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Exactions contre des civils au Sahel: Des dérives qui alimentent le terrorisme

Exactions contre des civils au Sahel: Des dérives qui alimentent le terrorisme

Y a-t-il une recrudescence des exécutions sommaires ou des disparitions forcées au Mali, au Niger et au Burkina Faso, notamment depuis le sommet de Pau en janvier 2020 ?

Oui, si l’on en croit un récent rapport d’Amnesty international, qui recense pas moins de 199 personnes victimes des forces de défense et de sécurité entre février et avril 2020. Et pourquoi depuis la dernière rencontre entre le président français, Emmanuel Macron, et ses homologues du G5-Sahel ? Parce que, selon Ousmane Diallo, chercheur à Amnesty International, « il y a certainement une pression politique auprès des armées, et cela se traduit naturellement par un relâchement de leurs méthodes opératoires, notamment en ce qui concerne le respect du droit humain et du droit international humanitaire ». Toujours selon les auteurs du document, les chiffres seraient même sous-évalués.

Ce n’est hélas pas la première fois que de telles graves accusations sont formulées à l’encontre des forces armées nationales des trois pays incriminés :  rien qu’en avril dernier, la division des droits de l’homme de la Minusma accusait les militaires maliens et nigériens d’exactions contre des civils. Pas plus tard que vendredi dernier, c’est l’association Tabital Pulaaku qui accusait les FAMA d’avoir perpétré des exactions au centre du Mali en incendiant un village peul et en tuant 29 de ses habitants même si, pour les autorités de Bamako, les auteurs du massacre n’ont pas été clairement identifiés. Il est vrai que dans cette région, en plus des forces régulières, il y a des milices locales qui s’entre-déchirent. Alors le coup aurait pu venir de n’importe où et même des groupes terroristes qui, par perfidie, peuvent cibler une communauté, sachant que c’est l’Etat et ses bras séculiers qui seront automatiquement indexés, nourrissant ainsi des ressentiments qui à leur tour constitueront un terreau pour le terrorisme.

Pour autant, il ne faudrait pas absoudre les FDS à bon compte : au Burkina, une douzaine de présumés terroristes appartenant à la communauté peul, interpellés par la gendarmerie de Tanwalbougou dans l’Est du pays, sont morts dans des circonstances non encore élucidées. Il faut souhaiter que les enquêtes administrative et judiciaire qui ont été ouvertes permettent d’élucider le mystère, de situer les responsabilités pour que la  loi soit d’appliquée dans toute sa rigueur.

Une chose est sûre, ces accusations récurrentes, si elles sont avérées, non seulement discréditent et ternissent l’image de nos armées, qui doivent lutter contre l’hydre sans pour autant y perdre leur âme, mais en plus elles sont contre-productives, surtout quand elles sont dirigées contre une communauté dont les membres, dans le meilleur des cas, ne vont pas collaborer avec les FDS et, dans le pire des cas, peuvent passer à l’ennemi pour venger leurs proches.

Pour tout dire, ces dérives alimentent le terrorisme, et c’est ce dont les FDS ont le moins besoin particulièrement en ce moment.

 

 

H. Marie Ouédraogo

 

Dernière modification levendredi, 12 juin 2020 20:53

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