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Alerte ! Faux gnontoro à babord !

Alerte ! Faux gnontoro à babord !

Ce mardi encore, contrairement à ce que je m’étais promis, je me retrouve en pleines élucubrations. Cela fait des mardis que j’avais pris la décision de faire connaître mon point de vue sur la RECONCILIATION le plus sérieusement du monde sans aucun écart de langage élucubrant.

 

Sérieusement, comme le ferait le Professeur Mahamoudou Sawadogo. Mais voilà. C’est trop compliqué. Je ne pourrai pas m’exprimer sur la Réconciliation en une seule page 6. Non. C’est 6 fois 6 pages  qu’il me faudrait. Vous voyez Nakibeugo m’accorder tant d’espace pour élucubrer  sans élucubration ? Vous connaissez sa voix n’est – ce pas ? Si je lui présentais une telle doléance il porterait son index à son front en me demandant : « 6 fois 6 pages ? Ça ne te va pas non ? ».

Et puis en vérité vraiment vraie, on ne doit pas écrire sur la Réconciliation en mode élucubrations. Alors que  je suis incapable d’écrire sans élucubrer.

La Réconciliation. Dès qu’on parle de Réconciliation tout le monde lance à la volée le triptyque Vérité Justice Réconciliation VJR qui en un rien de temps résoudrait le problème comme une lettre à la poste. Mais c’est compliqué C’est même très très compliqué. L’erreur inexorablement commise par tout le monde est de considérer la situation actuelle de notre pays comme identique à celle qui a prévalu ailleurs, plus précisément en Afrique du Sud, au Rwanda et au Burundi. C’est une grosse erreur.

    En Afrique du Sud le conflit découlait de lois ségrégationnistes par lesquelles une petite minorité imposait son joug à une grande majorité. Toutefois, force est de reconnaître que dans le pays les Finances Publiques étaient biens gérées. A tout le moins les crimes économiques n’avaient pas cours.

Au Rwanda et au Burundi ce sont deux communautés d’un même pays qui se sont livrés à des massacres, les plus atroces que l’humanité ait connus. Mais là encore, comme en Afrique du Sud, le nœud du conflit n’était pas la mal gouvernance avec son corollaire de biens mal acquis, son corollaire de détournements de fonds publics, j’allais dire son corollaire de R + par – ci, de V8 par – là.

La situation ainsi brossée, la tentation est forte de conclure que pour aller à la Réconciliation il suffit de connaître  la Vérité et une fois que la Vérité est connue il ne reste plus que d’appliquer  la Justice. C’est un peu comme cela mais ce n’est pas aussi facile que cela parce que notre  situation n’est pas totalement  semblable à celle de l’Afrique du Sud.

En Afrique du Sud la minorité  régnante, poussée il est vrai par la Communauté Internationale, a fini par reconnaître pour Vérité que l’on ne peut pas être une minorité venue d’ailleurs par – delà les mers et imposer sa loi à la grande majorité autochtone.

En ce qui concerne le Rwanda et le Burundi les horribles massacres ont été perpétrés de part et d’autre mais il a fallu à un moment donné mettre balle à terre. Je te pardonne. Tu me pardonnes. Nous nous pardonnons. Vive la justice traditionnelle.

Qu’en est – il du Burkina Faso ? Notre Burkina Faso ? Notre unique Burkina Faso ? Ça n’a l’air de rien, mais c’est très compliqué pour moi. C’est même très compliqué. Tout d’abord nous nous devons de rendre grâce au Tout Puissant, le Créateur du ciel et de la terre. Il nous aime. Il nous aime tellement que nous n’avons pas connu et nous ne connaîtrons jamais ce que le Rwanda et le Burundi ont connu : le génocide.

Le génocide ! Rien qu’à prononcer ce mot je ressens de l’horreur. Plus de 60 ethnies et nous vivons comme si nous étions au Paradis. Lorsqu’un Mochichi reçoit une gifle d’un Samo, il se met à genou et déclare : « Merci patron ! Encore ! »

Gloire à Dieu.

Attendez ! Il me reste encore 5 pages à écrire mais je crois que je vais m’arrêter là. Quelque chose me dit de ne plus continuer, de faire une croix sur tout ce que je viens d’écrire et de retourner à mes élucubrations. Il y a même une voix qui me prévient  que si je persiste on me vouera aux gémonies et je devrai dans ce cas m’estimer heureux  car je pourrais me retrouver au poteau n° 5. Et puis il y a cette page 6 de plus en plus courte.

J’ai un grand frère que je consulte souvent. Lorsque je lui ai fait  part de ce que je comptais écrire sur la situation il a pris une voix que je ne lui connaissais pas du tout et me menaça :

- Quoi ? Dis pas ça ! Tu m’entends ?  Dis pas ça du tout. Tu es fou ou quoi ? Amnistie… Amnistie... Ça ne te va pas la tête ? Tu n’es pas dans le pays ou quoi ?

Si ce n’était pas au téléphone, si j’étais face à lui, il m’aurait sûrement mis à terre pour me flanquer des coups comme autrefois ! D’un ton calme je lui dis :

- Pas de panique grand frère. Je voulais juste soumettre une proposition à la nation pour la Réconciliation. Une amnistie générale.

- Ferme ta gueule ! Je te dis de ne pas faire une telle suggestion. Tu t’imagines ? Et si après t’avoir lu le Président du Faso décrète une amnistie générale ? Hein ? Les gens diront que c’est toi qui lui as donné l’idée. Allez ! Parle des Mochichi c’est tout. 

Je faillis lui rétorquer que Roch Marc Christian Kaboré, Président du Faso ne lit pas les élucubrations mais je me tus. Il pourrait descendre fissa à la maison, un bâton à la main.

Retourner aux élucubrations ? C’est comme si c’était fait grand frère !

L’entreprenariat féminin mène à tout. Au SIAO, j’étais assis avec Ted sous un hangar à fière allure. Chacun de nous avait fait honneur à plus de 3 Beaufort  et on n’était pas prêts de rentrer.  A un moment une femmelette Mochichi vint vers nous. Elle poussait un chariot contenant des bouteilles d’Eau Lafi remplies d’une boisson que je pris à première vue pour du bissap. Elle s’adressa à nous en disant :

- SAMOG RAM ! SAMOG RAM !

Ted qui assurait la traduction me dit :

- Elle vend du Samog – ram. C’est-à-dire du dolo Samo.

- Du dolo Samo ? Tu veux dire du gnontoro ?

- C’est ça. Et c’est 1 000 francs la bouteille.

Je me rappelai que Air Gomboro faisait venir du gnontoro tous les jours par la Gare de Kilwin. Du gnontoro à 1 000 francs la bouteille à Ouaga, ce n’est pas cher payé. Je m’empressai de prendre une bouteille et  m’envoyai une rasade. Pouah ! Ça du gnontoro ? Mon Dieu ! Ce goût de Wisky Chinois ? Ce goût de pastis Indien ?  Mon Dieu ! Cette fois ils vont m’entendre les gars de la Ligue des Consommateurs. Du gnontoro frelaté ! Qui l’aurait cru ?!

Je demandai à la bonne dame Mochichi si c’est elle qui préparait ce gnontoro. Elle répondit par la négative. Elle s’approvisionnait plutôt à Tanghin barrass non loin du cimetière de Toudoubwego où une association de femmes Mochichis avait installé une fabrique de faux gnontoro.

Entreprenariat féminin, quand tu nous tiens !

Vous avez écouté le dernier ‘’ EN TOUTE VERITE ‘’ de la Radio Nationale ? Philippe Ouédraogo, alias Phil O. était à la barre. Comme à l’accoutumée, à la fin de l’émission on demanda à l’invité ce qu’il n’aimait pas et ce qu’il aimait. Philippe déclara qu’il n’aimait pas les demi – vérités. On vient à vous, on vous raconte une partie d’une vérité et on cache l’autre partie de la vérité.

Philippe est comme moi. Je n’aime pas qu’on vienne à moi, on me raconte une partie d’un mensonge et on cache l’autre partie du mensonge.

Quelqu’un m’a dit un jour qu’un Polytechnicien et un Bantaaré c’est presque Kif-Kif. Pas Kif-Kif, presque Kif – Kif j’ai dit.

N’en déplaise à mon cher grand – frère, je reviendrai sur la Réconciliation. Je vais vous démontrer combien c’est difficile d’appliquer le triptyque VERITE JUSTICE RECONCILIATION. Je vais vous démontrer par exemple que l’élément Vérité est indispensable à la Réconciliation. Mais si la VERITE console la VERITE désole.

PS : Et l’amnistie ? Vous y pensez ? Moi non plus.

Dernière modification lemercredi, 07 novembre 2018 21:39

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