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Condamnation de Vital Kamerhe : Tshisekedi fait d’une pierre deux coups

Condamnation de Vital Kamerhe : Tshisekedi fait d’une pierre deux coups

 

 

Le tribunal de grande instance de Kinshasa a eu la main lourde contre Vital Kamerhe : 20 ans de travaux forcés assortis d’une amende d’un milliard de francs congolais et de 10 ans d’inéligibilité à sa sortie de prison.

 

 

Par ce verdict, le tribunal a suivi les réquisitions du procureur général et condamné l’ex-directeur de cabinet du président Tshisekedi à la peine maximale de prison prévue pour détournement de deniers publics et corruption aggravée.

 

 

De quoi mettre en émoi les militants de l’Union pour la nation congolaise (UNC) dont il est le président, particulièrement ceux de Bukavu et du Sud-Kivu où plusieurs manifestations de rue ont éclaté à l’annonce de ce verdict. Vite dispersées par la police, elles ont néanmoins paralysé les activités commerciales dans plusieurs villes de la région de l’est, fief de Vital Kamerhe. Ses avocats se disent scandalisés par ce verdict et projettent de faire appel devant les juridictions compétentes en RDC et aussi devant les instances habilitées en Afrique et auprès des Nations unies. En rappel, Vital Kamerhe est poursuivi pour le détournement de près de 49 millions de dollars US qui étaient destinés à la mise en œuvre du programme des 100 premiers jours de Félix Tshisekedi à la tête de la RDC. Ce détournement aurait été opéré en complicité avec Samih Jammal, un homme d’affaires libanais, également condamné à 20 ans de prison, 20 millions de dollars US d’amende et à l’expulsion du pays à la fin de la peine carcérale.

 

 

 «Dura lex sed lex», c’est-à-dire que la loi reste la loi aussi dure soit-elle. De fait, plus qu’une simple disgrâce, si le verdict de ce procès restait en l’état, il consacrerait la mort politique du natif de Bukavu. En effet, âgé de 61 ans, s’il purge 30 autres d’inéligibilité, ce sera la mer à boire pour celui qui devait briguer la succession de Félix Tshisekedi à la présidentielle de 2023 selon des accords conclus entre l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et l’UNC. Voilà qui donne à penser à plusieurs observateurs qu’avec l’arrestation et la condamnation de Vital Kamerhe, le président Tshisekedi donne un coup de pied dans la fourmilière des prédateurs des biens publics en RDC, en même temps qu’il se débarrasse d’un allié devenu encombrant. C’est ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups.

 

 

Mais selon les avocats de Vital Kamerhe, la partie est loin d’être terminée. De fait, quand on sait que le Conseil constitutionnel congolais avait demandé que le dossier lui soit transféré pour vice de forme inconstitutionnelle, on se risque à affirmer que ce procès pourrait être une saga judiciaire riche en rebondissements où se mêlent moralisation de la vie publique et politique politicienne.

 

Le décès subit à la mi-mai du premier juge saisi de l’affaire pour empoisonnement ou coups reçus sur la tête a été le premier rebondissement qui indiquait déjà que cette affaire a des implications en dehors du prétoire. La retransmission en direct des audiences  sur la chaîne de la télévision congolaise a ajouté à la dose de passion qui l’entoure et confirmé que le président Tshisekedi prenait à témoin l’opinion publique de sa volonté d’assainir la gestion de la chose publique dans son pays. Mais comme affirme le dicton : une seule hirondelle ne fait pas le printemps. Il faudrait donc que le président congolais aille au-delà du seul cas de Vital Kamerhe pour convaincre qu’il n’instrumentalise pas la justice à des fins de règlement de comptes à un potentiel adversaire politique.

 

 

 

Zéphirin Kpoda

 

 

 

Dernière modification lelundi, 22 juin 2020 22:40

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