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Sanmatenga : De l’urgence à prendre le taureau par les cornes

Sanmatenga  : De l’urgence à prendre le taureau par les cornes

 

On aurait tant aimé que  les prévisions  apocalyptiques  de notre Edito de fin d’année soient  démenties. En affirmant que la situation sécuritaire du pays allait de mal en pis et que, malheureusement, rien n’indiquait que 2019 ne serait pas pire que 2018, on caressait quelque part le secret espoir qu’il n’en sera rien.

 

 

Hélas ! Mille fois hélas on avait à peine enterré, sous haute tension, les dix gendarmes tués dans une embuscade le jeudi 27 décembre 2018  à Toéni dans le Sourou que  le sang coulait de nouveau  à flots, cette fois  à  Yirgou dans le Sanmatenga.

 

Selon les explications officielles fournies sur la RTB par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Siméon Sawadogo, tout serait parti de l’exécution par de présumés terroristes du chef du village et conseiller municipal de la localité ainsi que de six autres  personnes dont des membres de sa famille. Les assaillants auraient alors été pris en chasse par les Koglwéogo jusqu’aux confins de Tongomayel, dit-on, sans parvenir à leur mettre la main dessus. Revenus bredouilles de leur battue, les « justiciers de la brousse » auraient ensuite organisé des expéditions punitives contre les campements peulhs, faisant une dizaine de victimes, beaucoup plus selon certaines sources. L’arrivée tardive, pour des raisons qu’on ignore,  des Forces de défense et de sécurité aurait sans doute contribué à alourdir le bilan qui restait encore provisoire.

 

En attendant que tous les détails sur ce mardi noir à Yirgou soient connus, on ne peut que regretter et condamner ces mesures de représailles des fameux groupes d’autodéfense qui outrepassent depuis leurs domaines de compétences pour se substituer à la puissance publique qui leur a, il est vrai, déroulé le tapis rouge dès le début de leur aventure, tant et si bien qu’ils ont osé, par moments, bravé la république.

 

Car quand bien même les «individus armés non identifiés» de ce 1er janvier 2019 auraient été des Peulhs et qu’ils aient été hébergés par des Peulhs, faut-il tenir toute la communauté pour responsable des égarements de quelques brebis galeuses comme il en existe partout ? On a beau dire qu’un seul âne a consommé la farine et les gueules de tous les autres s’en trouvent ipso facto blanchies, ce n’est pas pour autant qu’on extermine tout le cheptel.

 

Ce qui vient de se passer est gravissime pour notre vivre-ensemble parce que ça touche une ethnie qui s’est toujours sentie stigmatisée et ostracisée, et la tragédie de l’autre jour conforte forcément ce sentiment sur lequel certains, pour diverses raisons, n’hésiteront pas à surfer. Déjà que nous nous battons, sans résultats tangibles, contre une hydre tentaculaire faussement drapée du voile islamique, si des conflits intercommunautaires latents devaient s’y greffer comme au centre du Mali voisin, nous courrions à coup sûr à notre perte et c’est peut-être précisément dans ce piège sans fin que les officines diaboliques veulent nous faire tomber.

 

On n’est plus dans le registre de la difficile cohabitation agriculteurs/éleveurs comme il peut en exister entre pasteurs nomades et cultivateurs sédentaires, et si ça devait péter, tout le monde en pâtirait, aussi bien les «gibiers» que les «chasseurs» puisque dans cette chasse à courre humaine, le traqueur peut facilement devenir la proie si ça dégénère. Pour reprendre une expression galvaudée, «on sait toujours quand ça commence, mais jamais quand ça va se terminer».

 

Ces inconscients de koglwéogos irréfléchis ont-ils seulement pensé à cela avant d’agir ? Sachons donc, chacun à son niveau si petit soit-il, raison garder malgré les bleus à l’âme que nos frères Peulhs peuvent  légitimement  avoir. Les relations, par alliance notamment, entre les différentes nationalités de cette nation en construction sont si imbriquées que les répercussions d’une déflagration générale seraient cataclysmiques.

 

Jusque-là en effet l’interpénétration et la tolérance ethno-religieuses, aidées notamment par la parenté à plaisanterie, avaient constitué de solides remparts contre les extrémismes. Si ces deux digues devaient céder l’une à la suite de l’autre, qu’on soit Peulh, Mossi, Bwaba ou Samo,  c’est toute la nation qui se noierait.        

 

Il importe cependant que l’Etat prenne la juste mesure de ce danger supplémentaire et le taureau par les cornes avant qu’il ne devienne définitivement incontrôlable à force de faire la politique de l’autruche. Cela passe d’abord, sous réserve d’autres actions d’envergure, par l’impératif de justice, car ces crimes, des meurtres de sang froid pour ne pas dire des assassinats ciblés, ne doivent pas rester impunis. Koglwéogo  ou pas, nul n’a le droit de se rendre justice lui-même quel que soit ce qu’on peut reprocher aux FDS et à l’institution judiciaire. Chacun devra donc répondre de ses actes pour qu’aucun de nos compatriotes ne se sente un laisser-pour compte de la république.

 

Si on peut poursuivre pour meurtres des putschistes qui n’ont pas toujours appuyé sur la gâchette même si leur aventure a contribué à semer la mort, il n’y a aucune raison d’épargner ceux qui viennent de liquider leurs concitoyens sous couvert de la lutte contre le terrorisme au risque d’entraîner le pays dans l’abîme.

 

 

 

Ousséni Ilboudo

 

Dernière modification ledimanche, 06 janvier 2019 17:02

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