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Procès putsch manqué : Tirs de barrage de la hiérarchie pour "protéger" Korogo

La parole a été donnée aux différents conseils au deuxième jour de l’audition du commandant Aboul Aziz Korogo, chef de corps par intérim de l’ex-RSP. Son avocat, Me Dieudonné Ouilli, a notamment mis en avant les témoignages de responsables militaires qui disculpent son client.

 

Pour défendre sa cause, le commandant Abdoul Aziz Korogo peut compter sur un certain nombre de témoignages tendant à annihiler sa responsabilité pénale dans le putsch manqué de septembre 2015 ; chose que n’a pas manqué de signifier son avocat, Me Dieudonné Ouilli, hier à l’entame de l’audience. Parmi ces  témoins à décharge figure son binôme, le lieutenant-colonel Paul Damiba. Ce dernier a confirmé et conforté devant les enquêteurs la principale ligne de défense de l’ex-chef de corps du RSP qui a soutenu dans sa déposition liminaire  n’avoir pas épousé l’idée du putsch et avoir de ce fait marqué son intention de rendre le tablier. Il a renoncé à démissionner, selon ses dires, sur instruction de la hiérarchie militaire. Laquelle hiérarchie, indique le commandant,  a joué un beau rôle durant les événements.

Le colonel Raboyinga Kaboré, chef d’état-major de l’armée de terre (CEMAT) au moment des faits et supérieur hiérarchique direct de l’accusé, a affirmé notamment à son sujet : « Il a été coopératif, il a joué un rôle de modérateur et de liaison entre nous et le RSP et mettait à exécution les ordres du commandement. C’était risqué pour lui, vu les décisions qu’il prenait. Le commandement l’a rencontré à plusieurs reprises pour lui donner des instructions ».

Même concert de louanges de la part de l’ex-chef d’état-major général des armées en 2015, le général Pingrenoma Zagré. A la question de savoir comment il a perçu le rôle de Korogo durant le putsch, le haut gradé, précisant avoir eu de nombreuses rencontres avec ce dernier, a déclaré que l’officier a fait preuve de « discernement » et a œuvré de façon « patriotique » pour le retour de la paix.

Pour parfaire l’image d’officier modèle du natif du Kadiogo, les différentes parties au procès y sont allées aussi de leurs jets de fleurs, saluant les uns la constance de ses déclarations, et les autres son sens de la responsabilité et du devoir militaire. Ce qui ne les a pas empêchés d’émettre des réserves sur les actes que l’officier a posés et qui sont de nature, d’après eux, à « consolider le putsch » : sont de ceux-là la mission qu’il a commanditée pour ramener du matériel de maintien de l’ordre au profit de la gendarmerie et de la police nationale à la frontière togolaise et la mission de sécurisation de la place de la Nation pour y empêcher tout rassemblement.

Droit dans ses bottes, le militaire de 38 ans a soutenu que  l’exécution de telles missions ne s’apparentait pas à un soutien au coup mais était plutôt une volonté d’apaiser la situation.

Me Prosper Farama de la partie civile s’est aussi étonné que l’accusé se soit contenté de demander au général s’il avait le soutien de l’armée quand ce dernier a annoncé au cours de la rencontre avec les officiers la prise en otage des membres du gouvernement, sollicitant au passage leur « accompagnement ». « En pareille situation, il ne faut pas jouer au Rambo, vous allez mourir pour rien, parce que vous ne savez rien et on ne va même pas vous considérer comme un martyr », a rétorqué l’ancien stagiaire de l’école de guerre du Cameroun.

La conviction de l’avocat est en tout cas acquise qu’en septembre 2015 le commandant « jonglait des deux côtés ». « Ma position, je vous le concède, était un peu difficile. Rester, implique de faire des choses. Si le chef (CEMGA) m’a dit de rester, il sait très bien que je suis obligé de collaborer. Rester implique des choix et des compromis. Le CEMGA savait très bien que c’était un coup d’Etat, mais pourquoi il m’a dit de rester ? », a demandé le commandant en guise de commentaire. Il a tenu à préciser à ce propos qu’il rendait compte régulièrement au CEMAT. Même pour  ce qui est de sa décision de mettre en place des groupes de combat à l’annonce des mouvements de troupes vers Ouagadougou, il a indiqué avoir contacté le colonel Raboyinga Kaboré pour lui faire part de l’agitation au camp. Son supérieur lui a donné pour ordre de « contrôler ses hommes ». Mettre en place ces groupes a été le moyen qu’il a trouvé pour calmer les nerfs des va-t-en-guerre.

Après les conseils de la partie civile, les autres avocats de la défense se sont saisis  du micro pour trouver dans les réponses du commandant des éléments disculpant leur client. Son audition se poursuit demain.

 

San Evariste Barro

Hugues Richard Sama

 

 

Encadré1

Mon client n’est pas une « boîte noire »

 

Le commandant Abdoul Aziz Korogo est à coup sûr  l’un des officiers dont le nom a été largement cité durant le coup d’Etat manqué de septembre 2015. Vu sa fonction au moment des faits, beaucoup s’attendaient à ce que son interrogatoire fournisse une mine d’informations et éclaire d’un jour nouveau les différentes responsabilités  dans la préparation et l’exécution du putsch. Selon son avocat, Me Dieudonné Ouilli, ces fortes attentes ont été nourries par certaines parties prenantes au procès, notamment Me  Guy Hervé Kam, qui a mentionné son client dans les médias comme la « boîte noire » du coup d’Etat. Hier à l’audience, l’accusé n’a pas toujours apporté les précisions souhaitées, ce qui a fait dire à certains avocats de la partie civile qu’il retient des informations. Faux, a rétorqué son conseil pour qui présenter le commandant Korogo comme une « boîte noire  qu’il faut presser pour qu’il vomisse des informations est caricatural ». Pour lui, son client a dit tout ce qu’il savait et ne garde rien par-devers lui. Et à l’entendre, à cette phase du procès, aucune information venant d’un accusé ne peut édifier le tribunal.

 

H.R.S.

 

Encadré 2

Korogo, le chouchou de la hiérarchie militaire ?

 

Au-delà du tir de barrage des chefs militaires pour décharger le commandant Korogo dans leurs témoignages, l’ex-chef de corps serait-il d’une manière générale protégé par le commandement ? C’est en tout cas la conviction de Me Maria Mireille Barry, conseil du capitaine Oussène Zoumbri. Elle en veut pour preuve le fait que son client, comme certains pensionnaires de la MACA, ait reçu en prison notification de sanctions militaires alors que « le donneur d’ordres », le commandant Korogo, est lui passé entre les mailles du filet. « C’est comme s’il fallait sauver le commandant », a lancé l’avocate.

Interrogé sur cette exemption, le principal concerné a affirmé n’avoir pas compris ce traitement de faveur et indiqué qu’il aurait aimé être sanctionné au même titre que ses hommes.

Autre fait troublant souligné par Me Barry : le rapport d’expertise des échanges téléphoniques de l’ex-chef de corps ne fait mention que de 22 messages en lien avec le coup d’Etat. Des SMS échangés entre son client et Korogo ont été ainsi mentionnés dans le rapport d’expertise du capitaine Zoumbri, mais curieusement aucune trace de ces conversations dans l’expertise des téléphones du commandant Korogo. « L’expert a choisi les SMS qui devaient figurer dans le rapport »,  a-t-elle fait savoir.

 

H.R.S.

 

Encadré 3

Où est passé le calepin du commandant ?

 

Visiblement méticuleux, le commandant Korogo se tient à la barre avec un calepin où il prend bien soin de consigner les questions ou observations qui lui sont adressées. Et parfois, pour des besoins de précisions,  demande à son interlocuteur de répéter son propos. Il ressort de la prise de parole de Me Maria Barry qu’en réalité, l’officier a pour habitude de griffonner dans un bloc-notes ses faits et gestes. Il en a été ainsi durant la tentative de coup d’Etat. Selon l’avocate, certains accusés ont déclaré que le chef de corps notait par exemple les noms des soldats qui ne répondaient pas présent à l’appel pendant la consignation du quartier. Répondant à une question de l’avocate, celui qui avait bénéficié d’un non-lieu devant le juge d’instruction a soutenu que s’il avait ce document en main, il allait être plus précis dans ses réponses. Le fameux carnet a été saisi par la gendarmerie lors de la perquisition de son domicile. Depuis, on en a perdu la trace. « Il n’existe pas dans le dossier et est introuvable. Pourquoi ? »,  a questionné Me Barry.

 

H.R.S.

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