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Mort de manifestants au Togo : Qui a tiré la chevrotine sur «le gibier» de Sokodé ?

Mort de manifestants au Togo : Qui a tiré la chevrotine sur «le gibier» de Sokodé ?

 

Après Lomé ce week-end, Sokodé. Même manifestations, même nombre de morts. Le 8 décembre, dès le premier jour de la contre-campagne de l’opposition qui rejette les législatives du 20 décembre prochain, deux manifestants dont un mineur de 17 ans étaient tombés dans une capitale en état de siège et littéralement quadrillée par des policiers, gendarmes et militaires à grands renforts de blindés légers.

 

 

Pour sa défense, le pouvoir, vers lequel tous ses contempteurs pointaient naturellement un doigt accusateur, disait que le forfait avait été commis par des individus circulant dans un véhicule non immatriculé. On ne sait si la voiture et ses occupants, activement recherchés, ont été finalement retrouvés.

 

Les choses auraient pu en rester là. Mais voilà que, deux jours après à Sokodé dans le nord du pays, c’est de la chevrotine qui aurait été utilisée pour faire des victimes dans le sillage d’une autre manifestation de l’opposition. Ce serait donc, à en croire le ministre de la Sécurité, la faute à des individus qui utilisent ce type de munitions, sans doute des chasseurs égarés, à moins que ce ne soit les sicaires du régime qui transforment en gibier les contestataires, qui apparaissent à leurs yeux comme de vulgaires lapins de garenne sur lesquels on peut tirer impunément.

 

Alors, véhicule banalisé ou pas, chevrotine ou non, un fait est au moins incontestable, la tension n’est pas près de retomber avec cette mare de sang qui grossit à la moindre manifestation, raidissant davantage l’opposition selon qui les conditions ne sont pas réunies pour aller aux urnes.

 

Il faut reconnaître que cette marche forcée du pouvoir vers les élections du 20 décembre prochain sonne comme une fuite en avant et ne va certainement pas résoudre les problèmes politiques et institutionnels dans lesquels le Togo est englué depuis un peu plus d’une année maintenant. En effet, à quoi sert d’organiser un scrutin alors même que les réformes politiques et institutionnelles qui devaient le précéder continuent de diviser la classe politique, incapable de trouver le plus petit dénominateur commun afin d’éviter que le pays sombre définitivement dans une crise comparable à celle du début des années 90 ?

 

Principale pomme de discorde, la rétroactivité ou non de la limitation du nombre de mandats présidentiels, la question étant de savoir si, avec la nouvelle mouture en chantier, le président Faure Gnassingbé, qui aura déjà passé 15 ans au pouvoir, pourra se présenter à la fin de son actuel mandat, en 2020.

 

En filigrane, c’est donc l’avenir de la dynastie Gnassingbé qui se joue, elle qui est aux affaires depuis plus d’un demi- siècle et n’entend pas lâcher prise de sitôt. Autant dire que les cadavres pourraient continuer de s’entasser et le régime d’organiser des élections alibi ou formalités… le problème, lui, restera entier.

 

 

H. Marie Ouédraogo

Dernière modification lemercredi, 12 décembre 2018 20:06

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