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Colonel-major Raboyinga Kaboré : « Nous avons félicité les hommes qui ralliaient Ouaga »

Les troupes loyalistes ralliant Ouagadougou Les troupes loyalistes ralliant Ouagadougou

Le colonel-major Léonard Gambo, directeur de la Coopération militaire au moment du coup d’Etat manqué, et le colonel-major Raboyinga Kaboré, ancien chef d’état-major de l’armée de terre, étaient à la barre du tribunal militaire le mardi 19 février 2019. Pour montrer que la hiérarchie militaire n’a pas soutenu le général Diendéré, l’ancien chef de l’armée de terre a dit avoir conduit deux missions (axe Ouaga-Fada et axe Ouaga-Kaya), où il est allé encourager les troupes loyalistes qui ralliaient Ouagadougou pour s’opposer à l’action du Régiment de sécurité présidentielle (RSP).

 

 

L’audition du colonel-major Léonard Gambo, directeur de la coopération militaire au moment des faits, s’est poursuivie avec les questions et les observations du parquet. Lorsque le général Diendéré a été appelé à la barre, lui qui réclame l’inculpation de la hiérarchie militaire, le ministère public lui a demandé ce qu’il reproche au colonel-major. 

« Quel acte grave le colonel-major a posé et qui aurait mérité son inculpation ? », a demandé le parquetier. « Je ne parle pas des individus. Il y a eu une réunion à laquelle des gens ont assisté. Je considère que toutes les personnes qui ont pris part à cette rencontre sont à inculper », a répondu le général Diendéré.

Le parquet a insisté pour savoir ce que le colonel-major Léonard Gambo a fait. Mais le général restera sur sa position, car, a-t-il affirmé, il ne lui revient pas de dire ce que telle ou telle personne a fait, ce rôle, a-t-il poursuivi, est dévolu au juge d’instruction. Une posture qui met mal à l’aise le parquet. « Vous avez une posture qui me pose des problèmes du point de vue de la logique juridique. Vous citez des personnes et vous êtes incapables de dire ce qu’elles ont fait. Je suis convaincu qu’au moment où vous faisiez ces déclarations, vous n’étiez pas sûr que la hiérarchie militaire serait un jour ici. Aujourd’hui, elle est là et vous êtes taiseux ».

Un point de vue que ne partage pas le père spirituel de l’ex-RSP, parce que, a-t-il dit, c’est lui qui a demandé la confrontation avec la hiérarchie militaire. « J’ai même dit au juge d’instruction en son temps que si la confrontation ne se fait pas dans son bureau, elle se fera au tribunal ».

Le parquet a poursuivi en demandant au général s’il a entendu quelqu’un dire oui au coup d’Etat au cours de la réunion du 16 septembre avec la hiérarchie militaire. « Ce n’était pas l’objet de la rencontre. Il ne s’agissait donc pas de dire oui ou non », a répondu l’accusé.

Pour voir en quoi le témoin, le colonel-major Léonard Gambo, peut être qualifié de complice dans le coup de force de septembre 2015, Me Ali Neya, avocat de la partie civile, lui a posé une série de questions.  « Pourquoi vous êtes allé à la réunion ? », « Etait-il habilité à vous envoyer là-bas ? » « Avez-vous amendé le document lu ? » Comme réponses aux deux premières questions, le témoin a dit avoir été à la réunion parce que son chef l’a instruit d’y aller. A la dernière question, il a répondu : « Négatif ».

Dans son mot de fin, le colonel-major a déploré « le sale » chapitre que traverse l’armée burkinabè. Pour lui, le moment ne s’y prête pas, eu égard à la menace terroriste.  « C’est vraiment dommage, ce que notre armée a vécu. Dans le contexte actuel, nous avons besoin d’une armée forte, capable de relever le défi du terrorisme. Si l’armée n’est pas forte, nous allons signer des accords qui vont nous coûter cher un jour. Nous serons chez nous avec le sentiment que nous vivons à l’étranger ».

 

Le colonel-major Raboyinga Kaboré à la barre

 

Après lui, c’est le colonel-major Raboyinga Kaboré, chef d’état-major de l’armée de terre, qui a été appelé à la barre comme témoin. De sa relation des faits, il ressort que le 16 septembre 2015 il était à une réunion de l’Union sportive des forces armées (USFA) à l’état-major de l’armée. C’est de là-bas qu’il a appris que le président de la Transition, Michel Kafando, son Premier ministre, Yacouba Isaac Zida, et des ministres avaient été pris en otage.

Le chef d’état-major général de l’armée, qui était avec eux ce jour-là, les a instruits de rejoindre leurs postes. « Quand j’ai rejoint mon poste, j’ai appelé mon chef. Par la suite, nous avons été informés d’une réunion de la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD). Je n’étais pas à la réunion du 16 septembre, mais j’appelais pour avoir les grandes lignes », a-t-il relaté.

Des informations que le colonel-major Raboyinga recevait à distance, il est ressorti, entre-temps, qu’il s’agissait d’un coup d’Etat et que la hiérarchie s’y opposait, raison pour laquelle la réunion tirait en longueur.

Mais le témoin prendra part à la réunion du 17 septembre 2015. Pour rallier le lieu de la rencontre, son chemin était parsemé d’embûches. « Je suis arrivé en retard à la réunion à cause des barricades qu’il y avait partout en ville », a-t-il précisé avant de faire savoir qu’à cette réunion, le général Diendéré était catégorique, il voulait que la hiérarchie militaire l’accompagne. « Prenant la parole, j’ai fait part à l’assistance du calvaire que j’ai vécu sur la route, afin de pouvoir prendre part à la réunion. J’ai fait savoir que la population subissait les exactions des soldats du RSP ».

Toujours dans sa relation des faits, le chef d’état-major de l’armée de terre pendant les évènements a dévoilé le rôle qu’il a joué quand les forces loyalistes descendaient vers Ouagadougou. « J’ai été instruit par le chef d’état-major général des armées d’aller sur l’axe Ouaga-Fada ». Devant la troupe, le colonel-major a dit aux hommes que le commandement ne s’opposait pas à leur mouvement. Mieux, il les félicite pour leur action.  Efficace sur le premier front, le colonel part sur un autre : l’axe Ouaga-Kaya. C’était le même message qu’il a porté aux soldats prêts à en découdre avec le RSP. Les missions du colonel ne s’arrêtaient pas là. Il a signifié avoir été aussi à l’aéroport pour l’accueil des chefs d’Etat de la CEDEAO.

 

« Le commandant Korogo a été coopératif »

 

Dans le cadre du désarmement du RSP, le colonel a également joué un rôle. « Je suis allé faire comprendre aux soldats du RSP qu’il fallait le désarmement pour sortir de la crise ».  Un message, à l’écouter, qui passait mal, car les hommes de l’ancienne garde prétorienne voulaient savoir quel serait leur sort après cette opération. « Je leur ai dit de faire confiance à la hiérarchie ».

A l’époque, les soldats lui ont expliqué leur refus du désarmement : « Ils m’ont dit qu’après tout ce qu’ils ont fait pour le pays, c’est comme cela que la population les remercie. Ils s’offusquaient de voir des messages choquants sur les réseaux sociaux ».

Cette opposition des soldats avait amené la hiérarchie militaire à utiliser la force. L’attaque du camp Naaba Koom, selon le colonel, s’est faite en deux étapes : « C’est après les tirs de l’artillerie que les éléments sont intervenus ». La consigne à l’époque était claire : ne pas tirer sur les hommes s’il n’y a pas d’opposition et éviter la casse. « Quand le premier coup est parti, nous avons vu les éléments du RSP qui sortaient. Certains étaient sur des tricycles. Les hommes ont fait le ratissage toute la nuit pour s’assurer qu’il n’y aurait pas d’erreur dans le bilan qu’ils allaient livrer. C’est suite à cette précaution prise qu’un bilan de zéro mort a été communiqué à la hiérarchie. Nous avons alors organisé une visite de constatation au camp. Après cela, il y a eu une cérémonie au cours de laquelle nous avons présenté les armes à la presse », a narré l’ancien chef d’état-major de l’armée de terre.

Le colonel-major a souligné que la mission de désarmement a été facilitée par l’ancien chef de corps par intérim du RSP, le commandant Abdoul Aziz Korogo. Pour lui, le commandant a eu le sens du discernement. « Le chef de corps a été très coopératif. Il est allé dans le sens du commandement. Par contre, certains soldats sont restés de marbre malgré nos messages pour les amener à rallier la cause de la République », a-t-il indiqué.

Le général Diendéré, le colonel Kiéré, le commandant Korogo et les capitaines Dao et Zoumbri ont été appelés à la barre pour réagir suite à la déposition du colonel-major Raboyinga Kaboré. Seul le général Gilbert Diendéré avait quelque chose à dire. « Golf » a réfuté l’affirmation selon laquelle la mission sur les axes Ouaga-Fada et Ouaga-Kaya était destinée à encourager les hommes. « Cette mission, c’était pour dissuader les hommes et non pour les encourager comme l’a dit le colonel », a rectifié le général, avant de rappeler au tribunal une phrase qu’avait lancée le témoin. « Il faut tout faire pour que l’action réussisse, sinon le contraire serait la honte de toute l’armée ».

L’audience se poursuit ce mercredi à 9h dans la salle des banquets de Ouaga 2000.

 

San Evariste Barro

Akodia Ezékiel Ada

 

Encadré

« A chacun sa vérité »

 

Le général Gilbert Diendéré, lors de son audition, n’a cessé de dire qu’il a été soutenu par la hiérarchie militaire. Une position qu’il maintient. Il avait même fait cette déclaration au cours d’une audition : « Si vous ne reprochez rien à la hiérarchie militaire, il faut laisser les petits soldats qui sont dans le box des accusés. Je suis prêt à faire 100 ans à la MACA, seul s’il le faut ».

Les déclarations des chefs militaires, qui passent depuis quelques jours à la barre comme témoins, laissent croire au parquet que le général n’a pas été soutenu par la hiérarchie.

Une conviction que ne partagent pas les avocats de la défense. Pour Me Latif Dabo, la vérité ne réside pas dans la concordance des témoignages. « Un mensonge planifié peut être cohérent ». Son confrère Me Olivier Yelkouni ne dit pas le contraire. « Chacun aura sa vérité dans ce procès. Il y aura celle du tribunal, celle du parquet, celle des avocats des parties civiles, celle de la défense, et comme le procès est ouvert, celle de la presse ».

 

A.E.A.

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