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30 ans de pouvoir de Deby : Un anniversaire au goût amer

30 ans de pouvoir de Deby : Un anniversaire au goût amer

 

Il est encore loin d’un Paul Biya, d’un Denis Sassou Nguesso ou d’un Yoweri Museveni qui enregistrent respectivement 38, 36 et 34 ans à leur compteur présidentiel. Mais Idriss Deby est bien parti pour tutoyer ces dinosaures de la faune politique africaine. Une espèce, certes en voie de disparition, mais qui semble encore faire de la résistance.

 

 

Hier mardi 1er décembre 2020, cela faisait 30 ans que le président tchadien est au pouvoir. C’est en effet le premier décembre 1990 qu’il a déposé le dictateur Hissène Habré après une première tentative tuée dans l’œuf le 1er avril 1989. Beaucoup de ses compatriotes ont alors poussé un « ouf » de soulagement après les années de plomb de l’ère Habré, le tyran qui s’était méthodiquement ingénié à martyriser son propre peuple et qui, pour l’ensemble de ses basses œuvres, sera rattrapé quelques décennies plus tard par la justice internationale.

 

Hélas ! L’éclaircie politique sera de courte durée, car si l’autoritarisme est plus soft, le petit berger de Berdoba, qui mène son peuple à la baguette, s’est taillé une démocrature sur mesure où le respect des droits de l’homme ainsi que des libertés individuelles et collectives ne fait pas partie des vertus cardinales.

 

Le Mouvement patriotique du salut (MPS) règne en maître, étouffant toutes les voix discordantes comme celles des opposants, des journalistes ainsi que des activistes. Ainsi, au Tchad les élections, organisées pour la forme, se suivent et se ressemblent.

 

Pas plus tard que le 27 novembre dernier, la police a fait une descente musclée dans les locaux de la radio privée Fm Liberté, opération au cours de laquelle 70 personnes ont été interpellées dont 3 présentées séance tenante au procureur de la République. Pour tout crime, les intéressés voulaient organiser un forum citoyen interdit par le pouvoir en place.

 

Ainsi va le royaume de sa majesté Idriss Deby Itno, où de surcroît le boum pétrolier n’aura pas entraîné les progrès économiques et sociaux que les Tchadiens étaient en droit d’attendre de la découverte de gisements d’or noir dans leur pays.

 

Un anniversaire au goût plutôt amer s’il en est, quelques mois après que le maître de Ndjamena s’est fait bombarder maréchal au cours d’une cérémonie qui rappelait les heures sombres de l’histoire contemporaine africaine.

 

Mais comme il se trouve que lewarrior et ses Deby-boys sont en première ligne dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le bassin du lac Tchad, tout le monde, à commencer par la France, préfère fermer les yeux sur cet exercice solitaire du pouvoir dont on ne sait quand il prendra fin. Le chef n’a-t-il pas fait voter en 2018 une nouvelle constitution instaurant un régime présidentiel renforçant ses pouvoirs et faisant passer le mandat présidentiel de 5 à 6 ans renouvelable une fois…? Et il n’y a aucune raison qu’à seulement 67 ans il s’arrête en si bon chemin, lui dont le 5e mandat s’achève en août 2021.

 

 

H. Marie Ouédraogo

Dernière modification lemercredi, 02 décembre 2020 21:15

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