je suis allé à Naaba Koom II pour me renseigner sur ce qui se passe. Le chef de corps par intérim avait demandé de lever le dispositif autour du camp, car il y aurait un cantonnement ». Est-ce que vous vous souvenez du jour ? a demandé le parquet. « Avec le temps je ne me rappelle plus », a rétorqué comme à son habitude l’accusé Zallé.

Le ministère public va poursuivre en cherchant à savoir ce qu’il en est de l’entrevue avec le général Gilbert Diendéré à la présidence. « J’ai trouvé le général à la présidence et je lui ai dit : comme la note de dissolution est venue, il faut des ordres pour qu’on rejoigne les corps. Il est venu au camp Naaba Koom nous rencontrer au carré d’armes », a relaté Zallé. Et le parquet de demander : « Qui vous a instruit d’aller chercher le général ? Etiez-vous seul ? » L’accusé a soutenu être parti voir le général de sa propre initiative et qu’il était seul.

 

« Je n’ai pas su qu’il y a eu coup d’Etat »

 

Le procureur est revenu sur la déclaration du caporal Saboué Massa qui dit avoir reçu de l’argent de la part du sergent Zallé pour l’alimentation de ses hommes. « Malheureusement je n’ai pas eu de confrontation avec Saboué », regrette le sergent qui purge déjà une peine de 15 ans de prison ferme.  « Est-ce que vous avez su que le général a donné de l’argent et qu’il y a eu pillage ? » a poursuivi  le parquet. Pour le confondre on lui a fait lecture de la déposition d’Hamado Zongo lors de sa première comparution devant le juge d’instruction. Dans cette déposition il est dit que le général a remis de l’argent, que c’est Madi Ouédraogo et Zallé qui le distribuait et qu’il y a eu des pillages qui ont occasionné des blessés.

Chose que l’accusé a réfutée en affirmant qu’il n’a pas eu cette information. Il dit également ne pas être en mesure de se souvenir exactement de quand les autorités de la Transition ont été arrêtées. Et selon ses dires, il ne prend pas compte d’information relayée dans les média. Ce qui compte pour lui, c’est celle qu’il reçoit de ses chefs. Le parquet a alors multiplié les questions pour en savoir plus sur son rôle présumé dans ce dossier. « Moi à l’heure où je vous parle je n’ai pas su qu’il y a eu coup d’Etat. Roch a pris le commandement du pays dans les mains de Kafando. Je ne peux pas dire qu’il y a eu coup d’Etat », a soutenu le sergent Mahamadi Zallé. 

Le procureur militaire a voulu savoir ce qu’il a reçu des mains du sous-officier d’ordinaire Alexandre Yougbaré le 29 septembre. L’enjeu principal est de savoir si ce qui est contenu dans ce sac qu’il a reçu était bel et bien de l’argent. Mais le sergent est formel en déclarant qu’il s’agissait de pain dont il ne souvient plus du nombre exact. « Est-ce que dans l’armée un seul militaire peut prendre 12 miches de pain ? », a demandé le ministère public. Estimant que cela relève des détails de sa vie privée, l’accusé a passé cette question sous silence.

Son conseil Me Martine Tologo, lui, attend qu’on lui présente la vidéo sur laquelle on se base pour accuser son client pour formuler ses observations. Me Farama de la partie civile a voulu que le sergent lui explique ce que c’est qu’un coup d’Etat.  Mais le sergent s’est réfugié dans l’ignorance : « Je ne sais pas ce que c’est qu’un coup d’Etat », a-t-il affirmé. Une réponse sur laquelle l’avocat de la partie civile a formulé l’observation suivante : « comment peut-on dire que quelque chose qu’on ne connaît pas n’a pas eu lieu ? Il fait observer également que ceux qui sont restés au camp jusqu’à la dernière minute, prêts à en découdre, avaient leur motivation. Ils doivent assumer leurs actes. Pour Me Farama, entre Saboué et l’accusé à la barre, il y a un qui ne dit pas la vérité. Me Olivier Yelkouni de la défense a soutenu pour sa part que ce sont des insinuations mais que nous sommes en droit pénal, où « il ne suffit pas de convaincre, il faut démontrer ».

Le sergent Zallé avant de quitter la barre a réaffirmé qu’il ne reconnaît pas les faits avant de s’incliner devant la mémoire des victimes.

 

Le chef de cabinet du ministre de la Défense à la barre

 

Au moment des faits, celui qui totalise six décorations et est père de quatre enfants était de fait le chef de cabinet du ministre de la Défense. Le lieutenant K. Jacques Limon est poursuivi pour avoir aidé, facilité et assisté le général dans les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, dans le meurtre de 13 personnes et coups et blessures volontaires sur 42 personnes. Mais il a nié tous les faits qui lui sont reprochés. Selon ses explications, il est dans ce dossier parce qu’il a refusé de faire signer un marché public d’un montant de 347 millions par le ministère de la Défense. « J’ai eu un accrochage avec un expert du nom de Sanfo Younoussa. Celui-ci est venu un jour dans mon bureau et m’a dit qu’il était allé à la présidence et qu’on lui a dit  qu’on n’avait pas vu son dossier. Je lui ai dit qu’il ne lui appartenait pas d’aller à la présidence prendre des informations et revenir me donner des ordres. La passation du marché comportait des irrégularités. Il n’y avait pas le chapitre d’imputation. Je ne voulais pas engager le ministère dans une dépense qui ne le concernait pas », a-t-il expliqué.

Dans son développement il a expliqué au juge que les messages selon lesquels on l’accuse sont tripatouillés. « J’ai appelé mon frère qui est à l’hôpital de Sabou. Il m’a dit qu’il a vu des militaires passer. C’est ce que j’ai dit au capitaine Zoumbri et sur quoi mes détracteurs s’appuient pour dire que je suis l’informateur du capitaine tapis au ministère. Devant mon nom on écrit ‘’agent de renseignement du général Diendéré. Je n’ai pas échangé avec le général », fait-il remarquer au tribunal.

Le parquet a voulu savoir pourquoi c’est maintenant que le lieutenant évoque l’affaire du marché public. « Chaque chose en son temps. J’ai trouvé que c’était le moment », a répondu l’accusé. Le ministère public lui a fait lecture des messages qu’il aurait envoyés et qui sont contenus dans le rapport final de l’expertise téléphonique du portable du capitaine Zoumbri qui l’accable (lire encadré). « Est-ce que ce n’est pas parce que l’expertise va mettre à nu vos messages que vous vous êtes opposé à la signer ? » a interrogé le parquet. Mais le lieutenant est catégorique « tant que je ne suis pas convaincu d’un document je ne le ferai pas signer ». Après que le ministère public lui a donné la substance de ses messages, il dit être conforté dans le fait que c’est sa tête qu’on voulait. « Les choses sont évidentes. Il a joué à la taupe. Il a collaboré avec le capitaine Zoumbri. Ce qui a valu sa décoration, ce sont des actes de la dernière minute au moment où le navire tanguait », a chargé une fois de plus le parquet.

Prenant la défense de son client, Me Mamadou Sombié a affirmé qu’on a voulu museler son client avec une camisole et que l’expert Sanfo a rendu une expertise revancharde, vindicative contre son client. « Le colonel Sita Sangaré et le juge Frédéric l’ont harcelé pour le marché public. C’est ce refus qui lui a valu ce qui lui arrive aujourd’hui. Votre juridiction est sérieuse. L’instruction de ce dossier pèche », fait-il remarquer.

L’audience se poursuit lundi matin.

A noter que désormais, le procès n’aura plus lieu les samedis et sera suspendu les vendredis à 12h 30 mn.

 

 

San Evariste Barro

Lévi Konfé

Rabiatou Congo (stagiaire)

 

 

 

Les SMS qui grillent le lieutenant Limon

 

Au tribunal, on a procédé à la lecture des textos que le lieutenant Jacques Limon aurait échangés avec le capitaine Zoumbri du RSP. Nous vous proposons textuellement certains éléments de ces échanges SMS.

 

« Lieutenant Jacques K. Limon (L.J.K.L.): Mes respects, si vous devez prendre vos responsabilités, fermez les radios locales surtout Omega. Sinon ils monteront la population contre vous.

Capitaine Zoumbri (C.Z.) : Merci.

C.Z. : On veut couper le signal des médias. Connais-tu quelqu’un qui peut nous aider.

L.J.K.L. : Je suis en train de les écouter. Ils sont très dangereux. Ils disent qu’ils ont envoyé une V8 blanche qui est venue se garer devant la radio.

C.Z.: Ok.

L.J.K.L. J’ai appelé Ouattara qui était de la sécurité de Koanda, il dit connaître quelqu’un. Il est au…

L.J.K.L. : Mon capitaine, il y a des situations face auxquels, on ne peut plus reculer car reculé sera suicidaire.

C.Z.: Je suis d’accord.

L.J.K. L. : J’ai l’impression que le Golf veut une adhésion unanime. On ne peut plus reculer.

C.Z.: Oui ! On fonce.

L.J.K.L.: Ils ont pu, le cardinal (ndlr : groupe des sages) vous convaincre ?

C.Z. : Pas possible.

L.J.K.L. : Mais capitaine, on ne sent pas la gendarmerie et la police. Il faut les faire participer pour qu’ils ne pensent pas que c’est une affaire de RSP (ndlr : Régiment de sécurité présidentielle).

C.Z.: Ok merci.

L.J.K.L.: Aucune radio ne doit appeler les gens à marcher.

C.Z. : Merci bien de votre de soutien.

L.J.K.L. : Ici la population est divisée à cause des exclusions. La CEDAO va condamner sur les lèvres, les USA sans rien faire. Les français sont des équilibristes. 

C.Z. : Je vois ça oui !

L.J.K.L. : Ah oui ! C’est un non-retour. Il faut maîtriser la tête des OSC, la police et la gendarmerie.

C.Z. : Walahiii !

L.J.K.L. : Ce que je constate si vous donnez votre accord vous serez démobilisés. C’est un dilemme.

L.J.K.L. : Mon capitaine, restons vigilant pour éviter les débordements. Qui a lu la déclaration ?

C.Z. : Le colonel Mamadou Bamba

L.J.K.L. : Ok merci.

L.J.K.L.: La communauté musulmane s’inquiète pour le pèlerinage vu la fermeture de l’espace aérien. Voyez avec les autorités pour que cela ne soit pas récupéré.

C.Z.: C’est déjà fait. Un communiqué les y autorise avec leurs accompagnateurs.

L.J.K.L. : Prendre la menace Hervé Kam au sérieux. Ne plus reconduire le secrétaire général du gouvernement. Motifs : incompétence et trop de lacunes dans la rédaction des documents.

C.Z. : Ok merci.

L.J.K.L. : Ecoutez voir si la fameuse radio émet encore.

C.Z.: Je crois que mes éléments l’on neutralisé.

L.J.K.L. : elle n’émet plus. Bonne chance à nous.

L.J.K.L. : Mes respects, je vous transfert ce message à toute fin utile : « Les jeunes de Pissy ont barré la route au niveau de la SONABHY et intime les gens à payer l’argent avant de passer. »

C.Z. : Je reste à l’écoute.

L.J.K.L. : Bien reçu. Bon courage à nous.

L.J.K.L. : SG m’a dit que les discussions sont tendues.

L.J.K.L.: Mes respects, quelques véhicules blindés ont fait un mouvement sans Ouaga. Soyez serein. Je vais voir le CEMGA et je vous fais signe.

C.Z. On compte envoyer un élément stoppé en amont.

L.JK.L. : Vous pouvez compter sur moi. Je suis l’attitude des gens discrètement. Je vous assure qu’ils ne seront pas à Ouaga. Ouahigouya a trois sections mal équipées. Je vous fais le CR. J’infiltre les gens et je vous informe.

L.J.K.L. : Mon capitaine cherchez à savoir qui a placé les GIGN pour sécuriser les voies pour que les troupes arrivent ?

C.Z. : Je crois que c’est le colonel Serge Alain.

L. J.K.L. : Evrard c’est le petit de Serge. Si vos hommes sont mobilisés, ils ne pourront rien. Ce n’est pas le moment de démoraliser.

C.Z. : Ici nos gars sont existés et veulent en découdre.

L.J.K.L.: Ouf ! Ça me rassure, il y a une réunion. Je vous fais le point après.

L.J.K.L. : Vérifiez vite, il y a un commandant du RSP qui est allé rencontrer ceux qui sont des gardes. Vérifiez  s’il n’y a pas de trahison.

C.Z. : Non c’est le commandant Korogo.

L.J.K.L. : Ok ça me rassure. Mais il faut que j’ouvre l’œil.

C.Z. : Merci.

L.J.K.L. : Mes respects, juste un bonjour.  La radio de Cherif Sy a repris. Bon courage.

C.Z. : CD dit qu’il y a un véhicule qui a traversé Sabou.

L.J.K.L. : J’ai mon petit frère à l’hôpital de Sabou. Je l’appelle pour vérifier.

L.J.K.L. : j’ai vu ceux de Ouahigouya. Trois sections sous équipés.

L.J.K.L. : Information de source sûre. C’est le colonel Serge Alain qui est en relation avec les forces externes.

C.Z.: Oui oui ! C’est lui et Somda Evrard.

 

ElémenRabiatou Congo (Stagiaire)

 Congo (stagiaire)

 

 

« Le procès du putsch est un double film »

 

Me Sombié, conseil du lieutenant Jacques K. Limon, a qualifié le procès du putsch manqué de double film : « Le film de l’attentat à la sûreté de l’Etat et le film de l’instruction. Chacun de ces films a ses acteurs. Mon client depuis ce matin tente de le dire ». Suite à des messages trouvés dans le téléphone du capitaine Zoumbri. Me Sombié a estimé que son client est victime de la justice militaire et d’un harcèlement du colonel Sita Sangaré. La raison de cela, selon lui est le refus de son client de faire signer la passation d’un marché de 347 millions qu’il trouvait irrégulière.

Les messages dont son client est accusé d’être l’auteur seraient une « fabrication de l’expert », a-t-il martelé. A l’écouter, ces SMS ne seraient pas authentiques car si s’étaient le cas, son client allait être confronté au capitaine Zoumbri vu que c’est dans son téléphone que les texto ont été trouvés. Pour étayer ses propos, il fait remarquer au parquet que sur le P-V du capitaine, les SMS trouvés ne sont pas mentionnés. D’un ton remonté, il a fait le récit de sa rencontre avec le Lieutenant Jacques K. Limon : « Je l’ai connu le 2 août 2017. J’ai alors cherché à comprendre son histoire. Il m’a fait savoir qu’il a été entendu une seule fois et a été inculpé. Mais les magistrats du tribunal militaire lui ont dit que son cas n’est pas grave et qu’il pouvait s’en sortir seul s’il sait se défendre. Par la suite il s’est rendu compte que son cas était grave. Un ami en commun l’a alors mis en contact avec moi. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter. Je suis un esprit indiscipliné, raison pour laquelle je ne suis pas allé dans l’armée. Moi on ne m’achète pas. Mon client n’a pas eu accès au document volumineux qui le charge. Ce n’est pas vrai quand le procureur dit que c’est la première fois qu’on parle de passation de marché. On a caché un document à mon client et c’est à la barre que le parquet s’en délecte. On va faire venir des témoins pour qu’on sache si sa décoration, c’est du pipo. C’est ce que vous êtes en train de dire. Les généraux Pingrenooma Zagré et Gilbert Diendéré, les colonels Sita Sangaré, Abdoulaye Dao et Frédéric Ouédraogo viendront s’expliquer. Quand on a envoyé la liste des témoins, Sita Sangaré a tout fait pour s’en exclure. On connaît l’expertise de Younoussa Sanfo. Il a fait une formation une fois et le bâtonnier en est témoin. Je n’ai pas pu y assister mais selon les témoignages que j’ai entendus, il dit qu’il peut réveiller un portable et faire ce qu’il veut », a-t-il raconté. Et de poursuivre en exhortant son client à dévoiler à l’opinion publique tout ce qu’il sait : «  Il faut tout dire. Le jour de l’accouchement, la femme n’a pas peur qu’on regarde à l’intérieur de ses cuisses. Les colonels Sita et Frédéric l’ont harcelé. C’est son refus qui lui vaut ces misères. Dans le procès-verbal du capitaine Zoumbri, il n’a pas été fait cas de messages. Pourquoi avoir caché cela ? Il fallait les confronter pour faire la lumière sur cette affaire ».

 

Rabiatou Congo (stagiaire)

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