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Procès putsch manqué : «J’ai rédigé et finalisé tout seul la déclaration du CND»

Procès putsch manqué : «J’ai rédigé et finalisé tout seul la déclaration du CND»

 

Après un long préalable qui aura pris le temps d’une journée d’audience, le général Gilbert Diendéré est entré dans le vif du sujet en relatant hier, 27 novembre 2018, devant le tribunal militaire son emploi du temps du 16 septembre 2015 et jours suivants. Le cerveau présumé du coup d’Etat a confié avoir rédigé et finalisé seul la déclaration de prise du pouvoir par le Conseil national pour la démocratie (CND).

 

 

Poursuivi dans le cadre de ce dossier pour cinq infractions, le cerveau présumé du putsch manqué de septembre 2015, avait à son premier jour d’interrogatoire plaidé non coupable, expliquant n’avoir fait qu’assumer le pronunciamiento sur incitation des sages médiateurs. « Je n’ai ni commandité, ni planifié, ni organisé, ni exécuté ce que d’aucuns appellent coup d’Etat », avait  en effet déclaré l’ex-homme lige de Blaise Compaoré.

 

« Qui a alors commandité et exécuté le coup d’Etat que vous avez assumé ? », lui a demandé le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, à l’entame de sa seconde journée de déposition. « Vraiment je ne sais pas. Je ne peux pas vous dire qui a commandité et qui a exécuté. Tout ce que je sais c’est que deux personnes (Ndlr : l’adjudant-chef Moussa Nébié dit Rambo, et l’adjudant, Jean Florent Nion, précisera t-il)  m’ont appelé pour me dire qu’elles ont procédé à l’arrestation des autorités de la Transition. Je n’avais pas des informations sur la manière dont cela a été fait. J’ai appris certaines informations en même temps que vous ici à la barre», a répondu le général Gilbert Diendéré.

 

Précis, il a affirmé avoir reçu dans la matinée du 16 septembre 2015 à 10h58, un SMS de l’adjudant Jean Florent Nion. « Mon général, je souhaite vous rencontrer », lui aurait écrit le sous-officier. Réponse du haut gradé : « Je suis à la maison ». « J’arrive », textera à nouveau l’adjudant.

 

Selon l’ancien chef d’état-major particulier de la présidence du Faso, l’adjudant Jean Florent Nion est effectivement arrivé chez lui aux environs de 12h. Ce dernier est venu lui faire part de ses inquiétudes sur le climat délétère qui prévaut au sein de l’ex- Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et la volonté des autorités de dissoudre le corps. « Je lui ai dit que moi-aussi j’avais des informations, que j’avais rendu compte à qui de droit et que malheureusement il n’y avait pas eu de réactions. Je lui ai demandé de garder espoir car le président Michel Kafando n’allait pas rompre sa promesse en dissolvant le RSP ». Foi du natif de Yako, leur conversation qui aura duré une trentaine de minutes s’est arrêtée à là.

 

Seidou Ouédraogo a alors rappelé les déclarations à la barre de l’adjudant Jean Florent Nion qui lors de son passage a indiqué s’être rendu au domicile de « Golf » pour « vérifier une information » que lui aurait donné le major Eloi Badiel et le sergent-chef Roger Koussoubé dit le Touareg : « Le général a dit de faire un coup d’Etat ». Selon Nion une fois au domicile de Diendéré ce dernier lui aurait répondu : « Ce n’est pas encore fait ? ».

 

L’illustre convive de la salle des Banquets a balayé d’un revers de la main ces propos qui accréditent la thèse de la préméditation. « Je ne confirme pas cette information. Il n’a pas été question de coup d’Etat dans notre conversation », a-t-il assuré.

 

 

 

« Allo mon général, on a pris les autorités ! »

 

 

 

Poursuivant sa narration, le président de l’éphémère Conseil national pour la démocratie (CND),  a indiqué que dès qu’il a pris congé de son visiteur, il a vu sur internet des « nouvelles de la dissolution du RSP ». Inquiété par ces informations qui selon lui pourraient provoquées de vives tensions au camp Naaba Koom II le soir, le général aux deux étoiles, a pris sur lui l’initiative d’appeler le commandement du régiment. «  J’ai essayé d’appeler le chef d’état-major particulier, je n’ai pas pu le joindre. J’ai appelé le chef de corps, il m’a dit qu’il était à la maison. Je lui ai dit de venir à mon domicile afin que je lui fasse part de mes inquiétudes et qu’ensemble nous trouvions une solution pour que la situation ne dégénère. Avant qu’il n’arrive, j’ai reçu l’appel de Nébié qui me disait qu’eux, ils ont pris les autorités et qu’ils étaient désignés pour venir me chercher. J’ai dit Ok. Il n’y a pas de problème, j’attends. Nion aussi m’a appelé pour me donner la même information », a raconté le général.

 

L’équipe d’escorte est arrivée à son domicile aux environs de 13h-13h30. « J’étais sur ma terrasse. Je les ai reçus. Il y avait Moussa Nébié, Jean-Florent Nion et l’adjudant Michel Birba qui faisait des va-et vient. Roger Koussoubé est, lui, resté dehors. Ils m’ont dit que le conseil des ministres a décidé de supprimer le corps et que les hommes ont réagi d’où ce qui s’est passé. Ils m’ont dit qu’ils sont venus me chercher parce qu’ils souhaitaient qu’on puisse trouver une solution définitive ». Le sexagénaire a expliqué le choix porté sur sa personne par le fait qu’il a toujours été sollicité à la fois par les soldats, le président Michel Kafando et l’ambassadeur des Etats-Unis  pour aider à dénouer les précédentes crises au RSP.

 

« Votre épouse était-elle là au moment où les soldats sont venus vous chercher ? », a demandé le juge. « J’étais seul », a répondu l’accusé.

 

Après avoir reçu la nouvelle de la prise d’otage des membres du gouvernement de Transition, l’officier supérieur a précisé qu’il a joint la hiérarchie militaire pour leur faire le point, a commencé par le chef d’état-major particulier de la présidence, le colonel-major Boureima Kiéré qu’il a pu enfin contacter après la fin de la réunion à laquelle ce dernier assistait à l’état-major. « Je lui ai dit qu’il y avait un problème et que j’étais en train d’aller au camp Naaba Koom II pour comprendre », a confié le général, qui précisé avoir aussi appelé le chef d’état-major général des armées au moment des faits, le général Pingrenooma Zagré, pour lui proposer que les officiers se rencontrent pour discuter du sujet parce  que a-t-il dit « je ne voulais plus être seul ». Ensemble, les deux hommes auraient convenu de fixer le rendez-vous au ministère de la défense à 17h. « En attendant d’aller au camp, j’ai appelé le chef de corps (le commandant Abdoul Aziz Korogo) pour lui dire que ce n’était plus la peine de venir chez moi. Je lui ai dit d’aller au camp et de réunir les officiers. Il a dit à la barre que je lui  ai ordonné de sonner l’alerte mais je ne me souviens plus de ce détail.  Même si c’était le cas, ce n’est pas lié à quoi que ce soit. Il n’y a rien d’anormal à cela ».

 

Le cortège de Diendéré composé de  trois véhicule dont deux V6 avec  chacune « 4 ou 5 éléments à bord » est arrivé dans l’antre du RSP aux envions de 16h15. Le général de brigade a indiqué à la barre avoir rejoint directement le bureau du chef de corps où était déjà réunis les officiers du régiment, à l’exception de Boureima Kiéré qui prendra la rencontre en cours. « Je me suis excusé de les avoir convoqués de façon cavalière à cette rencontre d’autant plus que je n’avais plus de fonction officielle au RSP. Je me suis également excusé de n’avoir jamais eu le temps de leur donner suffisamment d’informations par rapport à tout ce qui se passait au camp. Je leur ai demandé de ne pas s’offusquer du fait que les hommes soient venus me donner l’info en premier. Je leur ai dit que la hiérarchie était informée et qu’une réunion était prévue à 17h. Je leur ai dit de rester auprès des hommes pour éviter des actes qui pourraient être plus graves. J’ai également conseillé aux officiers de faire revenir en caserne les hommes que j’avais aperçus aux abords de Kosyam, c’est ce qui explique que le chef de corps a décidé de consigner le quartier », a longuement énuméré Gilbert Diendéré.

 

«  Est-ce que après ce message, les officiers ont réagi ? », a questionné le président du tribunal. « Il n’y a pas eu de réaction particulière. Ils étaient surpris et angoissés. Le chef de corps a dit quelque chose mais je ne me rappelle pas ». « Y avait-il des éléments armés dans la salle ? », a renchéri celui qui dispose de la police des débats. « Peut-être qu’ils étaient là mais moi particulièrement je n’ai rien remarqué», a répondu Diendéré.

 

Après cette rencontre avec les hauts gradés du RSP, le cerveau présumé du coup d’Etat a déclaré s’être rendu au ministère de la Défense pour la rencontre avec la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD). Devant la crème de m’armée, et les médiateurs dont l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo et l’archevêque de Bobo, Monseigneur Paul Ouédraogo, il a dit avoir fait le point de la situation et de la rencontre qu’il venait d’avoir et souligné que « ce qui s’est passé est le résultat de la conjugaison des précédents troubles au RSP ».

 

A la suite de son exposé qui s’est apparenté à un long réquisitoire en règle contre le Premier ministre Yacouba Isaac Zida, Monseigneur Paul Ouédraogo a, selon « Golf », pris la parole pour dire qu’il « comprenait la situation » mais qu’il souhaite qu’on libère le Président et les ministres détenus. « Il n’a pas parlé de Zida. Il a dit de libérer les autres afin qu’on puisse poursuivre la discussion », a expliqué le général qui ajoute que « personne ne parlait en ce moment de coup d’Etat ».

 

 

 

« Si c’est un coup d’Etat… »

 

 

 

D’après ses dires, les membres de la CRAD lui ont proposé d’aller voir les éléments du RSP pour leur demander de libérer les otages. « Monsieur le président, j’ai refusé parce que je ne pouvais pas aller seul discuter avec les hommes, je préférais que ce soient les membres de la délégation qui aillent échanger avec les soldats  parce que moi j’en avais eu pour mon compte», a signifié le mis en cause. Selon lui, les membres de la CRAD ont accepté le principe et il est allé en précurseur avec le colonel-major Kiéré pour préparer la venue des sages au camp.

 

A leur arrivée, le général Diendéré a confié avoir pris la parole pour les introduire. L’archevêque de Bobo a, selon ses dires, affirmé comprendre la situation des hommes et reconnu leur tort pour ne pas avoir trouvé déjà une solution à leurs revendications. « Il a dit que cette fois, ils s’engageaient à prendre des dispositions nécessaires pour qu’une solution définitive soit trouvée et qu’ils ne souhaitaient pas qu’on en arrive à un cas extrême », s’est rappelé l’ancien ange gardien de Blaise Compaoré.

 

Jean-Baptiste Ouédraogo et le secrétaire général du ministère de la Défense, Alassane Moné ont selon le président du CND abondé dans le même sens que le prélat. « Le général Zagré était là mais il n’a pas pris la parole », a-t-il tenu à faire savoir. A l’en croire, certains officiers et sous-officiers comme le capitaine Zoumbri, le capitaine Dao, l’adjudant-chef Moussa Nébié, et l’adjudant Jean Florent Nion se sont exprimés pour dire en substance qu’ils ne croyaient plus en la capacité des médiateurs à résoudre leur problème. Avant de libérer les otages, ils ont souhaité, selon le général, que les sages prennent « des engagements forts ».

 

« Des menaces ont-elles été proférées à l’endroit de la délégation ? », a interrogé Seidou Ouédraogo. « Je n’ai pas entendu de menaces », a réagi Golf. « Qui a prononcé le mot coup d’Etat pour la première fois ? », a de nouveau questionné le juge. Tout de go, le galonné répond : « Monseigneur Paul Ouédraogo ». D’après lui, l’homme de Dieu aurait résumé la situation en ces termes : « Les autorités sont entre vos mains, le pouvoir est vacant. Si c’est un coup d’Etat, il faut le dire ». Et d’ajouter : « On ne peut plus avancer, l’armée doit prendre ses responsabilité ». « Il a dit l’armée, pas le RSP », a insisté Diendéré. A l’en croire, les hommes auraient alors réagi à cette déclaration de l’archevêque : « Si vous dites que c’est un coup d’Etat, allons-y, même si c’est vous Monseigneur Paul Ouédraogo qu’on va désigner président du Faso. »

 

« Qui est celui qui voulait porter Monseigneur Paul Ouédraogo à la tête de l’Etat?», a voulu savoir le président du tribunal. Une question qui a le mérite de provoquer une réaction d’hilarité dans l’assistance. « Je ne me rappelle plus », a répondu tout aussi amusé le général.

 

C’est sur cet « appel à l’armée » que les participants à la rencontre se sont séparés. «  Les médiateurs sont repartis au ministère de la Défense.  Je suis resté quelques minutes et honnêtement j’ai rédigé un document avec certains  points des revendications que j’ai remis à un sergent pour qu’il mette au propre. » « Qui était avec vous en ce moment ? », a questionné le magistrat. « J’étais seul et au secrétariat du bureau du chef de corps », a maintenu l’officier supérieur. « Quel était l’intitulé de ce document ? », a relancé le juge. « Je n’avais pas mis d’intitulé au départ », a informé l’illustre accusé qui a rejoint ensuite les médiateurs au département de la Défense. Lors de cette seconde rencontre avec les sages qui a eu lieu après 1h du matin, le prélat aurait réitéré ses propos sur la nécessité que l’armée assume le coup. « Quand il a dit ça, personne n’a réagi, contrairement à ce que dit les P.-V qui ont été fabriqués après », s’est offusqué l’époux de Fatou Diendéré. Selon le général, il a en ce moment proposé que l’ancien président JBO revienne aux affaires, toute chose que le médecin à décliner. Après ce refus, il s’est retourné vers le chef d’état-major général des armées, mais ce dernier c’est débiner, arguant selon le général deux étoiles, le fait qu’ « ils ne contrôlaient pas les éléments du RSP ». C’est ensuite que l’inspecteur général des armées à l’époque, l’actuel chef d’état-major général des armées, le général Oumarou Sadou, se serait exprimé : « Puisque que ce sont les éléments du RSP qui ont commencé, qu’ils continuent ». Ne voulant pas au départ porter le chapeau, Gilbert Diendéré  a affirmé avoir finalement cédé : « J’ai dit que s’ils ne voyaient pas d’inconvénient, moi je vais assumer mais tout ce que je leur demande c’est de m’accompagner pour qu’on aille de l’avant. Les gens ont dit qu’il n’y avait pas de problème. Il n’y a pas eu de réactions contraires. Monseigneur a alors dit que je pouvais faire ma déclaration ? ».

 

Le père assumé du putsch a raconté avoir fait amener la déclaration et demandé au colonel-major Kiéré de la lire à l’intention de la CRAD. De l’aveu même de Diendéré, Jean-Baptiste Ouédraogo a déclaré après avoir pris connaissance du contenu du document que « ce n’étais pas une déclaration mais une proclamation et qu’il ne manquait plus que la mention : les SG des ministères assurent désormais l’intérim ». « J’ai dit c’est bien, on va garder ça », a indiqué le haut gradé.

 

« Est-ce qu’on peut dire que Jean-Baptiste Ouédraogo était surpris ? » s’est enquis le président de la juridiction. Et l’accusé de répliquer : « Surpris, je ne sais pas. Peut-être qu’il ne s’attendait pas à ce document en ce moment précis » Selon le général la rencontre s’est achevée aux environs de 3h du matin dans une ambiance bon enfant et rien ne laissait penser que quelqu’un à la réunion s’opposait à « l’arrangement » trouvé.

 

Golf a relaté être reparti au camp pour finaliser le document. Il jure la main sur le cœur que « personne n’a apporté d’amendement à la déclaration ». « Je l’ai juste présentée quand j’ai fini aux officiers qui étaient là, dans le bureau du chef de corps », a-t-il confié. Qui étaient ces officiers ? A cette question, le grand échalas de la MACA a indiqué être incapable de citer de nom parce que, a t-il invoqué, « les gens entraient et sortaient ». « Le magistrat militaire Abdou Karim Traoré a-t-il amendé le document ? » « Non »,  a t-il répondu. « Avez-vous vu le journaliste Adama Ouédraogo Damiss au camp ? » « Je ne l’ai pas vu », a-t-il balayé. «  Et le bâtonnier Mamadou Traoré ? » « On s’est rencontré avant la réunion avec la délégation qui est venue au camp. Je l’ai vu rapidement et il est reparti », a-t-il assuré.

 

Lorsqu’il a été question de lire à la télé la déclaration de prise du pouvoir, c’est le lieutenant Zagré qui avait été proposé avant que selon le général, le capitaine Dao ne propose le nom du médecin lieutenant-colonel Bamba. Il n’y a pas trouvé d’objection surtout que Bamba n’était pas du RSP et que cela consolidait l’image que le coup d’Etat avait la bénédiction de toute l’armée. Pour le deuxième communiqué le proclamant président du CND, le général Gilbert Diendéré a indiqué l’avoir fait signer par le colonel-major Kiéré parce que notamment lui-même ne pouvait pas le faire, étant l’objet du communiqué.

 

 

 

« Il faut que ça marche sinon ce sera la honte de l’armée »

 

 

 

Le 17 septembre après la lecture des communiqués qui ont actés sa prise de pouvoir, le « nouvel homme fort du pays » s’est installé à la présidence dans les bureaux qu’ils occupaient autrefois quand il était chef d’état-major particulier de la présidence. A 14 h, il a tenu une rencontre avec la hiérarchie militaire pour leur faire le point de l’évolution de la situation depuis leurs échanges de la nuit.  C’est là comme l’avait rapporté le colonel-major Kiéré que le général le CEMAG, le général Zagré l’a annoncé à l’assistance comme le président du CND et lui a même cédé son siège. Au cours de cette réunion de hauts gradés, le chef d’état-major de la gendarmerie, le colonel Tuandaba Coulibaly, aurait évoqué le manque de moyens pour maintenir l’ordre et son souhait qu’une réquisition soit prise pour mettre en branle l’armée. Selon le général, le chef d’état-major de l’armée de terre, le colonel Raboyinga Kaboré  aurait ajouté également au cours de ce conseil : « Il faut que ça marche sinon ce sera la honte de l’armée ». « Ça n’a pas marché et le cul de l’armée est dehors », s’est gaussé l’accusé. Il a précisé avoir rencontré dans la même journée les ambassadeurs des Etats-Unis, de la France, de l’Union européenne  à l’hôtel Laïco et le groupe des Léonce Koné et Herman Yaméogo, venu s’enquérir de la situation à la présidence. Il a également instruit le colonel-major Kiéré d’envoyer une mission à la frontière togolaise pour récupérer le matériel de maintien de l’ordre. Pour l’autre mission qui s’est rendu le 19 à la frontière ivoirienne, il a maintenu ignorer qui avait transmis le colis pour Léonce Koné et Emile Kaboré (Ndlr : une valise d’argent). Il a défendu que toute ses sorties étaient officielle et que la hiérarchie militaire en était informées.

 

Le 18 septembre, il rencontré les chefs des corps paramilitaires et les SG des ministères qui à l’en croire ont tous répondu présent l’appel sauf celui du ministère  de la Santé, occupé avec la prise en charge des blessés  qui se faisaient déjà nombreux. A l’arrivée des chefs d’Etat de la CEDEAO dépêchés à Ouaga, le président du CND a affirmé avoir été traité comme un chef d’Etat avec tous les honneurs dus à son rang. Tous les officiels présents habituellement pour l’accueil des chefs d’Etat étaient là, a-t-il fait remarquer.

 

Le 19 septembre, l’homme mince a affirmé s’être rendu à 8h au rassemblement pour rappeler aux hommes la nécessité de rester en caserne et éviter les exactions en ville. Vers 18h, il est allé à Laïco où il  a rencontré « seul » les chefs d’Etat de la CEDEAO. « Je n’avais pas de délégation », a-t-il fait savoir, contredisant certains auditionnés du dossier qui avancent que le général  a présenté certaines personnes, comme le bâtonnier Mamadou Traoré, le colonel Omer Bationo, le magistrat Abdou Karim Traoré, comme faisant partie de sa délégation lors de ces rencontres.

 

« Doit-on conclure que jusqu’au 20 septembre vous étiez le seul membre du CND ? » a questionné Seidou Ouédraogo qui a eu droit a une réponse positive de l’accusé.

 

Lors de son tête-à-tête avec les présidents Macky Sall et Yayi Boni, les deux chefs d’Etat lui ont soumis un préaccord de sortie de crise, l’invitant à l’accepter. Il leur aurait fait part du fait qu’il n’avait pas d’objection à cet  arrangement qui prévoyait notamment la libération des otages, une garantie de sécurité pour le personnel du RSP et une amnistie pour les putschistes.

 

Le 20 septembre, le « père spirituel du RSP » a rencontré à nouveau Macky Sall pour discuter du préaccord qui devait être avalisé lors d’un sommet de la CEDEAO prévu le 22 septembre. Le président sénégalais et lui-même se sont entretenus avec les soldats du RSP pour les convaincre d’accepter cette sortie de crise. Un exercice que le général deux étoiles a répété le lendemain lors du rassemblement de la troupe. « Je crois avoir convaincu », a-t-il soutenu.

 

A cette date du 21 septembre, le colonel-major Kiéré selon ses dires est venu lui apporter un message du CEMGA qui l’invitait à « laisser tomber » et à remettre le pouvoir.  Le cerveau présumé du coup d’Etat,  a affirmé n’avoir pas marqué sa désapprobation et souhaité que la hiérarchie rédige une déclaration en ce sens. « Jean-Baptiste Ouédraogo, Alassane Moné, le colonel-major Kiéré et le CEMGA sont revenus avec une déclaration. J’ai  fait quelques amendements. Et j’ai lu le document devant la presse vers 11h-11h30 ». Dans cette déclaration, Diendéré, tout en déplorant les conséquences de son action, assurait vouloir remettre le pouvoir une fois que la CEDEAO en aura fixé les modalités à la rencontre du lendemain à Abuja au Nigéria. Mais des unités venues de provinces ne voulaient lui donner ce temps puisque dans l’après-midi elles ont commencé à faire route vers Ouagadougou. Fort heureusement le pire est évité, des négociations sont entamées par les différentes forces en présence.

 

Le 22 septembre 2015, les médiateurs de la CEDEAO se sont réunis à Abuja pour sur le compromis concocté par Macky Sall et Yayi Boni. Après cette rencontre, les médiateurs sont revenus le lendemain pour  rendre compte des résolutions prises. A l’aéroport les attendait toujours le général Diendéré. Parmi les propositions de la communauté régionale, la rétrocession illico presto du pouvoir au président Michel Kafando. La rencontre préparatoire de restitution du pouvoir s’est déroulée le 23 septembre dans la même salle des banquets de Ouaga 2000 ou se tient actuellement le procès du putsch manqué. « Ils n’ont même pas daigné m’appelé pour que j’y assister. Mais je n’ai pas bronché », a pesté « Golf », précisant que c’est à l’issue de ce conclave que les chefs d’Etat de la CEDEAO ont pris langue avec lui.

 

Cette journée passée, le 24 septembre, jour de la Tabaski, « après avoir remis le pouvoir », il  a relaté s’être retourné à son domicile d’où il n’a entrepris « aucune activité particulière. ».  Le lendemain, il s’être rendu  au camp Naaba Koom II pour rencontrer la troupe pour la dernière fois et leur dire que « notre aventure était terminée et qu’il fallait suivre les instructions données ».

 

Dans la soirée de la même journée, il apprit que le Conseil des ministres a dissous l’ancienne garde prétorienne.

 

S’agissant de son agenda du 26 septembre, « rien de particulier » à signaler. Le lendemain, alors qu’il était à son domicile, vers 15 heure une dizaine d’éléments du RSP y sont venus vérifier si les rumeurs annonçant sa fuite du pays étaient fondées. « Ils m’ont dit que les hommes sont inquiets car ils ont appris que j’ai fui le pays. Mais quand la dizaine d’éléments sont venus j’étais à la maison. Ils ont demandé ma venue au camp afin que les gens soient rassurés. Comme il n’y a avait pas de rassemblement ce jour-là, je leur ai dit que je viendrai le lendemain matin. Mais j’ai senti qu’ils étaient toujours inquiets (…) Je suis allé leur donner l’assurance que je serai toujours à leurs côtés quel que soit ce qui va arriver. Ils étaient un peu rassurés », a relaté Dienderé. Avant de les quitter, il raconte avoir une fois de plus insisté à ce qu’ils suivent les instructions données car la CEDEAO garantie leur sécurité.

 

Le 28 septembre, il « y avait un grand rassemblement » et « Golf » y est allé les rassurés encore que malgré la dissolution du corps, ils n’ont pas à se faire de cheveux blancs puisque les négociateurs ont donné leur parole. Convaincu, ils s’afféraient à rejoindre leurs nouvelles garnisons. Mais tout ne s’est pas passé pas comme prévue. Selon l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, une délégation du RSP qui était chez le Moogho Naaba, a soulevé à son retour, une inquiétude concernant des djihadistes qui convergeraient sur le Burkina Faso. « J’ai appelé le Moogho Naaba et je lui ai dit qu’une telle décision ne vient pas de moi. Je sais de quoi ils sont capables. Je ne vais jamais accepter que ces gens viennent ici. Je sais bien que s’ils rentrent, ça sera très difficile de les faire ressortir », a catégoriquement réfuté Gilbert Dienderé.

 

Le 29 septembre, vers 4 heures du matin il a été informé téléphoniquement de l’encerclement de la cour du Conseil de l’entente par des militaires autres que ceux du RSP. Il a  ralaté que les éléments qui y étaient ne comprenaient pas qu’on les traite de la sorte après qu’ils aient accepté le désarmement. Etant donné que le « commandement avait disparu » c’est Dienderé lui-même, selon sa narration, qui est allé aplanir les craintes. Cependant, comme il y avait une convergence de l’armée loyaliste vers Naaba Koom, le Général les a conseillé de rejoindre le camp 1178. Certains avaient besoin de sous pour s’y rendre.  Ainsi « ils m’ont suivi dans le bureau du chef de corps (NDLR : Boureima Kiéré). J’avais l’argent dans un sac que j’ai pris avec Kiéré et je leur ai remis. »

 

Dans la foulée, Seydou Ouédraogo a interrogé l’accusé sur la valeur de la somme qui était contenu dans le sac. « Il y avait 85 millions », a répondu le mis en cause qui a précisé avoir quitté la caserne juste après pour se mettre en lieu sûr. Quelques instants après, il a constaté leurs départs de la caserne. « J’ai eu un pincement au cœur. Il n’est pas normal qu’on abandonne ce lieu sans surveillance. Je mets ma main au feu que le chef d’état-major général des armées ne peut pas nous dire combien d’armes ont été enlevés. C’est peut-être avec ces armes que les djihadistes sont en train de nous taper », s’est-il offusqué. Selon le récit de l’accusé, c’est à l’issu du départ des hommes qu’il « a entendu des sifflements de roquettes » sur Naaba Koom II et il s’est dit que s’il y avait toujours des hommes c’est « foutu. »

 

De l’avis du mis en cause, le bombardement était « inutile » puisque d’après ses informations, l’équipage de l’avion qui a survolé le camp trois fois a fait le compte rendu comme quoi les lieux étaient vides de monde. Et ceux resté étaient à l’infirmerie. « Je connais bien l’avion et si les éléments étaient toujours en position, ça se saurait. Je ne sais même pas pourquoi cet avion n’est pas utiliser dans certaines situations que nous vivons aujourd’hui. Malheureusement j’ai appris qu’il est actuellement cloué au sol pour une histoire de 10 millions de FCFA », bronche-t-il.

 

Le Général a pointé à nouveau un doigt accusateur sur Yacouba Issac Zida qu’il accuse sans relâche d’être l’instigateur du raid. « Toutes ces instructions on sait de qui elles proviennent. C’est notre compagnon d’arme qui a insisté pour qu’on bombarde le camp. Il pensait que j’y étais et qu’il fallait tout faire pour m’éliminer. Heureusement je suis en vie », a t-il expliqué, se félicitant de devoir sa survie à son statut de commando. A peine ce dernier mot sorti de la bouche qu’une bonne partie de l’auditoire se mirent à l’applaudir avant d’être rappelés aussitôt à l’ordre. En plus le général en veut sérieusement à l’ex- Premier ministre de la Transition de s’être opposé au départ du pays de son épouse Fatoumata (selon ses dires, Zida estimait que sa femme était impliquée dans le putsch) malgré l’aval donné par Michel Kafando.

 

Après avoir déroulé son agenda jusqu’à son arrestation (lire aussi encadré), le président du tribunal lui a posé quelques questions. A l’interrogation consistant à savoir si au moment des faits il a  eu des échanges avec le général ivoirien Vagondo Diomandé, il  a répondu que c’est avec ce dernier qu’il a contacté pour le matériel de maintien d’ordre. Il a confié aussi avoir noué des contacts avec des officiers de l’armée togolaise pour bénéficier d’un matériel de même nature.

 

S’agissant de ses rapports avec le journaliste Damiss Ouédraogo, il a indiqué : « Je l’ai connu après le crash d’Air Algérie. C’est après juillet 2014. Il s’est présenté à moi comme étant le chef de desk politique de l’Observateur Paalga. Après il est venu me voir dans le cadre de son livre qu’il écrivait sur Blaise Compaoré. Comme j’étais proche de l’ancien président (pendant 21 ans, il a été le chef d’état-major particulier de la présidence) il m’a consulté sur certains points. J’ai profité lui demander quelques journaux. Il me les a apportés en début septembre. », a-t-il déroulé.

 

Avant que l’audience ne soit suspendue pour reprendre ce matin, le président du tribunal a appelé l’accusé Faisal Nanema à la barre pour lui annoncer que sa demande de mise en liberté provisoire a été accordée. Immense était donc sa joie.

 

 

 

San Evariste Barro

 

Hugues Richard Sama

 

Hadepté Da

 

 

 

Encadré 1

 

« Zida a pleuré à chaudes larmes »

 

 

 

Dans son livre autobiographique « Je sais qui je suis », l’ancien Premier ministre Isaac Zida raconte un épisode fort émouvant de sa détention pendant le coup d’Etat. Alors qu’il vient d’être transféré au camp Naaba, le chef des putschistes, le général Diendéré, lui aurait rendu visite. Les deux frères d’armes devenus ennemis jurés, se sont observés  selon Isaac Zida avant de tous deux fondent en larme. Hier à l’audition le général Diendéré a rapporté une autre version de l’histoire. Lors de cette visite, le « prisonnier » se serait mis à faire des confidences à son geôlier notamment le fait qu’il aurait donné des instruction au juge d’instruction François Yaméogo de ne pas s’intéresser à Diendéré dans le cadre du dossier Thomas Sankara, avant de s’effondrer. « Il a commencé à pleurer à chaudes larmes, j’ai eu pitié. Je l’ai laissé pleurer seul et je suis sorti », a raconté « Golf ».

 

 

 

H.R.S.

 

 

 

Encadré 2

 

« On a recruté un militaire radié pour me tuer »

 

 

 

Comme la veille, Golf n’a pas manqué de s’en prendre à sa cible préférée, l’ancien Premier ministre Zida. Selon celui qu’on dit qu’il avait en main les renseignements burkinabè, l’ancien chef du gouvernement aurait tenté de s’attacher les services de mercenaires angolais après avoir échoué à mettre aux pas le RSP et l’armée. Il aurait pour se faire planifier une mission dans l’ex-colonie portugaise, mission pour laquelle il a fait retirer du Trésor la somme de 100 millions de francs CFA. Le président Michel Kafando sans se douter des intentions de son Premier ministre a fait annuler selon Diendéré cette mission. Foi du cerveau présumé du putsch, l’actuel Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré qu’il a rencontré le 10 septembre 2015 lui aurait affirmé avoir été informé des intentions de Zida. « Il m’a dit qu’une mission  de deux personnes était allée en Angola et que les autorités angolaises ont appelé pour savoir si c’était une mission officielle ». Dans la même veine, l’accusé, a raconté que durant la Transition un militaire radié aurait été payé pour l’abattre.  Ce radié s’est confié à un chef traditionnel de Ouaga qui  lui en a parlé. « J’ai rencontré le militaire. Il m’a dit qu’il a reçu de l’argent et qu’il avait payé une moto ». Quand le juge a voulu connaître l’identité du potentiel sicaire, l’ex-chef d’état-major particulier a indiqué qu’il a quitté le pays.

 

 

 

H.R.S.

 

 

 

Encadré 3

 

Dienderé raconte son arrestation

 

 

 

Constatant que l’étau se resserrait dangereusement sur lui, l’auteur présumé du coup d’Etat a trouvé refuge à la nonciature. Il y a reçu la visite de Jean-Baptiste Ouédraogo accompagné du cardinal Philipe Ouédraogo et de l’ambassadeur américain Tulinabo Mushingi. Ils ont été envoyés par Michel Kafando pour lui dire de quitter le Pays. Deux destinations, dit­­-il, ont été proposées. Refus catégorique de Dienderé qui souhaite que ce soit sa famille seulement qui soit mise hors du pays. Les missionnaires sont reparties. Le 1er octobre, ils sont revenus annoncé au « refugié » qu’il doit quitter immédiatement la nonciature en destination de la gendarmerie de Paspanga ou une cellule l’attendait. « J’ai demandé de m’accorder deux jours, le temps que la situation se calme. Ils sont allés inspecter ma cellule et sont revenus me dire qu’en plus de la mienne, ils ont vu celle de mon épouse. Moi, oui. Mais qu’est-ce que mon épouse a à voir là-bas ?», c’est questionné l’homme mince.

 

Il développe que les émissaires étaient venus accompagner d’hommes armés. Toutefois, avant de quitter les lieux, il a demandé à monter prendre ses affaires. Arrivé dans la chambre, il a profité appeler des proches et des négociateurs de la CEDEAO pour leur faire part de la nouvelle situation. Constatant qu’il « durait », un lieutenant est allé au seuil de sa porte. « Armé jusqu’aux dents », il a toqué et lorsque l’occupant a ouvert la porte, l’ordre lui est donné de sortir dans « dix minutes ». « Ma tension est montée. Je lui ai dit qu’ils n’ont pas le droit de venir m’arrêter ici. J’ai ensuite claqué la porte. », a-t-il expliqué nerveusement. Quelques minutes après que le lieutenant soit descendu, « toute l’équipe » est venue lui intimer l’ordre de quitter les lieux car « des éléments du Balai citoyen voulaient brûler la nonciature. J’ai vu que le nonce avec qui je priais et partageais la nourriture était désemparé. J’ai donc décidé de sortir. Le lieutenant m’a saisi par la main et je suis allé directement dans ma cellule à Paspanga ».

 

 

 

H.D.

 

 

 

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