Logo
Imprimer cette page

Situation sécuritaire au Nord : «Si la mobilisation se poursuit, le pays sera étroit pour nos ennemis» (Lieutenant-colonel Mohamed Zoungrana)

Situation sécuritaire au Nord : «Si la mobilisation se poursuit, le pays sera étroit pour nos ennemis» (Lieutenant-colonel Mohamed Zoungrana)

 

Après Fada N'Gourma, chef-lieu de la région de l'Est, la délégation de l'Assemblée nationale, conduite par son président, Alassane Bala Sakandé, a eu deux jours de travail avec les maires, conseillers, députés, FDS, jeunes, anciens, femmes, religieux et coutumiers de la région du Nord  les 12 et 13 juin à Ouahigouya. Dans la cité de Naaba Kango, il a été question de la situation sécuritaire, de la prise en charge des Personnes déplacés internes (PDI) et de l'enrôlement effectué par la CENI. Ces concertations ont accouché d'une série de recommandations et ont été aussi marquées par le geste de solidarité du Parlement, qui a remis 100 tonnes de vivres aux PDI.

 

 

 

 

 

 

Les échanges entre participants se sont articulés autour des thèmes suivants :

 

- "Les efforts du gouvernement dans la prise en charge des personnes déplacées internes", animé par Konsi Léonard Savadogo, directeur régional en charge de l’Action humanitaire de la région du Nord

 

- "La contribution de la VIIe législature à la lutte contre le terrorisme", disséqué  par les députés Maxim Koné et Halidou Sanfo ;

 

- "Etat de mise en œuvre de la loi portant institution de volontaires pour la défense de la patrie dans le secteur ouest du GFSN", animé par le capitaine Aboubacar Coulibaly  du Centre des opérations du secteur ouest du Groupement des forces pour la sécurisation du Nord et

"Elections du 22 novembre et contexte d’insécurité : quelle option pour la CENI ?" développé par Delphine Barry/Traoré de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

 

Dans sa communication, Konsi Léonard Savadogo a relevé que la région du Nord fait partie des régions les plus touchées, avec un taux de 7,8% des Personnes déplacées internes (PDI) que compte le pays. En effet, on y enregistre 71 784 PDI réparties entre le Lorum avec 32 527, le Passoré, 645, le Yatenga, 38 122 et le Zondoma, 490 déplacés. Quant au nombre d'établissements scolaires fermés, il s'élève à 318. Malgré des efforts de prise en charge des déplacés, les participants ont fait, entre autres, ressortir des préoccupations liées aux  actions entreprises en matière de soutien psychologique afin de venir en aide aux femmes victimes de violences (viols…) sur les sites des déplacés, à la non-conformité des données statistiques sur les personnes déplacées internes du ministère de l’Action sociale avec celles de certaines communes, à  la paupérisation des familles d’accueil et à  la psychose créée dans certaines localités par le départ des FDS au terme de leur mission.

 

La vice-présidente de la CENI, pour sa part, a dressé le tableau de  la situation des enrôlements  dans la région : ainsi, on note que 41 097 potentiels citoyens ne sont pas enrôlés dans la région du Nord du fait de l’insécurité sur un total de 828 349 personnes non enrôlées sur le plan national. Les provinces du Lorum et du Yatenga sont les plus touchées par cette situation.  Les participants ont mis l’accent sur le manque de coordination entre l’ONI et la CENI dans la délivrance des cartes nationales d’identité et les opérations d’enrôlement, les difficultés liées au vote des personnes déplacées internes, la mise en œuvre du caractère universel des suffrages dans un contexte de menace terroriste et le sentiment d’abandon éprouvé par certaines populations du fait de leur non-enrôlement sur les listes électorales.

 

 

 

900 volontaires au front section ouest

 

 

 

La communication la plus attendue a été celle de l'armée. Le  capitaine Aboubacar Coulibali du Centre des opérations du secteur Ouest du Groupement des forces pour la sécurisation du Nord s'en est occupé. Que peut-on en retenir ?

 

L'officier a d'emblée relevé que leur  zone de responsabilité  est de 25 000 km2 et que la mise en place des VDP est sous la responsabilité du  comité de coordination et d'encadrement des volontaires, composé exclusivement de militaires du 12e régiment d'infanterie commando. Cette structure s'appuie sur les points focaux qui recensent de façon participative les  volontaires par village. L'ensemble des VDP dans une commune correspond à une section composée de deux ou trois groupes en fonction de la taille de la collectivité. Chaque section a un responsable qui est une interface entre ce groupe et le détachement ou le comité de coordination et d'encadrement basé à Ouahigouya. Pour l'instant, 9 communes ont des  VDP: Titao,  Solé, Ouindigui,  Tangaye, Bahn, Koumbri, Kain, Thiou  et  Boussou.  

 

La formation se déroule au centre de formation à Thiou avec les modules suivants : manipulation des armes à feu, secourisme et actes élémentaire de combat. A la fin de chaque formation, sont délivrées des attestations. Au secteur ouest, il y a eu l'enrôlement de 916 volontaires dont 29 ont perdu  la vie au cours des différentes opérations. A terme, on atteindra 2 700 volontaires ce qui fait qu'il en reste 1 784 à recruter. Le capitaine a relevé comme goulots d'étranglement : la défaillance des réseaux de communication dans certaines communes ; l'absence au sein de l'armée de moyens spécifiquement liés à la formation et à l'équipement des VDP (manque de carburant et de motos...), l'absence de prise en charge sanitaire des VDP. "Malgré les difficultés, la mise en place des volontaires est progressive dans notre zone de compétence, et les résultats engrangés sont de plus en plus satisfaisants."

 

 

 

Vaincre sans coups de feu

 

 

 

Les communicateurs du Parlement se sont appesantis sur les efforts de la  7e législature contre l’hydre terroriste : vote de la loi de programmation militaire avec une enveloppe de 725 milliards de francs CFA pour 5 ans, loi sur les VDP, loi de finances consacrant 13% du budget à la défense et à la sécurité, loi sur l'état d'urgence, information parlementaire sur la sécurité ; session extraordinaire sur la sécurité et le terrorisme ainsi que contribution à l'effort de guerre à hauteur de 127 millions de nos francs à raison d'un million par député.

 

Après avoir rendu visite au roi du Yatenga, Naaba Kiiba, reçu en audience les religieux, les coutumiers, les femmes, les anciens et les jeunes de la région, l'occupant du perchoir a présidé la clôture des travaux. Il a salué la résilience des populations, en premier lieu des FDS, et des élus qui risquent chaque jour leur vie pour préserver les fondements de notre Nation. L'hôte de Ouahigouya a réitéré l'appel de Fada, adressé à tous les leaders de toutes les ethnies, de toutes les confessions et de toutes les contrées pour  appeler les leurs à se démarquer du terrorisme.

 

"Si la marmite bout d'un seul côté, c'est que celui qui attise le feu s'est relâché dans son travail ou est de mauvaise foi", a-t-il dit aux participants en langue nationale mooré. Selon le président du Parlement, ni la stigmatisation ni le repli  identitaire ne nous sauvera de ce mal, mais l'engagement sincère de tous dans la recherche de solutions aux atteintes de notre vivre-ensemble. "Si chaque père, chaque mère, chaque frère et chaque sœur, chaque leader, à quelque niveau que ce soit, joue sa partition  sans hypocrisie, nous vaincrons sans un seul coup de feu", a-t-il conclu. Pour montrer la solidarité de son institution, il a remis 100 tonnes de vivres aux déplacés et promis la réalisation de 4 forages.

 

 

 

Abdou Karim Sawadogo

 

  

 

 

 

Encadré 1

 

"Si la mobilisation se poursuit, le pays sera étroit pour nos ennemis"

 

(Lieutenant-colonel Mohamed Emmanuel Zoungrana)

 

 

 

Le lieutenant-colonel Mohamed Emmanuel Zoungrana, chef de corps du 12e Régiment d'infanterie commando et commandant du secteur ouest du groupement des forces pour la sécurisation du Nord, a assisté le capitaine Aboubacar Coulibaly dans sa communication. Préférant parler sans micro, il a,  d’une voix de stentor, répondu aux préoccupations des participants. Nous lui avons posé quelques questions à l'issue de la rencontre.

 

 

 

De façon profane, les gens pensent qu'il faut multiplier les camps et les détachements militaires partout dans le pays et même que l'armée n'occupe pas" stratégiquement" le terrain ; qu'en pensez-vous ?

 

 

 

Si les effectifs de l'armée nous permettaient d'être partout dans le pays pour répondre à ce type de guerre, qui est nouveau, on n’aurait pas eu besoin de faire appel aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), pour contribuer à un meilleur maillage du territoire. Vous savez que notre armée n'a pas toujours recruté 10 000 ou 5 000 éléments par an. C'est pourquoi cette organisation d'initiative locale de sécurité comme on en voit ailleurs, nous aide à compenser ces contraintes d'effectifs que nous avons.

 

 

 

Mon colonel, est-ce que vous pouvez revenir sur le processus de recrutement des volontaires,  car certains dénoncent de la ségrégation et ne manquent  par de tirer à boulets rouges sur eux ?

 

 

 

Les VDP ont pour mission de sécuriser au besoin par la force des armes leur village ou leur secteur de résidence, de mettre en place des postes garde de jour comme de nuit, et de collecter des renseignements. Leurs processus de recrutement suivent une logique collaborative dans la mesure où nous prenons en compte les avis des responsables locaux, notamment les maires, les préfets et les comités villageois de développement. Il est aussi concurrent  en ce sens que nous prenons les avis variés  de la sécurité, enfin il est itératif, car après le contact avec un groupe de personnes qui se veut volontaire, nous procédons à une enquête de moralité menée  par le personnel d'investigation et de renseignement, notamment les services de  la gendarmerie et de la police. Cela est nécessaire pour éviter les infiltrations. Si après enquête on nous donne des raisons selon lesquelles des gens ne peuvent pas s'y engager, on procède au retrait de leurs noms et le processus s'arrête là pour eux. Cette question des VDP est très complexe, nous ne devons pas mal la traiter, c'est pourquoi l'Armée prend tous les garde-fous pour ne pas être un catalyseur d'une situation non souhaitée. C'est en fonction de l'appréciation du niveau d'insécurité qu'on décide d'accélérer le processus dans une zone. Si nous nous  hâtons, nous risquons de les installer dans des zones où la menace est moins saisissante alors qu'il y a des localités où leur présence s'impose plus.

 

 

 

Ceux qui sont loin du terrain pensent que les choses ne bougent pas alors qu'on sent en vous l'optimisme ; qu'est-ce qui fonde votre espoir quant à la victoire sur le terrorisme ?

 

 

 

Très sincèrement j'ai foi en la victoire même si je comprends l'impatience légitime des citoyens qui se demandent pourquoi on n’a pas encore réussi à mettre un terme aux attaques terroristes.  Il ne faut pas voir  seulement le verre à moitié vide, car si nous n'avions pas fait l'effort qui a été fait au prix d'énormes sacrifices, aujourd'hui le nombre de localités, déguerpies serait encore plus grand. On assiste maintenant à un retour progressif des populations dans certaines localités ce qui témoigne d'une certaine amélioration du niveau de sécurité. J'ai un grand espoir avec notamment cette organisation progressive des VDP et la montée en puissance  de  certaines unités militaires et sécuritaires. Si beaucoup de zones géographiques sont couvertes  par les VDP,  bien recrutés et encadrés, et les FDS, les couloirs de manœuvre de l'ennemi seront évidemment réduits. Et comme la question des VDP est une réalité et que le commandement militaire ainsi que les  autorités politiques y attachent du prix, nous allons nous organiser de mieux en mieux. J'ai fait 20 ans à l'école militaire et j'ai fini ma formation à l'école de guerre il y a un an, mais les VDP c'est deux semaines de formation ils ne peuvent pas être des hypercombattants, et nous devons opter pour leur formation continue. Cela dit, nous avons constaté leur courage et leur combativité sur le terrain avec des résultats satisfaisants.

 

Ce que les gens doivent savoir c'est qu'on ne peut pas recruter,  former et engager en un temps record, si on se laisse aller dans l'impatience on aboutira pas à un travail propre. Avec la mobilisation progressive dans les communes, comme dans villages, notre territoire sera très étroit pour les ennemis, et la victoire certaine

 

 

 

Que deviendront les VDP après la victoire finale sur le terrorisme ?

 

 

 

L'armée est au niveau opératif ; quant à leur avenir, ce sont les niveaux stratégique et politique qui dictera la conduite à tenir

 

 

 

A.K.S

 

 

 

 

 

Encadré 2

 

Recommandations

 

 

 

I- Au titre des FDS et des VDP

 

 

 

1- L’allocation de ressources conséquentes pour le recrutement, la formation et l’encadrement des VDP ;

 

2- la mise à disposition des VDP de moyens roulants et du carburant nécessaires à leurs déplacements ;

 

3- collaboration plus accrue entre les élus, les autorités administratives de la région, les populations et les FDS dans la lutte contre le terrorisme ;

 

4- l'amélioration du réseau de communication dans les localités touchées par le terrorisme ;

 

5- la réalisation des forages et de bâtiments au centre de formation des VDP de Thiou ;

 

 6- la mise en place d'un dispositif de prise en charge sanitaire des VDP conformément à la loi sur les VDP.

 

 

 

II- Au titre de la solidarité nationale et de l’action humanitaire

 

1- La mise à la disposition de ressources financières pour le fonctionnement du CORESUR et ses démembrements ;

 

2- l’amélioration des conditions de travail des agents du ministère de l’Action humanitaire par l’octroi des moyens logistiques nécessaires ;

 

3- la coordination des actions des acteurs et une implication plus forte des partenaires techniques et financiers afin d’assurer aux PDI une meilleure prise en charge ;

 

4 - l’allocation de ressources financières aux collectivités locales dont l’économie est plombée par les effets du terrorisme.

 

 

 

III- Au titre de la CENI

 

1- L’institution d’un mécanisme de concertation entre l’ONI et la CENI afin de mieux coordonner leurs actions dans le cadre de la délivrance des cartes nationales d’identité et des cartes d’électeurs ;

 

2- la prise d’une décision claire et urgente sur l’enrôlement et le vote des personnes déplacées internes.

 

 

 

A.K.S.

 

Dernière modification lemardi, 16 juin 2020 22:09

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.