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Présidentielle ivoirienne : Le Quai d’Orsay ne veut pas se mouiller dans la lagune Ebrié

Jean-Yves le Drian, le ministre français des Affaires européennes et étrangères Jean-Yves le Drian, le ministre français des Affaires européennes et étrangères

 

Serait-ce vraiment Jean-Yves Le Drian ? Le même Jean-Yves le Drian ? Le même ministre français des Affaires européennes et étrangères qui s’est souvent piqué de se mêler des affaires domestiques de bien de pays à travers le monde, notamment africains, au nom de certaines valeurs chères à la « patrie des droits de l’homme » ?

 

On se souvient encore comment avec un mélange de condescendance voire de racisme presque inconscient, il avait parlé en février 2019 d’ « espèce de compromis à l’africaine » après l’élection, problématique il est vrai, de Félix Tshishekedi comme président de la République démocratique du Congo (RDC).

 

Le tollé général qui avait accueilli cette malheureuse sortie peu diplomatique pour un chef de la diplomatie avait du reste amené le patron que Quai d’Orsay a rétropédaler quelque temps après, la queue entre les jambes. On se souvient  également qu’en janvier 2020 , alors que l’intention du locataire du palais de Sékhoutouréya  de tripatouiller la loi fondamentale  guinéenne pour ouvrir la voie à un troisième mandat était de plus en  plus manifeste, il avait affirmé que « l’engagement du président Alpha Condé de demander une réforme de la constitution ne nous paraît pas être obligatoirement partagée ni par sa population ni par ses voisins ». Interpellé  six mois plus tard, il enfoncera d’ailleurs le clou au palais Bourbon à la faveur d’une question du député Bruno Fuchcs.  On pourrait multiplier à l’infini les nombreuses ingérences hexagonales dans les affaires intérieures de beaucoup d’Etats «souverains»  sous le  prétexte, parfois fallacieux, de défendre des valeurs, de  soutenir la démocratie et les droits de l’homme.

 

Et voilà que notre homme,  si disert quand il s’agit de certains pays, semble avoir subitement  avalé sa langue quand il a été interrogé hier mercredi 8  octobre 2020 à  l’  Assemblée   nationale  par  l’élu communiste Jean-Paul Lecoq. Alors qu’à un mois de la présidentielle du 31 octobre prochain  la météo politique se détériore chaque jour un peu plus en Côte d’Ivoire ; alors que l’opposition qui conteste le troisième mandat que brigue Alassane Dramane Ouattara  lance à partir de ce samedi un appel à la  désobéissance civile, lourde de tous les dangers,  pour exiger des élections inclusives  et transparentes, il a pour ainsi dire botté en touche. « Moi, je ne suis pas chargé d’apprécier la nouvelle constitution de Côte d’Ivoire. Ce serait là, vraiment, de l’ingérence ... en raison du décès du premier ministre Gon Coulibaly, le président Ouattara a estimé devoir se présenter, c’est son libre choix… »

 

Il a bien dit  s’ingérer ? Et quand il critique l’élection de Tshatshi ou le référendum condéen, ce n’est peut-être  pas de l’ingérence ? On l’a compris, la France  , même si elle désapprouve la décision d’ADO, ne veut surtout pas se mouiller dans la lagune Ebrié , courir le risque de  fâcher l’Eléphant d’Afrique et insulter l’avenir dans ce pays où ses intérêts économiques sont immenses. Qui est fou ? Mais ne sont-ce pas là, aussi, de « petits arrangements à la française », symptomatiques de l’indignation sélective de cette diplomatie à géométrie variable ; celle qui fait dire à Alpha Condé qu’on le martyrise parce que c’est lui alors que personne ne se préoccupe de bien d’autres chefs d’Etat du continent qui ont fait la même chose ? On se demande bien d’ailleurs  à qui il peut bien faire  allusion, le pauvre souffre-douleur conakryka de la communauté internationale.

OUSSENI ILBOUDO

Dernière modification ledimanche, 11 octobre 2020 18:36

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