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Les Humeurs de Barry : De la viande à 1000 francs, tu goûteras

Les Humeurs de Barry : De la viande à 1000 francs,  tu goûteras

 

C’était le samedi dernier, dans le quartier Zogona à quelques encablures de la zone du Bois. Nous étions assis dans un petit troquet comme il y en a à la pelle en bordure de goudron dans Ouagadougou. Que disais-je ? Nous étions donc assis, le dos au mur et les regards rivés sur la voie pour des raisons évidentes de sécurité. Et ça piaillait fort à toutes les tables, un non-évènement dans ce genre d’endroit, quand ont pris place à la table d’à côté trois nouveaux venus. Un monsieur et deux dames, tous des Blancs, visiblement des expatriés, qui hélèrent aussitôt le serveur.

 

 

Les nouveaux arrivants passèrent leur commande. Quelques minutes après, atterrissent sur la table deux petites bouteilles de bière, celles de 33 centilitres, et une de sucrerie tout aussi du même format. Ni plus ni moins. Pendant que notre table chancelait sous de grosses bouteilles aux couleurs bigarrées, sans oublier le cimetière de celles qui ont rendu l’âme sous nos pieds. Il en était de même sur toutes les autres tables, achalandées comme jour de réveillon. J’en étais confus. Et le fait que la discussion du côté de nos voisins était tout aussi animée et agréable ne faisait qu’ajouter à ma gêne. Rien qu’avec trois petites bouteilles, la magie opère malgré tout.

 

Et ce n’est pas tout ! Nos nouveaux voisins firent appeler le vendeur de grillades, qui ne se fit pas prier pour être au rendez-vous. Entre-temps, un autre invité venait s’ajouter au groupe. Et celui qui avait commandé les boissons de faire sa seconde requête : «Vous pouvez nous servir 1000 francs de viande s’il-vous-plait? Et pas beaucoup d’os s’il vous plait. Merci!». Mille francs de viande pour quatre convives ! Ni plus ni moins. Et un samedi soir en plus. J’étais anéanti. Le garçon s’en revint avec la commande enrobée dans un papier soutenu par une assiette métallique qui  mérite d’aller à la casse depuis belle lurette. « Ah ! C’est déjà prêt ! Merci », s’étonne le client. Tous goûtèrent au plat sans crier au scandale.

 

Sous d’autres cieux, on aurait vite fait d’invoquer les mânes des ancêtres pour pareille outrecuidance. «Une invitation avec quatre fioles et un os de 1000 francs ! On ne nous la fait pas. Ce sont des foutaises. Des pingres comme cela », pourrait-on entendre par-ci par-là. Si vous étiez en mode séduction avec pour ambition d’être le coq de la basse-cour, mieux vaut en faire le deuil.

 

Plus sérieusement, pourquoi sommes-nous la plupart du temps portés sur l’exagération  quand nous invitons ou sommes invités ? Pourquoi on est comme ça même ? Je n’irai pas jusqu’à dire que nos voisins de samedi dernier ont été exemplaires à tous points de vue, mais leur attitude tout en sobriété a le mérite d’interpeller nous autres. Il n’est pas besoin d’être plein aux as pour se faire plaisir ou faire plaisir. De petites bouteilles et 1000 francs de grillade peuvent bien suffire à notre bonheur. Et tant pis pour celui ou celle qui va penser qu’on a un oursin dans la poche.

 

 

Issa K. Barry

 

Dernière modification lemercredi, 23 décembre 2020 20:26

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