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Vous avez dit réconciliation nationale ?

Vous avez dit réconciliation nationale ?

 

La réconciliation est sur toutes les lèvres, preuve que c’est la voie du salut. Mais pourquoi on n’y parvient pas ? L’auteur des lignes qui suivent se pose cette lancinante question et tente d’y répondre.

 

 

Aujourd’hui, dans notre pays, tout le monde et n’importe qui  parle  de «Réconciliation nationale». Mais personne ne donne de contenu à cette réconciliation nationale. Quoi ou qui il faut réconcilier ? Les Burkinabè dans leur  diversité  ? Les partis politiques ? Leurs responsables ? Ou leurs militants ? Qui a fait quoi contre qui  pour qu’ils soient brouillés au point que cela nécessite  une réconciliation au niveau national ?

 

Certains dictionnaires définissent ma réconciliation comme un processus d’acceptation et de déculpabilisation dans l’opinion publique d’une nation après un procès ; suite à un épisode douloureux de l’histoire d’un pays.           

 

Une réconciliation nationale suppose, au moins, deux personnes. Un seul individu ne saurait se réconcilier qu’avec un autre individu ou groupe d’individus et vice versa. Et si l’on veut  réellement  une réconciliation nationale, il faudra que chacun y travaille  sérieusement et sincèrement  par les comportements, les paroles et les actes. Car  l’on ne peut pas réclamer une réconciliation nationale et travailler à l’opposé de celle-ci.

 

Pour aller à une réconciliation nationale, la démarche suivante est obligatoire :

 

1) permettre aux victimes de s’exprimer publiquement et librement et réparer tous les torts et préjudices subis par elles (les victimes) ;

 

 2) juger les auteurs de crimes et d’exactions en vue de leur condamnation et les amener à reconnaître publiquement leurs actes et à demander  ensuite  pardon aux victimes et à la nation

 

Si Philippe Ouédraogo a un problème avec Soumane Touré, si Zéphirin Diabré a  à son tour  un problème avec Hermann Yaméogo et Ablassé Ouédraogo ou si Eddie Komboïgo a un problème avec maître Stanislas Sankara et  vice  versa, la  voie  judiciaire  est  largement ouverte pour que les uns et les autres déposent une plainte auprès de la justice en vue d’un procès en bonne et due forme.

 

Mais  s’il faut organiser une réconciliation nationale à l’occasion de chaque querelle de politiciens, on n’en finira pas et on en aura, certainement, pour des décennies de réconciliation nationale que nos maigres ressources ne pourront pas financer.   

 

Quels problèmes il y a réellement  entre les Burkinabè en dehors de ceux créés par les politiciens ? Les populations burkinabè, que ce soit à l’Ouest, à l’Est, au Nord ou au Sud, vivaient en parfaite symbiose jusqu'à ce que les politiciens de courte échelle s’en mêlent. Ce sont eux qui, nuitamment, sèment les graines de la discorde et de la stigmatisation et, le jour, se font les chantres de la cohésion sociale.

 

Peut-on faire passer à pertes et profits toutes ces vies enlevées prématurément les 30 et 31 octobre 2014 ? Toutes ces personnes handicapées à vie qui, pourtant, ne faisaient qu’exercer leurs droits constitutionnels légaux dans leur refus de la modification de l’article 37 ? Toutes ces blessures graves et moins graves infligées à des innocents dont certains continuent encore, aujourd’hui de souffrir ?        

 

Une réconciliation nationale ne saurait et ne pourrait être une parodie de pardon. Elle n’est pas un absolutoire de crimes. Ceux qui la réclament  aujourd’hui  à cor et à cri  ont dans leur imaginaire que celle-ci absoudrait tous leurs crimes et leur éviterait de longs procès judiciaires humiliants.

 

La réconciliation nationale n’est pas un vain mot ni un vulgaire folklore politique pour innocenter des criminels et mettre des innocents dans le box des accusés. Une réconciliation nationale c’est sacré. Mais  beaucoup de ceux qui en parlent sont ceux-là même  qui s’éloignent tous les jours de tout ce qui peut conduire à la réconciliation nationale par leurs comportements, leurs paroles (propos provocateurs) et leurs actes quotidiens de haine, d’intolérance et de mépris.

 

Peut-on vraiment aller à une réconciliation nationale avec des propos du genre : «Quand  nous, on va arriver au pouvoir il n’y aura plus telle chose… », ou : « Quand nous, on était au pouvoir  il n’y avait pas telle chose… », même si tout le monde sait qui a amené cette chose ?

 

La haine et la suspicion entretenues par certains responsables politiques ne facilitent vraiment pas cette réconciliation nationale que certains appellent de tous leurs vœux.

 

Comment une réconciliation nationale peut-elle voir le jour avec des responsables politiques qui passent le plus clair de leur  temps à    dénigrer et à critiquer tort et à travers (à tout-va) sans discernement aucun ? Qui ne savent pas apprécier les bonnes actions des autres ? Pour qui, eux seuls comptent ; et qui voient dans tous les bons actes posés par autrui une usurpation de leurs idées ?

 

Dans un climat de suspicions politiques et sociales continues, comme celui dans lequel nous vivons en ce moment, une réconciliation nationale est-elle vraiment possible ?

 

Surtout  lorsque certains donnent l’impression qu’ils sont là pour entretenir seulement  la confusion, la méfiance et la haine ?

 

Le jour où l’UPC parviendra à voir le MPP comme un partenaire et non comme un ennemi, le MPP à voir le RDA comme un partenaire et non comme un ennemi et le CDP à voir l’UNIR/PS comme un partenaire et non comme un ennemi et vice versa, alors la réconciliation nationale viendra d’elle-même sans que quelqu’un y travaille ; et peut-être même qu’elle ne sera plus nécessaire ce jour-là.   

 

 

Daouda Sidibé

Dernière modification ledimanche, 05 juillet 2020 16:45

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