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Afflux de déplacés à Pensa : «Si des mesures urgentes ne sont pas prises …» (Souleymane Zabré, maire de Pensa)

Afflux de déplacés à Pensa : «Si des mesures urgentes ne sont pas prises …» (Souleymane Zabré, maire de Pensa)

Partageant les mêmes frontières avec les communes d’Arbinda dans la région du Sahel, de Barsalogho, de Pissila et de Bouroum dans la région du Centre-Nord,  Pensa n’a pas été épargnée par les évènements dramatiques de Yirgou et l’insécurité dans le Soum. De nos jours, plus de 10 000 déplacés internes ont trouvé refuge dans le centre-ville de cette commune rurale de la province du Sanmatenga. Dans l’entretien qu’il nous a accordé le vendredi 3 mai 2019 à l’issue d’une cérémonie de remise de don de vivres au Comité départemental de secours d’urgence et de réhabilitation (CODESUR) par l’association humanitaire Morija , le maire Souleymane Zabré (Ndlr : Naaba Kougri de Doro)  prévient que si des mesures urgentes ne sont pas prises par le gouvernement, Pensa connaîtra dans les jours à venir des crises sécuritaires et humanitaires.

 

 

Qu’est ce qui explique cet afflux des populations déplacées dans le chef-lieu de la commune de Pensa ?

 

Avant tout propos, permettez-moi de remercier votre journal et l’ensemble des médias pour leurs multiples actions qui permettent d’informer et de sensibiliser les populations dans ce contexte d’insécurité et de menace de la paix sociale. Notre commune n’a pas été épargnée par la crise de Yirgou et ses environs survenue en début janvier. Selon les données du CODESUR, Pensa a accueilli 1958 déplacés internes venus de la commune voisine de Barsalogho. Avec la recrudescence des attaques terroristes et du conflit intercommunautaire dans la commune d’Arbinda, Pensa a enregistré depuis le 14 avril un afflux des populations venues de plusieurs villages dont Madou,  Gasseliki, Sikiré, Liki, Djika, Belgou, Irakoulga, Zaki, Gorèle et Piloti. Avec l’attaque terroriste perpétrée le 28 avril à Bollé de Barsalogho et à Nama de Pensa qui a fait 6 morts, des habitants de villages frontaliers de notre commune avec Arbinda tels que Moyaba,Wapassi, Zinibeogo et Raogo se sont réfugiés au centre-ville. A la date du 3 mai, les agents du CONASUR qui avaient été déployés à Pensa depuis les évènements de Yirgou, ont, avec l’appui du CODESUR présidé par le préfet, Xavier Bako, recensé 10 209 nouveaux déplacés qui ne sont pas accueillis dans des familles.

 

Des mesures ont-elles été prises pour venir en aide à ces milliers de déplacés internes ?

 

Le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille, à travers sa première responsable et ses démembrements au niveau du Centre-Nord, s’est pleinement investi aux côtés du CODESUR pour  soutenir les déplacés. Mais nous constatons que l’aide est largement insuffisante en raison du nombre élevé des déplacés. Par exemple, le CODESUR a reçu une trentaine de tentes qui ne peuvent abriter qu’environ 700 personnes. La majorité des déplacés, constituée de femmes et d’enfants, vivent et dorment à l’air libre. Les responsables de l’association humanitaire Morija qui nous ont apporté des vivres ont même été très touchés par la situation de détresse de ces déplacés internes.

 

Avez-vous un appel à lancer au gouvernement et à ses partenaires ?

 

Nous invitons le gouvernement à prendre des mesures urgentes dans les domaines sécuritaire, humanitaire et sanitaire pour éviter que notre commune connaisse la même situation qu’Arbinda. Nous souhaitons que les autorités nationales et régionales effectuent le déplacement à Pensa pour constater de visu l’ampleur de la situation d’insécurité et de crise humanitaire. Des cas de rougeole ont même été détectés parmi les déplacés par nos services sanitaires. Dans le domaine de l’éducation, on dénombrait au début 07 écoles primaires fermées. Mais cette semaine, tous les enseignants du primaire, du postprimaire et du secondaire ont décidé de fermer les classes en raison de l’insécurité. Avec le démarrage prochain de la saison agricole, nous craignons des conflits communautaires en raison de la présence parmi les déplacés de nombreux éleveurs avec leur cheptel. Nous disposons d’une brigade de gendarmerie qui, il faut le reconnaître, ne peut pas à elle seule assurer la sécurité des populations, des déplacés et de la zone frontalière avec Arbinda. Il y a aussi des risques de famine dans notre commune parce qu’il sera très difficile pour nos populations, dont la majorité pratique l’agriculture, de vaquer librement à leurs occupations sans la sécurité. Nous lançons un appel à la solidarité aux forces vives et aux partenaires du Centre-Nord afin de soutenir les populations déplacées.

               Entretien réalisé par D.D. Windpouyré Ouédraogo 

Dernière modification lelundi, 06 mai 2019 23:18

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