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Mali : Crise de « dialoguite » aiguë

Mali : Crise de « dialoguite » aiguë

 

C’est donc niet. 72 heures après le discours du président qui invitait ses contempteurs au dialogue, le Mouvement du 5-Juin a opposé hier une fin de non-recevoir à l’offre présidentielle.

 

« Ma porte est toujours ouverte, ma main reste tendue » avait notamment lancé IBK dimanche, mais il faut craindre que son organe de préhension reste suspendu en l’air et que personne ne franchisse le seuil de son bureau ou de sa demeure. Ses adversaires, qui ont d’ailleurs maintenu leur manifestation du vendredi prochain, ont ainsi pratiqué la politique de la chaise vide au Centre des congrès de Bamako, où le locataire du palais de Koulouba avait convié les forces vives de la nation à une concertation pour sortir de la crise. Sauf revirement spectaculaire dont les politiciens ont le secret, il y a de ce fait peu de chance que sa proposition de former un gouvernement d’union nationale trouve un écho favorable même s’il se trouvera toujours des opposants conviviaux pour aller à la soupe.

 

Il faut dire que ça confine à la crise de « dialoguite » aiguë tant les rencontres du genre se multiplient depuis des années sans que la situation s’améliore outre mesure, preuve s’il en est que la volonté politique n’a pas toujours été au rendez-vous. La tentative du général Moussa Traoré n’aura donc pas servi à grand-chose : dimanche, l’ancien président  avait en effet réuni à son domicile le chef de l’Etat (accompagné de son Premier ministre, Boubou Cissé) et l’imam Mahmoud Dicko pour essayer de rapprocher les différentes positions apparemment inconciliables.

 

Même échec du doyen du corps diplomatique accrédité au Mali, de la CEDEAO et de l’Union africaine qui, pour l’instant, ne sont pas non plus parvenus à trouver un terrain d’entente entre les différents protagonistes de cette crise politico-institutionnelle qui s’est greffée sur le péril sécuritaire dans lequel est englué le pays depuis presque une décennie.

 

Dialogue aussi rompu entre la Coalition des partis de la majorité et celle des formations de l’opposition. Véritable chassé-croisé politico-diplomatique donc depuis quelques jours pour sauver le soldat IBK, sans jusque-là, aucun résultat probant. 

 

Comment en effet réussir le tour de force de rapprocher le chef religieux devenu le premier opposant au président dans un mélange des genres potentiellement explosif,  qui ne jure que par la démission de son adversaire, qu’il réclame à cor et à cri, et la volonté de ce dernier de sauver son fauteuil ? Et on peut le comprendre. Certes, ce dirigeant au verbe pompeux, depuis sa première élection, ne s’est pas particulièrement illustré par sa bonne gouvernance encore moins par sa capacité à circonscrire sinon à éteindre l’incendie terroriste qui embrase tout le pays, mais peut-il jeter l’éponge dès la première adversité venue moins de deux ans après sa réélection en août 2018 avec 67% des voix, fût-ce dans des conditions approximatives ?

 

La revendication des croquants, dont beaucoup du reste ne juraient que par IBK il n’y a pas encore longtemps, quand ils étaient autour de la mangeoire républicaine, s’apparente de ce fait à un coup d’Etat institutionnel dont le Mali n’a certainement pas besoin aujourd’hui.

 

Si le premier magistrat malien, qui risque de se prendre les pieds dans ses grands boubous empesés qui ne brassent que du vent, devait en effet rendre la toge, on ajouterait à coup sûr du désordre au désordre, et cette chienlit qui menace de s’installer ne peut que faire l’affaire des criminels de  tous poils  qui  ont mis le pays  sous leur coupe.

 

Le remède pourrait alors s’avérer pire que le mal.

 

N’oublions pas que ce sont les errements politiques en 2012 avec le putsch du capitaine Amadou Haya Sanogo et la fuite d’Amadou Toumani Touré qui avaient enfoncé davantage le pays de Modibo Keita dans ce bourbier dont il peine à se dépêtrer dix longues années plus tard.

 

 

 

Ousseni Ilboudo

 

Dernière modification lemercredi, 17 juin 2020 21:40

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